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Le Siècle du 18 août

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riences et étaient trop clairvoyants pour n'avoir pas de la méfiance.

Don Carlos, depuis 1827, était le roi des moines. Dès le 9 octobre 1833, ils proclament sa royauté à Bilbao et la municipalité insurrectionnelle ordonne aux habitants de venir toutes les trois heures crier sur la place :

« Vive Charles V ! Vive FInquisition ! Mort aux constitutionnels î » On assomme et on assassine quelques suspects. L'insurrection éclate à Vittoria, à Logrono, à Orduna, à Roncevaux. Le curé Mérino marche à la tête des volontaires de la Vieille Castille.

Les généraux du gouvernement remportent quelques avantages ; Lorenzo fait fusiller, le 15 octobre, Santos Ladron dans les fossés de Pampelune. Mais ils attendaient que l'insurrection se développât pour se rendre plus indispensables et savoir ensuite le rôle qu'ils s'assigneraient.

Le général Quesada publia contre le ministère un manifeste ; le général Llander, commandant la Catalogne , réclama de la Régente la convocation des Cortès et déclara que le ministère « menaçait à la fois la tranquillité

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publique et le trône d'Isabelle ». Le ministre Zea Bermudez obéit aux sommations des généraux, et se retira.

M. Martinez de la Rosa, qui lui succéda, avait été détenu pendant six ans, dont quatre au bagne de Penon après la réaction de Ferdinand en l8l4. Il avait ensuite voyagé, était au courant des idées modernes, mais manquait de caractère et de décision.

Nous retrouvons cette même timidité chez tous les hommes politiques espagnols. Il n'y a de hardiôsse que chez les prêtres et les généraux.

Encore ceux-ci, quand ils arrivent au pouvoir, ne savent comment en user dans Tintérôt général. Le 18 janvier 1835, le général Llander étant ministre de la guerre, huit cents hommes du 2® régiment, sous la conduite du lieutenant Cardero, se révoltent à Madrid, tuent le général Canterac et peuvent quitter la ville impunément avec les honneurs de la guerre.

On voit le général Mina abandonner son commandement et le général Saarsfield refuser de le remplacer.

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Au nord, la Navarre sert de base d'opération à la guerre carliste. Mais ailleurs il y a des soulèvements populaires contre les moines.

Au mois de juillet 1835, le peuple de Madrid massacra les prêtres et les moines, en les accusant, non seulement de soutenir Don Carlos, mais de n'avoir pas empêché le choléra. Deux ans après, à la même date, la foule, à Saragosse, tua des moines, brûla des couvents et les officiers de la milice se réunirent pour demander la suppression des couvents.

A Reus, à Barcelone, mêmes scènes. Dans cette dernière ville, le palais du général Pedro Bassa fut forcé, le général tué et son cadavre jeté du haut du balcon.

Le 18 août 1835, Cadix chasse les moines,

Salamanque fermé les couvents, Malaga, Gre-

•nade, Cordoue proclament la Constitution de

tl812. Les juntes révolutionnaires se mettent

en communication les unes avec les autres.

Le 15 septembre 1835,Mendizabal devient

le chef du gouvernement pendant six mois,

et Tanarchie est complète. Les christinos

étaient obligés de demander contre les car-

listes le secours d'une légion anglaise et d'une légion française que les généraux espagnols se gardaient bien d'utiliser comme ils l'auraient dû.

Le comte d'Espagne, qui avait été un si cruel agent de Ferdinand VII, s'était enrôlé parmi les carlistes.

Alors entre en scène Espartero qui, né en 1793 d'un charretier, avait tout d'abord été destiné à l'état ecclésiastique et était devenu militaire lors de la guerre de l'Indépendance.

En 1815, il avait été envoyé aux colonies ;

il en revint colonel en 1823 et possesseur d'une grosse fortune qu'il avait gagnée au jeu. Les officiers qui avaient pris part à cette expédition formaient une sorte d'association d'avancement mutuel dont les principaux représentants étaient Rodil, Mareto, Alaix, Cantérac, Narvaëz, désignés sous le nom « d'Agacuchos » ; et ils étaient si bien liés quje, lorsque même ils combattaient les

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uns contre les antres, ils savaient se rendre des services réciproques.

