Histoire de VEspagney par H. Reynald
gne, souleva la Galice, mais, arrêté par les sous-officiers des troupes qu'il avait soulevées, il fut livré à l'Inquisition et condamné à mort.
Ferdinand en profita pour envoyer aux galères, sans jugement, de sa propre autorité, les hommes d'Etat qu'il avait fait emprisonner au mois de mai 1814. Les conspirations se succèdent : en 1816, Vincente Richard est pendu à Madrid. Don Luis Lacy essaya de soulever la Catalogne : arrêté, on n'osa l'exécuter à Barcelone ; on l'embarqua pour Majorque et on le mit à mort dans le château de Belver. Le colonel Vidal, en tentant un soulèvement dans la province de Valence, fut tué par le général Elio, qui fit exécuter douze de ses principaux complices et en livra cent dix-neuf aux tortures de l'Inquisition.
Pour réprimer les soulèvements des colonies espagnoles, on avait concentré à Cadix des troupes mal payées, oisives, et dont beaucoup d'officiers affiliés à la maçonnerie déploraient les excès réactionnaires de Ferdinand. Ils firent des ouvertures au com-
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mandant en chef O'Donnell, comte de TAbisbal.
Il dénonça au roi les conjurés qui avaient eu rimprudence de se confier à un homme qui, au moment de Tavènement de Ferdinand, avait chargé son envoyé , de deux adresses différentes à utiliser selon les circonstances. Les troupes furent dispersées.
Mais cette mesure au lieu d'éteindre le foyer propagea rincendie. La date du soulèvement fut fixée au 1" janvier 1820. Un jeune capitaine, Riego, fit jurer la Constitution de 1812 au bataillon des Asturies, dans le village de Las Cabezas de San Juan, et fit prisonnier, avec tout son état-major, le général de Calleja. Après avoir réuni 5.000 hommes qu'il eut le tort d'immobiliser dans Tisthme de Léon, Riego se dirigea avec une troupe de mille hommes sur Algésiras, livra un combat indécis à O'Donnell près Malaga, entra dans Cordoue. Sa troupe s'était dispersée, et tout lui paraissait perdu, quand il apprit que le nord-ouest de l'Espagne, que la Galice, que les Asturies, que l'Aragon s'étaient soulevés. O'Donnell qui [avait dénoncé
Tannée précédente les conjurés, voyant que rinsùrrection qu'il était chargé de réprimer avait des chances de succès, passa de son côté. Le général Freyre, à Cadix, après avoir fait massacrer la population pendant deux jours, ordonna à ses soldats de reconnaître la Constitution de 1812; il est vrai que le roi Ferdinand avait cédé et avait envoyé chercher aux galères les anriens mmis- 1ï«s libéraux qu'il y avait envoyés en décembre 1815.
Le nouveau gouvernement récompensa les chefs militaires qui avaient provoqué le mouvement. C'était bien naturel ; mais en même temps c'était les encourager à recommencer et en pousser d'autres à suivre leur exemple. En 1819, Riego était capitaine ; il était général en 1820 et peu satisfait. Le gouvernement, craignant l'armée de Léon qu'il commandait,voulut la dissoudre. Riego se rendit à Madrid, où il fut reçu en triom-
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phateur par une population affamée de servitude. II se prêta à toutes les manifestations ; on chantait V hymne de Riego ; lui-même entonna au théâtre une chanson dirigée contre les ennemis de la Constitution : Tragala perro « chiétt^ avale-Ia ». Le ministre de la guerre destitua Riego, mais il dut donner sa démission (septembre 1820). Quelques jours après Riego rentrait dans son grade et était nommé capitaine général de TAragon.
Alors des bandes royalistes se forment près d*AviIa, de Rurgos, dans les fAsturies, dans r Andalousie. A Tolède on criait : « A bas la Constitution! Vive l'Inquisition! ».
Les descaminados fies sans-culottes, y répondaient en assommant à coups de marteau, dans sa prison, avec la complicité des autorités, Mathias Vinueza, et fondaient « Tordre du marteau » pour perpétuer le souvenir de cet exploit.
