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24 mai pour renverser M. Thiers, au 16 mai pour mettre la dictature conservatrice de M. de Mac-Mahon au-dessus de la représentation nationale, avec Boulanger pour jeter la France républicaine aux pieds d'un Saint-Arnaud de café-concert, la plupart feront bien de renoncer à jouer un rôle quelconque : c'est fini d'eux ; ils sont, comme Ton dit, brûlés, et si on les voyait seulement se remuer, on aurait l'éveil; ils risqueraient de faire manquer l'évolution. Non, ce qu'il faut aujourd'hui, ce sont des hommes jeunes, des noms nouveaux : sans cela, tout serait encore une fois perdu.
Entrer dans la République, en prendre possession, voilà le programme. Il ne s'agit pas d'abolir la République; il s'agit de la faire servir à la défense, à la prépondérance des intérêts et des personnes du parti conservateur.
Est-ce clair?
M. Étienne Lamy, dans son article de la Revue des Deux Mondes^ fait preuve d'infiniment de sagacité politique et aussi de courage, quand il déclare nettement aux conservateurs enfin résolus à faire acte d'adhésion définitive et irrévocable aux institutions républicaines qu'ils ne doivent pas nourrir le chimérique espoir d'enlever immédiatement et d'un seul coup aux républicains d'ancienne date et d'un dévouement éprouvé la situation et l'influence qu'ils ont su conquérir et garder jusqu'à présent.
Tel est bien le dessein des conservateurs, telle est leur ambition. Cette ambition n'est pas illicite, et ce dessein n'a rien d'illégal. Mais M. Lamy voit clair dans les affaires présentes, et il aperçoit nettement
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que les conservateurs ralliés à la République compromettraient les bénéfices de leur évolution, s'ils voulaient en toucher trop tôt les dividendes. L'ambition est toujours avide et impatiente : rien n'est donc plus conforme à la nature des choses que de voir les anciens conservateurs se laisser bercer par l'idée qu'il leur suffira d'entrer dans la République pour y devenir les maîtres et pour en recueillir tous les avantages . Mais ce qui n'est pas moins naturel , c'est qu'il se trouve des républicains pour résister à la dépossession dont on les menace. C'est une lutte qui va s'engager, ou, pour mieux dire, c'est sous cette forme nouvelle, sur ce terrain quelque peu différent de l'ancien, que les vieilles luttes vont se poursuivre.
C'est aux républicains d'un dévouement éprouvé, c'est à ceux qui, après avoir fondé la République, font défendue, protégée, maintenue contre toutes les tentatives des factions et à travers toutes les difficultés et tous les obstacles accumulés par ces mêmes conservateurs prêts à se rallier, que nous réservons, bien entendu, toutes nos sympathies. Ils forment le parti auquel nous sommes attachés et que nous servons. On dit que l'évolution des conservateurs aura pour effet de transformer les partis : c'est fort possible, bien que cette transformation ne nous apparaisse pas comme devant être aussi complète ni aussi profonde qu'on se plaît à le croire. Quoi qu'il en soit de cette métamorphose des partis, il n'y a pour nous aucune raison d'abandonner le nôtre, et nous pensons même que, dans cette espèce de mue, pour ne pas dire dans cette crise, il sera plus que jamais nécessaire et honorable de rester attaché aux hommes comme aux idées avec lesquels nous aurons passé le temps des dangers et
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des combats. C'est donc aux républicains d'ancienne date que nous nous adressons, et nos sympathies pour leur cause ne peuvent mieux se traduire que par des conseils.
Nous nous sommes souvent demandé si la démocratie républicaine serait bien en mesure de faire face à ses adversaires, quand, ayant passé le Rubicon, ils se présenteraient dans la lice, non plus pour renverser la République, mais pour s'en emparer.
Car encore une fois, c'est de ce point qu'ilfaut partir.
Les conservateurs n'aspirent plus à embrasser la République pour mieux l'étouffer. Ils veulent devenir républicains , sans cesser d'être , mais pour mieux être conservateurs. Là est la nouveauté de l'évolution, et c'est par là qu'elle surprend et déconcerte les républicains d'ancienne date. Il en est même parmi nous qui jamais ne se résigneront à croire à la sincérité de la conversion de nos éternels ennemis. Comment peuvent-ils venir à la République, s'écrient certains de nos amis avec la stupéfaction de leur bonne foi? Comment peuvent-ils s'y installer, y trouver leurs aises et leurs avantages, ces hommes inféodés aux dynasties tombées et qui ont toujours combattu contre nous? Ce raisonnement des vieux républicains a l'air parfaitement juste. Au fond, ce raisonnement si naturel est faux, car il suppose que les conservateurs ralliés deviennent républicains à l'ancienne manière, tandis qu'il n'en est rien. Les conservateurs ne se rallient pas à la République pour elle, mais pour eux et dans leur propre intérêt. Certes, ils ont mis du temps à se convaincre que leur intérêt est là, mais ils ont fini tout de même par se rendre à l'évidence; il a fallu pour cela la constante fermeté de la France à conso-
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lider les institutions qu'elle a fondées; les avertissements répétés du suffrage universel; l'insuccès de toutes les tentatives dirigées contre la République par la coalition des anciens partis; l'incapacité politique des prétendants, poussée jusqu'à la complicité dans les plus dégradantes aventures; enfin, tous les signes, tous les symptômes, toutes les manifestations de la décomposition et de l'épuisement du principe monarchique, et ce sont là les raisons qui ont décidé l'Église à séparer sa cause de celle de la royauté, quelque nom qu'elle prenne et quelque politique qu'elle veuille adopter et servir.