Espartero voulut bien se mettre au service d'Isabelle. Il eut la chance de reprendre Bilbao sur les Carlistes : il opérait pour son compte, plus que pour celui du gouvernement, et il avait soin de ménager les Carlistes qu'il devait combattre afin de ne point mettre fin à son rôle.

Le général Cordoba, en 1836, laissait tranquillement les Carlistes s'emparer de trois postes avancés près de Bilbao, et, au lieu de faire la guerre, venait faire de la politique à Madrid.

A Barcelone, en janvier 1836, un bataillon de la milice alla massacrer dans la prison cent vingl prisonniers carlistes et brûla le colonel O'Donnel après l'avoir traîné sur les pavés et dans les ruisseaux.

Après Mendizabal, Isturitz arrive au pouvoir : on dirait, en France, que le parti radical, succédait au parti modéré.

Il y avait des carlistes qui tenaient campagne et qu'un chef de gouvernement aurait d'abord voulu vaincre : Isturitz se préoc-

cupa beaucoup plus de se venger des membres des Cortès qui avaient osé être d'un avis différent du sien.

Cabrera devint le chef des troupes carlistes ; et ce général du roi des moines, ayant été d'abord destiné à Tétat ecclésiastique, avait la haine farouche du clergé. Cependant, pour seconder ses efforts, don Carlos, par un décret du 23 août 1836, daté d'Aspetzia, nomma la Vierge généralissime de ses armées. Il la fit présider aux plus effroyables atrocités.

Le général Christino Noguarès prend à Tortose la mère de Cabrera et la fusille ; Cabrera, en réponse, fusille trente-quatre femmes d'officiers Christinos.

Un autre chef carliste promenait ses bandes dans les Asturies et envahissait la Galice. Des insurrections éclatent partout :

le général Evariste, le 1" août 1836, proclame l'Aragon indépendant et trouve l'ad-

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hésion de tous les fonctionnaires ; à Barcelone, Mina proclame la constitution de 1812.

Le 12 août, la reine étant à Saint-Ildefonse, les régiments qui s'y trouvaient envahissent le palais de la granja, et six sergents, trois caporaux et un musicien, délégués par les régiments, ont un entretien de cinq heures avec la reine et lui imposent la « Constitution de 1812, la liberté et Tabolition de f impôt sur le sel ! »

Le général Vigo Melendez, envoyé par les ministres à Saint-Ildefonse, revint avec les décrets signés de la reinp sous la garde des six sergents. Les ministres s'évadèrent de Madrid ; le ministre de la guerre, le général Quesada, ayant été reconnu à Hortalezza, près de Madrid, fut massacré et les lambeaux de son corps furent traînés dans les rues de Madrid.

Les carlistes, sous les ordres deGomez, envahissaient la vieille Castille, faisaient prisonnière Tarmée du général Lopez, pénétraient dans l'Andalousie; leurs généraux se disputaient entre eux comme les généraux christinos : Gomez, pour récompense

de ses exploits, fut cité devant un conseil ( guerre carliste et disparut.

Don Carlos renouvela ses entreprises e 1837 . Le général Espariero. semblait un spe tateur indifférent au succès des carlistes qu' devait combattre. Les soldats l'appelaiei « la sentinelle de l'Ebre ». Leur ironie éta inexacte, car il ne surveillait pas l'ennem il ne veillait qu'à ses intérêts. Quand Do Carlos s'empare de Ségovie, Espartero viei à Madrid malgré les ordres du ministre à la guerre, le général Seoane; et la populi tion de Madrid, qui a une étrange concei lion des événements, le salue comme u libérateur. Les régiments de la garde s soulèvent et exigent la démission des minîi très. Les ministres obéissent. Espartero le bon esprit de refuser le ministère de 1 guerre et laisse ses troupes pendant quinz jours jouir de la vie de Madrid. Quand , repart pour l'Aragon, don Carlos march sur Madrid ; mais il n'osa l'attaquer.

Pendant ce temps, partout il y a de émeutes militaires : à Emani, à Bilbao, .

Irun, à Portugalette, à Vittoria, les soldat

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tueiït leurs officiers et les officiers tuent leurs généraux; le 13 août, à Miranda, le général Escaléra est assassiné ; le 26 août, à Pampelune, le général Saarsfield subit le même sort.

