CHAPITRE IV
Ii'ESPAONE ET LES ËTRANOERS <
J'ai raconté le furieux effort fait par le clergé, rinquisition, les rois, soutenus par l'opinion de leurs peuples, pour réaliser cet idéal : « l'Espagne aux Espagnols ». Au moment où elle l'atteignait, elle était gouvernée par des étrangers. CJiarles-Quint n'était Espagnol que par sa mère, Jeanne la Folle, son père était Philippe le Beau, archiduc d'Autriche. Né à Gand, en 1500, élevé en Flandre, il ne se rendit en Espagne qu'après la mort de Ferdinand survenue en
i. Le Siècle y 19 juin 1898.
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1516. Il était entouré de Flamands. Quand en 1518, il prêta serment, devant les Cortès, de maintenir les privilèges, les lois et les coutumes du royaume, on n'entendit pas le passage du serment qui excluait les étrangers de tous les emplois. Zumel de Burgos invita le roi à répéter ce passage. Charles- Quint répondit évasivement : « J^ai juré ».
Les Cortès Tinvitèrent à apprendre l'espagnol afin de se mettre en communication avec ses sujets.. Il tourna le serment, prêté ou non, en donnant des lettres de naturalisation à ses conseillers flamands qui ne pensaient qu'à exploiter l'Espagne. Chièvres donnait l'archevêché de Tolède à son neveu Guillaume de Croy, âgé de douze ans. Il vendait tout, charges, offices, évêchés et prudemment il expédiait en Flandre les produits de ce trafic. Quand Charles fut élu empereur, il n'avait même pas visité les villes de la péninsule. Les Espagnols sentaient qu'ils seraient exploités au profit de ces étrangers. Charles-Quint traita avec mépris leurs réclamations. Il convoqua les Cortès à Santiago, près de la Corogne, où il devait s'embarquer.
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Les Certes lui demandaient de ne pas quitter la Castille, d'interdire l'exportation de For et de Targent, de ne plus faire gouverner le pays par des étrangers. Charles- Quint leur fit voter un nouveau don gratuit pour payer les frais de son voyage en Ailemagne et nomma comme régent son précepteur> Adrien d'Utrecht-
Onze villes répondirent en se révoltant et formèrent une Sainte-Junte à Avila (1520).. Seulement cette Junte manqua d'esprit politique. Au lieu de réclamer des garanties contre le. roi, elle attaqua la noblesse sur laquelle Charles s'appuya immédiatement. II revint en Espagne en 1522 avec 4.000 lansquenets, fit exécuter environ trois cents chefs de la révolte»
sans excepter ni nobles, ni prêtres, ni moines.
Les intérêts de l'empereur d'Allemagne étaient opposés aux intérêts du roi d'Espagne. Jamais il n'hésita à sacrifier ceux-ci à ceux-là. Toujours en route, il ne séjourna que rarement en Espagne. Il resta pendant treize ans, de 1543 à 1556, sans y paraître,
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et quand il y revint, ce fut pour se réfugier xlans le monastère de Yuste.
Ses conseillers, ce furent un flamand, de Chièvres, un piémontais, Mercurino de Gattinara, un franc-Comtois, Perrinot de Granvelle. S'il confia les affaires dé la chancellerie de Castille à l'Espagnol Francisco 4e Los Covos, il donna la chancellerie -d" Aragon au fils de Granvelle.
'. Charles-Quint a pour généraux des Italiens, des Flamands, des Français : Prosper Colonna, Pescaire, Lannoy, Bourbon, et un seul Espagnol, le duc d'Albe, de la capacité duquel il se méfiait avec raison.
Les grandes charges de cour appartiennent à des étrangers et Charles-Quint fait payer par l'Espagne les frais d'une représentation qui devait répondre à sa situation impériale. La junte d'Avila lui reprochait de dépenser 150.000 maravédis par jour pour sa table, tandis que Ferdinand et Isabelle n'en dépensaient que 15.000. D'après les pétitions des Cortès, le pays était dans la misère. Elles réclamaient des réformes.
<!harIes-Quint faisait des serments qu'il
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oubliait, et il continuait à exploiter l'Espagne et à la laisser exploiter par ses conseillers étrangers.
Philippe II se réfugia en Espagne après la bataille de Saint-Quentin. Mais il en épuisa les ressources pour toutes ses entreprises extérieures. Dès 1559, trois ans après son accession au trône, il écrivait : « tous les revenus sont engagés ». En 1596, deux ans avant sa mort, il faisait banqueroute.
Ces dépenses avaient été faites non pas au profit de l'Espagne, mais pour des intérêts étrangers*
Quand Marie-Anne d'Autriche gouverne l'Espagne pendant onze ans, de 1665 à 1676, comme régente de Charles II, elle n'a de confiance que dans son confesseur, un jésuite allemand, Johann Eberhard von Neidhart qui, naturalisé Espagnol, devint conseiller d'État, membre du conseil de régence, grand inquisiteur ; elle manifestait