Bonwick, Daily life and origin of the Tasmanians
Quel élait ce communisme? Il devait sûremenl se rapprocher de la très curieuse organisation du clan australien, que j*ai décrite dans de précédents ouvrages en parlant du mariage etde la propriété. J'en rappellerai très succinctement les traits principaux. Le clan australien n'a plus rien de commun avec la horde confuse, la horde animale, groupée autour d'un mâle robuste et polygame, qui soumet ses compagnons au droit brutal du plus fort. L'organisation de ce petit groupe est communiste, mais d'un communisme minutieusement réglementé par un ensemble de coutumes traditionnelles, souvent tyranniques et ayant toujours force de loi. Le mariage y est collectif; ordinairement plusieurs clans sont réunis en tribus et toutes les femmes d'un clan donné naissent épouses de tous les hommes d'un autre clan allié. Dans un même clan, tous les hommes sont réputés frères, toutes les femmes sont réputées sœurs. Le partage du gibier, du poisson, etc., se fait conformément à des règles précises, ctc^ Chez les Kamilaroi, tous les individus ayant même nom, même tolemy mangent ensemble, vivent ensemble, ont des femmes communes*. Avec des variantes, ce clan communautaire se retrouve partout en Australie, et il y règne une étroite solidarité. Le clan a un droit de domaine émincnt sur les armes, les filets, les canots, etc. Dans l'intérêt du clan, tout homme qui en fait partie doit être secouru, s'il est en danger. Pour un service rendu, on ne remercie pas un membre de son r4an; car, en aidant un frère, c'est lui-même qu'il a sauvegardé. Tous les membres d'un même clan sont réputés égaux, sauf l'avantage résultant des qualités personnelles, de la force, do la sorcellerie, etc. Il n'est qu'un moyen d'acquérir des
1. Fison and HowiU, Kamilûroi und Kurnai (passim). —Voir l'Evolution du vuiriage et VÉvohUion de U propriété.
t. Fison and Howit, loc. cit,y 53.
droils supérieurs, c'esl d'entrer dans le conseil du clan^
Or, la direction des aflaires de ce clan est confiée aux gens âgés*. Chez les Narrinyeri, ce conseil s'appelle lettdi, 11 est composé des hommes d'âge mûr, mais robustes encore, et il se recrute lui-même. C'est à la fois une sorte de sénat et de tribunal, puisqu'il décide toutes les questions d'intérêt gênérai et rend en même temps la justice. Quelle que soit l'affaire en question, par exemple la levée du camp, un mariage, une circoncision, un sortilège pour faire pleuvoir, etc., l'un des membres les plus â^és du tendi en saisit, le soir, ses collègues, et la réponse doit être donnée le lendemain matin. Les décisions du tendi sont obligatoires et, en dehors des affaires courantes, il est aussi chargé de faire respecter les coutumes traditionnelles et de châtier les infractions aux usages'. Or, ces coutumes seraient souvent très oppressives; elles mettraient les faibles, les jeunes femmes, etc., à la merci des membres du conseil, auxquels elles assureraient en outre les meilleurs aliments, les meilleurs morceaux, etc.
Le tendi gouverne le clan en temps de paix. Pour la conduite des expéditions guerrières, on se choisit un chef spécial, réputé généralement habile sorcier. La sûreté de la personne du chef guerrier est tenue pour très importante, et ses compagnons la protègent avec sollicitude durant les combats*.
Dans aucun cas, il n'est permis de se soustraire à l'autorité du clan ; quiconque l'essaye joue sa vie".
Si insurfisants qu'ils soient encore, les renseignements que nous possédons sur le clan australien, montrent clairc-
1. Folklore, Manners, Cuslonis.etCj ofthe SoulhAuitralianAboriginM,^t,
2. Folklore, 50-58. — Native tribes of South Australia, 262. — Fison and Howilt, loc. cil.\ 215.
3. Native tribes, 31, 262. — Lang, Aboriginet of Autlralia^ 7.