Les troupes carlistes avaient les mêmes mœurs. Don Carlos était obligé de fuir devant Témeute à Estella. Il faisait comparaître cinq de ses chefs devant un conseil de guerre qui les condamnait à mort. Don Carlos leur rendit leur grade et .nomma Maroto général en chef ; celui-ci aussitôt se saisit des généraux carlistes Guergué, Garcia, Sam, Carmona, Urris, leur donne le temps de se confesser et les fusille. Don Carlos le désavoue : Maroto se rend avec neuf bataillons auprès de Don Carlos, le somme de renvoyer ses ministres et de désavouer son désaveu. Don Carlos obéit et ses troupes Taccueillent au cri de : « Vive Maroto ! »

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Il était facile aux généraux christinos de profiter de ce désarroi. Espartero gagiia trois combats à la Nastora, le 28 avril ; à Ramales, le 8 mai ; à Guardamino, le 11 mfeii. Il fut nommé duc de la Victoire ; et Maroto, qui était un « Ayacucho », s'entendit avec lui pour abandonner don Carlos. Ils arrangèrent ensemble une petite comédie : pendant une suspension d'armes, Espartero s'avance vers les troupes carlistes, leur [fait un discours, embrasse Maroto, les armées se mêlent ; une convention est signée entre les deux généraux le 31 août 1834; et les officiers carlistes entrent dans l'armée régulière en conservant leurs grades.

Le comte d'Espagne, après avoir réprimé l'insurrection carliste avec une effrayante cruauté, avait conservé sa férocité en devenant carliste ; tout village pris était brûlé et ses habitants massacrés. 11 était en train de s'arranger aussi avec le* gouvernement, quand un certain nombre de carlistes l'arrêtent et, après trois jours de promenade au milieu des injures et des coups, le massacrent et le jettent dans la Sègre.

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Le dernier chef carliste, Cabrera, qui, après la bataille de Maella, avait égorgé cinq mille prisonniers, fusillait tous ceux de ses officiers qui, attirés par lui dans un piège, avaient conclu à la conciliation. Il se réfugiait en France avec ses dix mille soldats, le 9 juillet 1838.

La guerre carliste, qui avait duré six années, était terminée : elle avait couvert l'Espagne de ruines ; elle Tavait jonchée de cadavres, et elle avait produit des généraux, comme le duc de la Victoire, qui, ayant ramassé gloire, honneur, richesse dans le sang de leurs compatriotes, considéraient que leur pays était leur propriété.

Espartero joua au César, en s*appuyant sur le parti des exaltés ; il culbute les ministres, et il fait nommer maréchal de camp, Linage, le lendemain du jour où il les a insultés dans une lettre publique.

La Régente voulut lui opposer les gêné-

raux Cerdoba et Narvaez qui tentèi mouvement à Séville. Espartero dt leur mise en accusation, les força de Tober en passant à l'étranger, et ex dissolution des Cortès qui avaient u jorité de conservateurs.

Les progressistes l'emportèrent (If Régente eut recours à la dissolution, néral Espartero, dans un manifeste déversa son blâme sur la Régente et nistres.

Les nouvelles élections, sous la p du ministère, donnèrent lamajorîté s dérés. Ils tirent la loi sur les ayuntai portant la nomination des alcades (n par le gouvernement.

Les reines se trouvaient à Ra quand on apporta cette loi à la Rége:

partero lui demanda de ne pas la sig Régente refusa d'obéir à cette somi Espartero alors se démit de tous s( neurs et emplois. Les troupes se so aussitôt, les ministres écbappent à peine au massacre ; la Régente s'eni pour Valence. Madrid se soulève àso

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La Régente envoie Tordre à Espartero de marcher sur Madrid. Il refuse et il reçoit à Barcelone Tenvoyé de la junte de Madrid chargé de lui offrir la régence.

Tandis que Marie-Christine se réfugie en France, Espartero fit, le 29 septembre, une entrée pompeuse et triomphale à Madrid, et au mois de janvier, il montrait comment des généraux de son genre comprenaient la discipline quand, dans une revue, il félicitait la compagnie du 2* bataillon de la milice qui, le 1®' septembre, avait donné le signal de la révolte et fusillé le capitaine général de Madrid : « Vive la seconde compagnie de chasseurs » ! s'écria-t-il en s'arrêtant devant elle.

