CHAPITRE II
ILLUSIONS, BCENSOMaES ET IMPËRITIE
Nous avons assisté à de tristes spectacles qui malheureusement nous rappellent les souvenirs cruels de 1870.
La déclaration de guerre ne changea rien à la vie habituelle des Espagnols. Ils avaient Tair de la considérer comme quelque chose qui ne les concernait pas.
Le gouvernement établit une censure sur les journaux espagnols, non pas en supprimant les nouvelles qui auraient pu donner des renseignements à Tennemi, mais en supprimant les nouvelles qui pouvaient donner des renseignements aux Espagnols.
On supprima le commerce des blés. Cette
mesure comme toujours, aboutît, à provoquer des émeutes du painàBurgos,Olmedo Ciudad Réai, Lorca, au Val de Penas. A l'Union près de Garthagène, la halle fui incendiée et les portes de la prison ouvertes.
Les amiraux espagnols racontaient qu'au premier coup de canon les équipages américains, composés de mercenaires et d'ivrognes, se jetteraient à ta mer. Ils parlateni du bombardement des villes américaines, el ils annonçaient tous les matins la rupture du blocus de Cuba en disant dans leurs fanfaronnades enfantines : — Les ^luéricains, ce sont des commerçants et des industriels ; ce ne sont pas des militaires et des marins.
Des navires américains ayant fait quelques reconnaissances sur les côtes, la population s'amusait avec les dépêches dans lesquelles le maréchal Blanco ridiculisait l'amiral Sampson qui, ayant envoyé à Matanzas des projectiles, avait tué une mule.
Madrid le surnomma « le Tartarin de Matanzas », les cafés retentirent de piai-
286 l'évolution polttioue de l'espagne
santeries sur la mule. Le maréchal Blanco annonça aussi que le Montgomery s'était échoué sur la côte occidentale de Cuba au moment où ce croiseur était à trois cents lieues au nord.
Pour varier les plaisanteries on tonnait sur les violations du droit des gens commises par les Américains. On leur reprochait d'établir des blocus sur le papier, d'avoir saisi des bâtiments espagnols avant la déclaration de guerre et bombardé des villes ouvertes sans avis préalable. Le cabinet Sagasta annonçait qu'il adresserait aux puissances une note dénonçant ces violations du droit international, et les organes officieux avançaient que les chancelleries lui feraient un bon accueil.
La foule se livrait à un enthousiasme enfantin et théâtral. A la fin d'avril, trente mille personnes saluaient M. Cavaillon qui partait pour les îles Baléares. Les cigarières de Madrid offraient un drapeau qu'accompagnaient avec elles les dames de la Halle.
Du reste, les courses de taureaux continuaient malgré la misère et la famine : et
on discutait avec autant de passion les hauts faits des toreros que les victoires à venir du maréchal Blanco et de Tamiral Cervera.
Dès le l"mai, le gouvernement espagnol envoya défausses dépêches à l'étranger pour dissimuler les résultats des faits de guerre. Il semblait avoir la prétention de cacher aux Américains leurs victoires.
Une dépêche de Madrid du dimanche matin 1®" mai annonçait que l'amiral Montojo se portait de Manille au devant de l'amiral Dewey avec une vingtaine de bâtiments. Elle appelait croiseurs de 1" classe des bâtiments de trois mille cinq-cents tonneaux environ, filant une douzaine de nœuds, et le reste en proportion. Elle signalait dans cette escadre la présence de bâtiments qui ne pouvaient s'y trouver d'après des dépêches antérieures * .
Voici comment les habitants de Madrid reçurent la nouvelle du combat de Cavité :
Dimanche /•' mai (après-midi). — Rapports reçus à Madrid d'une bataille navale dans les Philippines. Le ministre de lama- .y|||