II. — LA TRIBU MONARCHiaUE DANS L'AFRIQUE NÈGRE
I e Hottentot, le descendant métissé et relativement civilisé duBochiman, a déjà une sorte d'organisation politique, mais qui n'est pas toujours la même. Les Hottentots, on le sait, sont pasteurs, c'est-à-dire disposent de valeurs d'échange accumulablesiils peuvent donc être riches ou pauvres, et c'est
I. CharlcToix, cité par Giraud-Teulon, in Orig. mariage^ etc., 195.
rinégalité pécuniaire qui dans les sociétés primitives a été après la guerre le principal facteur de Tinégalité sociale. Aussi chacune des pelites sociétés hottentotes, des krâls, des clans, si Ton veut, obéit ordinairement à un chef; mais le pouvoir de ce chef est mal consolidé encore. On sent que la primitive anarchie n'est pas fort loin dans le passé. Des usages traditionnels règlent en dehors de la volonté du chef les actes les plus importants de la vie. Ce sont déjà ces coutumes irraisonnées, ces mœurs, qui, durant les stades postérieurs de la civilisation, deviennent de plus en plus instinctives, de plus en plus tyranniques et finissent par se transformer en lois. Pourtant, chez les Hottentots, ces usages ne réglementent encore qu'une partie de l'exislence et, pour tout ce qui est en dehors d'eux, l'individu agit avec une entière liberté*. Néanmoins chaque krâl a déjà un chef, qui d'habitude est l'individu le plus riche en bestiaux. Mais ce chef est loin d'exercer une autorité despotique. On ne lui obéit que sous bénéfice d'inventaire ^ Ce n'est encore qu'un chef embryonnaire ; il ne porte nul insigne; ses privilèges sont modestes; il est seulement dispensé d'aller à son tour garder le bétail et son avis prévaut souvent, non toujours, dans les conseils *. La grande prérogative de ce monarque en herbe consiste surtout à appeler aux armes pour attaquer un ennemi ou repousser une attaque ^
Certaines tribus ont fait un pas de plus dans l'évolution monarchique. Ainsi, chez les Corannas, la dignité de chef est héréditaire, mais la richesse en bestiaux d'abord, la force musculaire ensuite sont nécessaires pour garder le pouvoir. Dès que le fils d'un chef est pubère, son père lutte fréquem-