Il fut investi définitivement de la régence le 8 mai 1841 ; mais ce sont deux arts différents, celui de parvenir au pouvoir par des conspirations et celui de s'y maintenir. Son exemple provoqua d'autres pronunciamientos. Deux généraux, Diego Léon et Goncha, essayèrent d'enlever la reine Isabelle de son palais de Madrid. Après un combat de plus d'une heure contre les hallebardiers, lejs con-

jurés furent battus. Concha put se sauver, Diego Léon fut pris et fusillé quelques jours après. O'Donnell s'empara de la citadelle de Pampelune, mais y fut assiégé : les soulèvements de Sarragosse, Logrono, Portugalette et la Guipuscoa écTiouèrent. Non seulement Espartero réprima sévèrement ces soulèvevements,mais il en profita pour supprimer, par un « bando » de Vittoria (23 octobre), les fueros des provmces basques et faire fusiller les anciens chefs carlistes qu'il put saisir. Espartero, qui avait réclamé de la régente le respect de la Constitution de 1837, la traita avec le mépris d'un général qui s'était toujours mis au-dessus des lois et qui avait pour conseils les généraux Zarbano et Linange et qui prit pour chef de son ministère le général Rodil,' un membre des « ayacuchos ».

Le 25 octobre 1841, à la suite d'une querelle entre douaniers et ouvriers, les Barce-

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lonnais voulurent démolir la citadelle de Montjuich ; le mouvement ne fut réprimé qu'au bout d'un mois. L'année suivante, nouveau pronunciamiento sous les ordres de dom Juan de Carsy, du général Durando et du colonel Amettler, Après quinze jours de bombardement, Barcelone écrasée fut forcée de recevoir le régent (4 décembre 1 842) . Tout habitant qui garderait une arme ou donnerait refuge à un proscrit était passible de la peine de mort. Toute délation était payée 2.500 fr. Trois cents hommes furent fusillé»

sans jugement.

Espartero revient en triomphateur à Madrid, il prononce la dissolution des Cortès, sans avoir de budget ; beaucoup de Villes refusent de payer Timpôt. A Valence, un placard menaçait de mort quiconque acquitterait ses contributions. Espartero prend des mesures incohérentes, empreintes à la fois de violence et de faiblesse. Une coalition de progressistes et de modérés envoya aux Cortès une majorité hostile. Espartero les dissout de nouveau (26 mai 1843), et proclame, en même temps, une amnistie.

Malaga, Grenade, Almeria, Valence, s mettent en insurrection. Un jeune officier Prim, soulève la ville de Reus : Barceloni recommence la lutte. Toutes ces villes pro clament le gouvernement de Lopez dont tou les pouvoirs sont concentrés dans les main du général Serrano, ministre de la guerre Les généraux Concha et Narvaez comman dent l'insurrection à Malaga et à Valence Prim combat dans l'Aragon. Espartero du quitter Madrid. ÂTorrejon ses troupes s réunissent à celles de Narvaez, qui install alors k Madrid le ministère Lopez. Pendan ce temps, Espartero bombardait Séville qu fut délivrée par Concha. Espartero s'enfui à Cadix où il se réfugia à bord d'une frégat anglaise et il adressa d'Angleterre au peu pie espagnol une lettre qui prouvait son in capacité, puisqu'elle montrait qu'il ne com prenait même pas les causes de sa chute.

Espartero fut plus heureux que beaucou degénéraux qui essaient des pronunciamien tes. En regard des chances de succès, ily i les chances de la fusillade. Il rentra quelque années après en Espagne, se tint tranquili

et après être revenu au pouvoir avec O'Donnell de 1854 à 1 856 mourut à Logrono en 1 879, à l'âge de quatre-vingt-six ans.

Son histoire montre le danger des cama* rillas militaires. Elle prouve Tabsence de scrupules des généraux ambitieux du pouvoir. Aptes à conspirer, une fois qu'ils l'ont, ils ne savent qu'en faire. Ils sont comme des enfants, capables de casser des œufs, mais incapables de tenir la queue de la poêle.

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