Riego tentait une nouvelle révolution : il fut destitué, se soumit, .et fut envoyé à Lerida. Les Madrilènes essayèrent en son honneur une manifestation et promenèrent dans
la ville son portrait ; mais ils furent dispe) ses et le portrait traîné dans la boue et Ie céré.
L'Espagne était partagée entre les « exa tés »et « les royalistes », qui s'insurgeaier pour rétablir l'autorité absolue du roi. Le chefs de bandes surgissaient partout, U moine, dit le Trappiste, prit d'assaut la vill de Cervera aux cris de « Vive le roi absolu Vive la religion ! » Quelque temps après, :
s'emparait avec d'autres chefs de bandes d la Seo-d'Urgel. Des officiers se mêlaient ce mouvement de réaction ; à Valence, le artilleurs voulaient délivrer le général Elio qui refusa et fut exécuté quelques jour après; les carabiniers de Gastro del Rio s révoltèrent en Andalousie ; un officier de 1 garde royale, Landaburu, faisant partie de exaltés, fut tué par trois de ses soldats. L milice et la garde royale furent sur le poin d'en venir aux mains. Il fut décidé que qua tre, sur les six bataillons de la garde, quit teraient Madrid (i'"' juillet 1823). Les soldat refusèrent d'obéir,la bataille s'engageale 6 la garde royale fut écrasée par la milice
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Ferdinand VII s'empressa d'abandonner ceux qui se faisaient tuer pour lui rendre le pouvoir absolu, et il signa un décret des Cortès qui mettait le 7 juillet au nombre des Fastes de l'Histoire d'Espagne.
A Seo-d'Urgel se constituait une régence composée du baron d'Eroles et de Tarchevêque de Tarragone, sous la présidence du marquis Mata-Florida. Un aventurier français, condamné pour meurtre, nommé Bessières, battit le général O'Daly et vint s'installer jusqu'aux portes de Madrid.
L'Abisbal, un des chefs de l'insurrection <le 1820, franc-maçon, lui fut opposé, mais les communeros exigèrent un commandement pour un des leurs, Ballesteros.
L'intervention française est décidée : le duc d'Angoulême entre en Espagne; il achète l'Abisbal, chargé de défendre Madrid.
Bessière y entre avec sa bande royaliste. Madrid, Bilbao, Saragosse sont mis au pillage.
Les Cortès avaient entraîné Ferdinand à Séville. Elles durent se décider à transporter le siège du gouvernement à Cadix. Le 12 juin devait éclater un complot dont était le roi. Il fut découvert, le colonel Downie et ses complices arrêtés, et le roi conduit à Cadix.
La lutte continua encore pendant le mois d'août. Mina tenait toujours la Catalogne; Riego avait quitté Cadix, et, à la tête d'une troupe de 2.500 hommes qu'il alla chercher à Malaga, il livra contre les Français un combat de deux jours à Mancha-Real. Blessé, fait prisonnier, il ifut honteusement livré aux autorités espagnoles.
Conduit à Madrid, il fut jugé et condamné pour crime de haute trahison, parce qu'il avait défendu le régime constitutionnel auquel avait adhéré le roi. Le fiscal demanda qu'après avoir été attaché au gibet son corps fût écartelé, que sa tête fût portée à Las Cabezas de San Juan, que les quartiers de son corps fussent ainsi répartis: l'un à Madrid, l'autre à Séville, le troisième à l'île de Léon et le quatrième à Malaga.
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Condamné à mort le 5 novembre, il fut mis en chapelle. Ce n'était point un héros.
Il signa une rétractation ; le 7, il fut conduit au supplice, assis à reculons dans un panier d'osier traîné par un âne, et il fut pendu à une potence haute de cinquante pieds au milieu des malédictions de la foule qui, quatre ans auparavant, le portait en triomphe et se traînait à ses pieds.
Six jours après, le 13 novembre, elle débordait d'enthousiasme pour Ferdinand qui, appuyé sur l'armée française, se présentait à elle comme un souverain absolu, dont le pouvoir ne devait avoir d'autre limite que son bon plaisir. Les peuples n'ont que les gouvernements qu'ils méritent.
