CHAPITRE lY
Le roi Amédée prenait possession du pouvoir au moment où Prim venait d'être tué.
Dans Tarmée espagnole, les officiers d'artillerie se vantaient de n*avoir jamais fait de pronunciamiento. Le roi Amédée s'appuya sur eux et, par cela même, les engagea dans la politique. Le ministère Ruiz Zorilla nomma à un commandement actif le général Hidalgo. Les officiers d'artillerie ne Taimaient pas et ils protestèrent en donnant en masse leur démission.
Ils comptaient sur l'intervention du roi et, en effet, le roi ne voulait pas l'accepter ; mais le ministère, d'accord avec les Cortès,
l'accepta et résolut de les remplacer en nommant à leur place des sous-officiers.
Le roi Amédée, ayant perdu ses partisans abdiqua le 11 février 1873 etlesCortès proclamèrent la République.
M. Pi y Margall fut élu président du pouvoir exécutif. Il représentait la République fédéraliste et la nouvelle Chambre élue proclama la République fédérale. Un coup de main, tenté à Madrid par les monarchistes, qui, en Espagne comme en France, s'appelaient par antiphrase conservateurs, échoua; mais l'Andalousie, Valence, Murcie, Carthagène, Se ville comprirent que la République fédérale impliquait leur indépendance : et il fallut envoyer des troupes pour les reconquérir.
Au mois de juillet, la garnison de Carthagène, le port de guerre de l'Espagne, et les équipages des quatre frégates Numancia, Mendez-Nunez, Victoria, Almanza, se joignirent aux socialistes révolutionnaires.
Pendant six mois, ils formèrent une Commune à l'instar de celle de Paris. Rs coulèrent un navire de guerre le Gortolu, dans
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un combat avec Tamiral Lobo, et allèrent bombarder Alicante. Quand le 11 janvier 4874, leur position fut désespérée, les chefs de Tinsurreclion Contreras, Galvez, Roque- Barcia s'embarquèrent sur la Numancia, se lancèrent à toute vitesse à travers la' flotte espagnole, en la criblant de coups de canon, et allèrent aborder en Algérie, à Mers el Kébir.
Castelar avait été investi à la place de Pi y Margall d'un pouvoir dictatorial. Partisan delà Piépublique unitaire, c'était à lui qu'était incombée la tâche d'empêcher le démembrement de l'Espagne en réprimant ces insurrections locales. Tandis qu'il combattait contre les fédéralistes révolutionnaires du Midi et de Carthagène, il avait à réprimer une formidable insurrection carliste dans les provinces basques. Les carlistes s'emparaient de Berga et de RipoU, et redoublaient 'audace en comptant sur une restauration monarchique en France.
Lors de la rentrée des Cortès, Salmeron reprocha à Castelar sa politique antirépublicaine, comme si la République était syno-
nime d'anarchie. Castelar fut renversé le 2 janvier 1874 par 120 voix contre 420 et M. Salmeron nommé à sa place chef du pouvoir exécutif.
Le capitaine général de Madrid, le général Pavia, envoya un officier remettre une lettre à M. Salmeron, intimant aux Cortès Tordre de se dissoudre et leur donnnant dix minutes pour se disperser. Des troupes massées autour du palais, en face duquel éUient braqués des canons, appuyaient cette injonction ; les postes et télégraphes, le ministère de l'intérieur étaient occupés par des soldats.
Le général Pavia ne prit pas le pouvoir pour son compte. Ce fut le maréchal Serrano duc de la Torre, qui s'empara de la dictature. L'Espagne accepta le coup d'Etat avec l'empressement d'un peuple qui, tout en aspirant à la liberté, a les mœurs de la servitude.
Quand Pavia, en mai 1874, donna sa démission de capitaine général des Castilles parce que le ministère devint alphonsiste, il exposa, dans sa lettre, les motifs qui l'avaient
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poussé à perpétrer son coup d'état du 2 janvier. Il voulait établir « une trêve des partis et donner accès dans le gouvernement aux éléments de toutes les fractions politiques conservatrices entre lesquelles le gouvernement était malheureusement divisé. » Il voulait faire une concentration conservatrice.
Serrano se mit à la tête de Tarmée pour combattre les carlistes ; les troupes entrèrent le 3 mai à Bilbao et enlevèrent San Pedro de Abouto qui était le principal point d'appui de rinsurreciion ; mais le maréchal Serrano se garda de pourchasser Tennemi. Selon de vieilles habitudes, les généraux espagnols entendaient se réserver la guerre civile pour l'avenir et ne point tarir complètement cette source d'honneurs et de profits.
