‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 71 sur 538 · I. — DANS L'AMÉRIQUE CENTRALE ET MÉRIDIONALE · texte numérisé non relu

I. — DANS L'AMÉRIQUE CENTRALE ET MÉRIDIONALE

Dans le précédent chapitre, nous avons, en comparant

et sériant un assez grand nombre de faits d'observations relevées chez les races réputées les plus inférieures, esquissé la première phase de révolution sociale, durant laquelle rhomme a passé péniblement de la horde anarchique à la tribu républicaine. Puis, prenant, comme type de la tribu républicaine la plus primitive, le gouvernement démocratique de certaines tribus peaux-rouges, nous avons vu corn* * ment ce régime égnlitaire peu à peu se vicie et incline vers la forme monarchique. Nous avons même signalé la cause principale de celle évolution, que Ton peut appeler régressive, puisque, sous une forme plus réglée, plus organisée, elle n'est qu'une tendance à revenir au régime tout à fait inférieur de la pelite horde familiale, telle qu'on l'observe chez certaines espèces animales.

Cette évolution est-elle, sinon nécessaire, au moins très générale ? C'est ce que nous allons pouvoir décider en poursuivant notre enquête chez les autres peuples ou races sauvages, déjà sortis de la bestialité primitive, mais n'ayant pointdépassélesindiens peaux-rouges en développement intellecluel et moral. Si, chez des races si dissemblables, si distantes les unes des autres, nous voyons l'évolution politique suivre toujours la même marche, nous serons fondé à croire qu'il y a là, sinon une loi sociologique, au moins un fait très général, résultant et de l'organisation humaine et des nécessités même de la lutte pour l'existence. Je vais donc passer en revue, d'abord les tribus sauvages de l'Amérique centrale et méridionale, puis celles de l'Afrique noire, la moins civilisée, enfin les aborigènes de l'Inde.

Toutes les races indigènes de l'Amérique ont entre elles une grande ressemblance organique, on peut donc s'attendre à les voir organiser d'une manière assez analogue leurs petites sociétés. En effet, dans l'Amérique centrale comme dans l'Amérique méridionale, partout la tribu républicaine

coudoie la tribu monarchique. J'écarterai tout d'abord les quelques types encore arrêtés au dernier degré de la sauva* gerie, les Sirianos et les Guaharibos du haut Orénoque, dont j'ai précédemment parlé. Ces types infimes sont exactement comparables aux Bochimans de l'Afrique australe; ils nous représentent Vhomo sapiens sous sa forme la plus humble, alors qu'il est aussi voisin que possible du singe anthropomorphe. Je les ai signalés en parlant de l'anarchie primitive. — Incomparablement supérieures & ces races pithécoîdes sont les tribus républicaines, qui occupent une grande partie de l'Amérique du sud. Les Patagons, les Charruas, les Araucans en sont les types les plus purs.

Ofy leur organisation politique rappelle beaucoup celle des Peaux-Rouges les plus républicains. En temps de paix, aucune soumission de personne à personne' ; liberté individuelle illimitée, bridée seulement par des usages tradition* nels et tenus pour sacrés ^ Ce qui les fait sortir momentanément de ce régime égalilaire, c'est le besoin ou le goût de guerroyer contre leurs voisins. Il faut noter avec soin cetle origine guerrière d*un ordre politique, d'une hiérarchie gouvernementale. Elle a sûrement été commune â la presque totalité des hordes humaines primitives, puisque l'état de guerre est, on peut le dire, leur état normal. Si les Esquimaux, dont j'ai précédemment parlé, ont conservé dans son intégrité première leur communisme égalitaire, c'est sûrement parce que, dans les déserts glacés où errent leurs petites bandes, elles ne se trouvent presque jamais en conflit guerrier. — 11 n'en est pas de même des Indiens de l'Amérique du Sud, surtout depuis que la multiplication des chevaux sauvages leur a permis de se déplacer avec une grande rapidité.

i. D'Orbijçny, Homme américain, I, 404; IF, 22, 90. 2. Smith, The AraucanianSj 213.

Quand les Charruas méditent une expédition, une razzia guerrière, leurs notables se réunissent » s'asseyent en cercle, tiennent conseil et délibèrent pour statuer sur Topportunité de Tavenlure'. S'ils s'y décident, ils confient aussitôt à l'un d'entre eux le soin de diriger l'expédition. Ainsi font les Araucaniens', et en général toutes les hordes nomades et farouches qui errent dans les pampas. Celles des Patagons se confédèrent parfois pour une campagne plus importante contre un ennemi commun, et alors elles se choisissent un commandant en cherpaimi les guerriers les plus renommés^; mais toujours le pouvoir de ces chefs guerriers est transitoire; il expire avec l'occasion qui l'a fait concéder; la paix ramène l'égalité. Cependant il est sûr que l'institution, si temporaire soit-elle, de ces chefs guerriers, doit à la longue prédisposer à l'organisation d'un régime plus ou moins monarchique et d'autant plus que les guerres sont plus frc-r (juentes. Chez les sauvages, comme chez les civilisés, la guerre enfante ordinairement la servitude. Aussi voit-on çà et là, chez les Indiens de l'Amérique du Sud, poindre le pouvoirpersonnel. Les Abiponesont déjà des caciques, dont l'autorité est fort mal assise encore, qui sont changés, pris, quittés suivant le caprice de la communauté, mais qui n'en existent pas moins\ Les Chiquitos obéissent aussi plus on moins bien, ordinairement plus mal que bien, à des caciques; mais ces caciques sont encore choisis pour leur mérite personnel et leur pouvoir n'est pas héréditaire^. C'est déjà à peu près le régime de la tribu peau-rouge. — Cette organisation se retrouve bien plus exactement encore chez les Lacandones de l'Amérique centrale, qui se donnent un

i. A. d'Orbîgny, Homme américainf II, 90.

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