‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 86 sur 538 · IV. — LA TRIBU MONARCHIQUE EN POLYNÉSIE · texte numérisé non relu

IV. — LA TRIBU MONARCHIQUE EN POLYNÉSIE

Ce sont sûrement des émigrants polynésiens, qui ont organisé, suivant les idées de leur pays d'origine, la tribu néo-calédonienne. C'est donc en Polynésie qu'il faut maintenant nous transporter pour étudier la structure politique de cette tribu, qui est le type parfait de la tribu monarchique, comme la tribu peau-rouge est celui de la tribu républicaine. Néanmoins en Polynésie, comme ailleurs, le gouvernement monarchique n'est que le terme d'une évolution politique, ayant débuté par la forme républicaine, dont on a retrouvé des traces nombreuses, surtout dans les archipels les moins civilisés.

Aux îles Marquises, chaque vallée était occupée par une petite tribu ayant ses lois, ses prêtres, ses chefs. Chacune de ces tribus avait déjà son aristocratie héréditaire. Un Noukahivien, nommé Gattanioua, s'enorgueillissait devant le capitaine Porter de compter quatre-vingt-huit générations dans sa généalogie; mais le pouvoir des petits chefs était encore très limité. Ce pouvoir reposait surtout sur l'âge, sur l'influence personnelle, plus encore sur la richesse, l'étendue

des domaines, le nombre dé cocotiers et d'arbres à pain, dont on était propriétaire ^ Comme chez les Peaux-Rouges, rinégalité, que Ton peut appeler pécuniaire, doublait et engendrait l'inégalité politique.

Ces petits groupes ethniques, isolés dans les vallées des lies Marquises et ne comptant chacun que quelques centaines d'individus ^ étaient plutôt des clans que des tribus. Mais toujours ils guerroyaient entre eux, rêvaient de s'exterminer les uns les autres, et c'était sûrement leur frénésie belliqueuse qui avait détruit, dans leurs tribus, la primitive égalité. On y distinguait en effet deux classes, l'une aristocratique, celle des akaïkis; l'autre roturière, celle des kikinos. Vakaïki avait des privilèges importants. Il pouvait à son gré s'emparer de tous les objets possédés par les kikinos ; il prélevait la dime sur leurs récoltes, les chassait de ses domaines, quand il en était mécontent, leur commandait dans la guerre, lançait à son gré l'interdiction religieusci le tabou. Mais l'ancienne égalité persistait dans les mœurs. Uakaïki et le kikino^ le noble et le vilain, couchaient sur la même natte, mangeaient au même plat, souvent partageaient la même femme. Le kikino pouvait à volonté changer de patron. Enfin, et cela même attestait l'origine première de l'aristocratie, on devenait akaiki par des exploits guerriers; ou en se faisant adopter par un chef, même en épousant une femme-chef, une atapéïou. Ajoutons que la noblesse ne se transmettait héréditairement qu'au premier-né des enfants : les autres restaient kikinos^.

Dans les grandes îles de la Nouvelle-Zélande, le primitif régime communautaire avait laissé des survivances bien plus nombreuses. Souvent des clans de quarante à cinquante

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