Le 29 juin 1874, le maréchal Concha fut tué devant Estella ; l'armée espagnole fut mise en déroute.
Cependant elle incendia Abarzuza: comme représailles, le général carliste Dorregaray faisait fusiller 182 prisonniers. Ormœchea prenait comme otages les habitants suspects
de libéralisme et en faisait fusiller un par chaque coup de canon que tirait rescacire espagnole. Dai;is son manifeste aux puissances, don Carlos prouvait son humanité en disant qu'il n'avait fait fusiller qu'un sur dix des prisonniers de guerre faits à Estella.
Don Carlos proclamait ses droits : « La loi et la tradition m'ont fait roi : l'Espagne est catholique et monarchique; je satisferai son sentiment religieux et son amour de la monarchie légitime. »
Pour prouver les sentiments religieux de son roi, le chef carliste Antonio Lizzaraga punissait les blasphémateurs en leur faisant percer la langue d'un fer rouge.
Au mois de septembre 1874, don Carlos adressait un manifeste <* aux puissances chrétiennes » ; il affirmait « régner de fait sur la plus grande partie du royaume » alors qu'il était confiné dans la Navarre. Il ajoutait qu' « il avait épuisé tous les moyens de pacification » ; et il traitait ses adversaires de « hordes de meurtriers et de bandes indisciplinées ».
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Le comte de Chambord approuvait la pol;»^que de son neveu « qui ne combattait que pour la gloire de Dieu, pour le bonheur de son peuple et pour le triomphe de Féglise catholique; » et, à ce moment, il y avait à l'assemblée nationale de Versailles, des hommes qui avaient la prétention d'imposer ce roi à la France !
Le maréchal Scrrano accusait le gouvernement français de favoriser les carlistes et la conb'ebande de guerre pour eux. L'Allemagne, elle, reconnaissait le gouvernement du maréchal Serrano,
Au mois d'octobre 1874, il y avait deux ans et demi que durait la guerre carliste :
Castella était incendié, Puycerda assailli, Irun bombardé.
De hardis marins anglais pratiquaient la contrebande de guerre par les gros temps que n'osait affronter la marine espagnole.
Le 29 décembre 1 874 , pendant que Serrano était à l'armée du Nord, le général Martinez Campos faisait un pronunciamiento à la tête de detix bataillons, à Murviedro, en faveur d'Alphonse de Bourbon, fils d'Isabelle. L'ar-
mée du centre, envoyée contre eux, se joignit à eux, les garnisons de Madrid et des villes du centre adhérèrent à leur tour ; Tarmée du Nord suivit cet exemple.
. Le maréchal Serrano se résigna et passa en France : car dans les pronunciamîentos Fattaque a toujours plus de chances de succès que la défense. Dès le 31 décembre, un ministère de régence se constituait sous la présidence de M. Canovas del Castillo, appelait le prince Alphonse qui acceptait par télégramme et montait en chemin de fer pour prendre possession du trône, sous le nom d'Alphonse XII, après avoir reçu la bénédiction du pape.
Mais la présence de ce roi ne désarma pas les carlistes, et les légitimistes français restèrent fidèles à don Carlos.
La Navarre, pays basque, continua en le soutenant à émettre ses deux prétentions contradictoires : imposera TEspagne le roi de son choix et maintenir ses fueros, privilège qui consiste pour elle à ne contribuer en rien aux charges générales de l'Espagne.
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En janvier 1873, à Lizzaraga des employés de chemin de fer, rencontrés à moins d'une lieue de la voie, furent fusillés « sans qu'il leur fût laissé plus d'une heure pour se préparer à mourir en chrétiens » . Les carlistes confisquant les biens des libéraux, le gouvernement de Madrid intenta des poursuites contre les acquéreurs et prononça l'expulsion du territoire espagnol de toute famille dont un des membres était carliste.
L'insurrection carliste ne fut éteinte qu'en février 1876, quand Estella ouvrit ses portes à Alphonse XII ; les troupes carlistes massacrèrent un de leurs généraux, Egana ; le 28 février don Carlos passa suir le territoire français. La guerre carliste avait duré quatre ans ; et depuis le 2 janvier 1874, date du coup d'état de Pavia, jusqu'en février 1876, l'Espagne fut sous le régime de la dietature.