‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 491 sur 538 · I. — LA GUERRE EN MÉLANÉSIE · texte numérisé non relu

I. — LA GUERRE EN MÉLANÉSIE

Conformément à la méthode ethnographique^ dont je ne me suis jamais départi dans ces études, j'interrogerai, à propos des mœurs et des institutions guerrières, tout le genre humain, en commençant par les races de couleur et en allant de la sauvagerie à la civilisation.

Chez les Mélanésiens de TAustralie et de la Nouvelle-Calédonie, la guerre est tout à fait bestiale, plus que bestiale même, puisque très souvent le cannibalisme en est la cause et le but. En Australie il ne faut pas regarder comme guerrières, des rencontres réglées comme des tournois et destinées à trancher des questions de talion juridique suscitées par des rapts,des meurtres ^ A ce genre deconflits unesorte de chevalerie préside : ce sont là des duels judiciaires et non pas des guerres. La véritable guerre a, en Australie, le ca-

1. Native tribeSy etc. {loc. cit.)y 2i5. — Ronwick. Daily life of Tasmanians, 4i.'

ractère animal , qu'elle revêt dans tous les pays primitifs; c'est une simple chasse à Thomme et l'on y procède par embûches et embuscades; puis, après la victoire, on tue les prisonniers pour les manger'.

Les Papous de la Nouvelle-Guinée se comportent comme les Australiens et guerroient aussi à la manière des fauves, pour exterminer leurs voisins, les piller et les manger. A leurs yeux, la gloire militaire consiste à couper autant de lêles que possible ; mais on épargne ordinairement les jeunes gens pour les réduire en esclavage, les jeunes femmes pour en faire des concubines. Enfîn leur tactique consiste toujours, en pièges et guet-apens : c'est une chasse '.

Mêmes mœurs à la Nouvelle-Calédonie, mais on y est déjà slratégiste ; on sait faire des mouvements tournants, des attaques feintes, choisir et occuper des points importants. Chez les sauvages, comme chez les civilisés, la guerre savante n'est au fond que de l'astuce raisonnée ; seulement les Néo- Calédoniens n'y apportent aucun scrupule ; autant que possible ils procèdent par surprises, embuscades, même par trahison, par exemple en invitant leurs voisins à une grande fête, afin de les égorger sans péril au milieu des réjouissances. Souvent ils préparent la guerre de longue main et nouent des alliances. Le jour de l'expédition, si la campagne promet d'être fructueuse, les femmes et les enfants accompagnent les guerriers. Les villages surpris sont incendiés; leurs habitants exterminés sans distinction d'âge ni de sexe; car l'esclavage n'existe pas encore à la Nouvelle-Calédonie. On ravage la plantation ; on coupe les cocotiers; on se charge de butin ; souvent on couronne tous ces exploits par un

1. Lumholtz, Répontes au questionn. de SocioL {Bull. Soc, d'Anthropologie ^ 1888).

2. Biuk, Réponses au quesUonn., etc. {BulL Soc. d'Anihrop., 1888).

festin de cannibales et même on emporte chez sof une provision de chair humaine. Durant le combat, le chef néo-calédonien se tient toujours au dernier rang : sa mort serait un opprobre pour son parti.

Parfois, très exceptionnellement, on livre, après défi, une bataille rangée, à la mode polynésienne, et alors chacun menace et choisit son adversaire ; mais cette chevalerie est rare. Suivant la morale guerrière des Néo-Calédoniens, on ne doit jamais engager de combat à chances égales et toute témérité qui coûte la vie est une honte *.

La férocité guerrière des Yitiens était plus grande encore que celle des Néo-Calédoniens. Ils dépeçaient aussi, sur le champ de bataille même, les cadavres des ennemis et il leur fallait avoir tué et mangé un grand nombre d'hommes pour trouver , dans la vie future, un bon accueil auprès de leurs dieux. C'était même là un souci religieux, qui hantait et bourrelait leur conscience ^ Un chef de Raki-Raki, le grand Ra-Undre- Undre, se glorifiait d'avoir à lui tout seul mangé neuf cents personnes, et pour tant de hauts faits il jouissait naturellement d'une énorme considération^. De telles mœurs portent avec elles leur enseignement; elles nous montrent dans toute sa sanglante horreur, le fond même de la gloire guerrière : elles en sont la hideuse caricature.

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