Les conservateurs ont mis un si long temps à s'avouer définitivement vaincus qu'ils ne peuvent plus aujourd'hui prétendre pour leurs personnes au rôle de républicains gardiens de l'ordre , protecteurs des principes et des intérêts supérieurs et permanents de la société, rôle qu'ils auraient pu jouer avec tant d'avantages pour eux et tant de profit pour le pays, s'ils avaient suivi les conseils qui leur étaient donnés, en même temps que l'exemple, par M. Thiers et ses amis.
Ceux-ci sont les vrais conservateurs républicains. Depuis longtemps, ils ont, dans la cité libre, égale et fraternelle, la place à laquelle leur donnent droit leur clairvoyance, leur sincérité, leur dévouement, leur fidélité, leurs mérites, leurs talents, leurs services.
Nous irons plus loin.
S'il y avait, dans la République, un parti conservateur républicain, plus nombreux, plus puissant, plus ancien, plus complet, l'évolution actuelle serait sans doute moins inquiétante, moins surprenante pour les vieux républicains. Mais ce parti conservateur républicain si nécessaire, sans nous manquer tout à
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fait, ne s'est point assez recruté depuis quinze ans. Bien des éléments lui font défaut, et l'évolution actuelle va nous les apporter, non pas dans la personne des chefs compromis des anciens partis, mais dans ces foules qui, n'ayant plus confiance dans des chefs irrémédiablement écartés de la vie publique par leurs propres fautes, s'apprêtent à en chercher d'autres et à se ranger docilement à leurs conseils. Ces chefs, il faut souhaiter que les foules les cherchent et les trouvent dans les cadres tout formés du vrai parti républicain conservateur, celui qui date déjà de vingt ans et qui ne demande qu'à trouver des soldats pour les commander.
M. Lamy a donc raison de conseiller aux anciens conservateurs qui veulent entrer dans la République de ne pas s'y présenter en conquérants altiers et hautains, qui croient faire à la République une grâce, en reconnaissant qu'ils se sont trompés. Au reste, allant bien au fond des choses, répétons que ce n'est pas pour eux, mais pour leurs enfants que les évolutionnistes se rallient à la nation et mettent fin à ce que nous avons appelé tant de fois l'émigration à l'intérieur. Un conservateur, au sens vrai, élevé de ce mot, ne saurait admettre indéfiniment que des chefs d'une impéritie et d'une impopularité reconnues le conduisent à des défaites continues et toujours méritées. Le conservateur est celui qui, étant par sa fortune, par tradition et par hérédité, en possession des plus grands avantages sociaux, tient à les conserver, sous prétexte de conserver les vrais principes.
Or, depuis vingt ans, quel métier a-t-on fait faire aux conservateurs français?
On a fait d'eux des révolutionnaires, des conspirateurs, des démagogues, des anarchistes, et nous
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avons vu le prince, chef de la maison de France, celui qui se prétend héritier du trône et de la couronne, mettre sa main dans celle du plus misérable des aventuriers.
Encore une affaire comme celle-là, et c'en était fait à tout jamais du parti conservateur! Il a excité la risée et la pitié . Qu'une tentative nouvelle et semblable se fût de nouveau produite, elle eût déchaîné la colère, la vengeance, tous les maux et toutes les horreurs de la guerre civile. Alors, que seraient devenus les enfants des conservateurs? Quel eût été leur avenir? Quelle place auraient-ils trouvée dans cette société nouvelle qui est, bon gré mal gré, constituée par la démocratie républicaine? Il était temps, grand temps d'aviser. On demande la raison décisive de l'évolution de l'Église et des conseils du pape Léon XIII : elle est là tout entière. C'est le pape et l'Église qui ont vu le plus nettement les périls et qui les ont dénoncés.
Car ils ont vu, en même temps que la fin de l'ancien, la formation d'un nouveau parti conservateur, celui-ci formé en dehors de l'Église et de son influence, et constitué pour la République et pour son service, et c'est là qu'était à leurs yeux le gros danger.
Les républicains clairvoyants et fermes n'ont présentement qu'un devoir, c'est d'entourer le parti républicain conservateur de toutes leurs sympathies, de toute leur confiance, de tout leur dévouement. Il ne faut pas que ce parti se désagrège et se dissolve, se modifie et se dénature, au moment où il peut recevoir un gros appoint comme celui qui arrive.
Formé pour aider à l'étabHssement de la Répu« blique, le parti dont nous parlons y a puissamment contribué.
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Il importe qu'il reste ce qu'il est, avec son caractère, ses vues propres, sa manière d'entendre les intérêts républicains et de les défendre, afin d'accueillir ceux qui viendront à lui, sans rien leur céder de ce qui est incessible, afin surtout de ne laisser personne saisir ce qui de sa nature est insaisissable, la République et ses principes.
FTN