Les malheureux libéraux espagnols qui avaient espéré soustraire leurs concitoyens à ce dégradant régime étaient désignés sous le nom de negros.
Le roi, en satisfaisant ses vengeances, faisait plaisir à ses sujets.
Une junte, présidée par un inquisiteur^ était chargée des exécutions. Le roi publia bien une amnistie, mais conçue avec une telle hypocrisie qu'elle ne comprenait aucun de ceux contre qui il voulait sévir.
Les archevêques et évêques étaient char- ^ gés de la haute police; l.SOO personnes?
furent emprisonnées dans la seule ville de] Saragosse; on estime que 1.200 personnésc furent fusillées.
Le roi eut un prétexte pour redoubler ses rigueurs. Le 24 août, le colonel Valdès dé~ barqua à Tarifa aux cris de : Vive la Consti^ tution !
Pris au bout de quelques jours, il fut fusillé avec trente de ses compagnons. Cette échauffourée servit de prétexte à Ferdinand, qui rendit, le 9 octobre 1824, un décret punissant de mort pour crime de lèse-majesté quiconque avait proféré dans un lieu public des discours contre la souveraineté du roi et en faveur de la Constitution abolie, fait entendre des cris alarmants et subversifs.
L'ivresse n'était pas une excuse. L'article 6 édictait la peine de mort contre tout franc-
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maçon et la confiscation de ses biens. « Tous les Espagnols, disait Tarticle 10, de quelque qualité et de quelque profession qu'ils soient, seront soumis à ces peines et justiciables des commissions militaires exé-
Ci) décret iiitifpliqué. La commission de Madrid, présidée par va n oaun é Chaperon qui, les jours d'exécution, donnait «i cMqp de main aux bourreaux, condamnait à mort toute personne chez qui on trouvait des portraits de Riego et envoyait aux galères les femmes et les enfants qui n'avaient pas dénoncé leur mari ou leur père. Juan Martin El Empecinado, un des célèbres chefs de la • guerre de l'Indépendance, se croyait couvert par l'amnistie. 11 fut arrêté, enfermé dans une cage de fer, livré aux insultes de la foule le jour du marché. Conduit au supplice sur un âne, il brisa ses chaînes et en assomma quelques-uns de ses gardes. Jeté à terre, il fut repris et pendu. '
Cependant les Apostoliques ne se trouvaient pas satisfaits. Bessîères, devenu maréchal de camp, réunit une bande à Brihuega
et proclama la déchéance du ministère, coupable d'être composé de révolutionnaires et de francs-maçons. Le comte d'Espagne, gouverneur de Catalogne, arrêta Bessières et ses satellites et les fusilla.
Les Apostoliques prennent le nom d' « Ayraviados » (ulcérés), et se soulèvent dans la Catalogne et TAragon sous l'impulsion de l'évêque de Vich et du clergé de Manresa. L'insurrection est réprimée ; les laïques sont fusillés, pendus ou soumis à la garrotte ; mais les ecclésiastiques ne sont pas inquiétés. Bien plus, le comte d'Espagne profite de l'occasion pour emprisonner quantité de libéraux, en fusille treize dont un colonel le 13 novembre 1827, onze le 26 février 1829 et neuf le 30 juillet.
Après la Révolution française de 1830, les Espagnols libéraux réfugiés en France formèrent une junte provisoire à Bayonne. A Valexilos, le colonel de Pablo fut tué par les soldats qu'il voulait gagner à l'insurrection ; Valdès et Mina échouèrent en Navarre, le général Torrijos en Andalousie. Il fit une nouvelle tentative à Malaga. Ses cinquante-
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deux compagnons et lui furent pris et fusillés le il décembre 1831.
Les Apostoliques n'étaient cependant pas satisfaits, et, trouvant Ferdinand Vil insuffisant comme roi absolu, il avaient, en 1828, pris le parti de son frère don Carlos, quand celui-ci apprit que Ferdinand VII lui enlevait le trône pour le transmettre à sa fille Isabelle, avec régence de sa femme Marie- Christine. Ce fut une déclaration de guerre civile. Ferdinand VII mourut le 29 septembre 1833.
Nous allons voir entrer en scène de nouveaux généraux de pronunciamientos.