V. le Siècle àM 5 mai
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rine est hautement satisfait et envoie un télégramme de félicitations à l'amiral Montojo.
Dimanche soir, — Les Espagnols ont éprouvé quelques pertes, mais Tescadre américaine a été obligée de battre en retraite.
9 heures/ — « Notre flotte a engagé contre l'ennemi un brillant combat. L'ennemi, après de lourdes pertes, a dû se retirer précipitamment. »
10 h. 30. — Le ministre de la marine, en annonçant la victoire de la flotte espagnole « ne peut dissimuler sa joyeuse émotion. »
11 h. 50. — « Les pertes espagnoles sont sérieuses, mais honorables. »
Lundi après-midi. — La victoire des Amécains a été complète. La flotte est détruite. Cavité rasé, et Manille en flammes.
Lundi soir, — L'état de siège est proclamé à Madrid.
En fait, l'amiral Dewey était arrivé dans la baie de Manille, le 30 avril au soir, à la tête de cinq navires ; il avait forcé sans difficulté lapasse entre l'île Corregidor et la côte ; le
1" mai à 5 h. 41 m. du matin, il avait ouvert le feu sur Tescadre espagnole mouillée à Cavité, qui était détruite avant njidi. En apprenant le lundi soir que la victoire an- . noncée la veille était un désastre, la foule cria : à bas Sagasta ! et lui opposa le féroce Weyler. Vive Weyler ! Vive l'armée ! trahison ! Des charges de cavalerie balayèrent les rues et Fétat de siège fut proclamé à Madrid. Puis une dépêche annonça que « ce désastre était désagréable, mais non déshonorant ».
M. Salmeron aux Cortès commença par célébrer le courage des troupes. Cet hommage au courage des vaincus n'est malheureusement qu'une consolation platonique ; et si les vaincus ont été braves, il est à supposer que les vainqueurs n'ont pas été lâches.
Cependant cette défaite ne suffisait pas pour dissiper les illusions des Espagnols.
Castelar écrivait le 6 mai :
« Malgré l'échec qu'elle a éprouvé à Manille l'Espagne garde sa majestueuse sérénité ; elle ne désespère pas de sauver son empire colonial » ; et quelques jours plus tard, il ajoutait :
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« Si On excepte un triomphe aux Philippines, FAmérique n'a remporté aucun avantage dans ce conflit gigantesque. »
Cependant, le 3 mai, M. Salmeron déclarait aux Gortès qu'il faudrait établir les res^ ponsabilités, depuis celles qui incombent à l'individu de la dernière classe de la société jusqu'à celles incombant au Trône.
Le président rappela à l'ordre l'orateur en lui lisant Tarticle de la constitution décla* rant la couroiïne inviolable.
M. Salmeron continua en disant que l'Espagne <iépensait des millions pour la représentation du roi et n'en avait pas pour acheter des navires.
Le général Weyler, quoique fêté par les conservateurs intransigeants dont le chef est M. Romedo Robledo, quoique responsable de la guerre, quoique célèbre par les horreurs que nous avons rappelées, devint le candidat des républicains à la présidence du conseil, h'el Pais, leur organe le plus important, osa le présenter comme tel. Pour justifier cette- attitude, le$ républicains disaient dans leurs conversations que le
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général ; Weyler voudrait gonvemier l'Espagne coname il avait gpuveriié Cuba,, et que Texcès du despotisme et. du mal proyoqujerait une révolution d'où sortirait la Repu»
blique. M. Pi y Margall n'adhéra pas à cette politique, aussi immorale que dangereuse. .
Dans l'article de la Revue' intepnalionafe^ que nous avons déjà cité, Castelar avait parlé, dans un langage très modéré, des actes inconstitutionnels: de la Ri^imç, Ce fut préteMe à un t grand débat. Le maréchal Martinez Campos déclara que Castelar <c avait perdu la tête, » '■:•■■ . :
De la guerre, on ne se souvint, que. d'ujie chose, c'est qu'elle ay^it. permis d'établir l'état de. siège, et 1^ Sénat votç^/ sai^s que M. Sagasta pût.s'y .opposeï;, le renvoi .de Castelar devant un . conseil de guerre ainsi que des journaux, le, Pals y Iq Nacional^ le Correro qui avaient publié des^ extraits de 3on article. Cette résolution n'apaa été mise à exécution . , ■ ... ,, .. •.
Le ministère d'octobije d897, ayg^nt po^r président M. Sagasta, fut remanié -le 18 jnai 1898. M. Sagasta participe à l'irresppnsar
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bilité royale. Il resta en débarquant ses collègues, les ministres des affaires étrangères, de la marine, du « bien public », de Fagriculture et du commerce, et des colonies. M. Moret, ayant voulu établir l'autonomie de Cuba, devait être forcément frappé puisqu'il n'avait pu remédier à la situation sans issue préparée par le général Weyler.
Après bien des retards, dont la cause était trop facile à comprendre, l'amiral Cervera l>art pour les Antilles. On perd sa trace.
Toutes les imaginations travaillent. Enfin on sait que, le 19 mai, il est entré à Santiago de Cuba, au milieu de manifestations enthousiastes. On lui a offert un grand banquet et l'archevêque de Santiago a, <lans son toast, déclaré que ce n'était pas suffisant de vaincre sur mer ; qu'il fallait « aller planter le drapeau espagnol sur le Capitole de Washington. »
A Madrid on exulte ; le gouvernement déclare que l'amiral Cervera est à Santiago, on vertu d'un plan arrêté entre le maréchal Blanco, le cabinet de Madrid et l'amiral Cervera.
Plus tard des lettres de la Havane nous apprenaient que c'était avec stupéfaction qu'on avait appris dans cette ville l'arrivée de l'escadre à Santiago et qu'on l'avait considérée comme une sorte de désastre.
Les grands mouvements stratégiques qu'elle venait de faire et qu'elle devait renouveler n'avaient donc jamais existé que dans l'imagination des ministres espagnols ; ils n'étaient pas stratégiques, mais politiques.
La presse américaine, dès le premier jour avait caractérisé la position de la flotte de l'amiral Cervera.
« L'escadre espagnole est mise en bouteille, l'escadre Schley est le bouchon. On
peut la prendre par la famine, la détruire de vive force ou même la couper de la haute mer en coulant dans la passe des bâtiments chargés de pierres ou de charbon. »
Pendant toute la guerre, nous avons vu en Kspagne les mêmes illusions ; et les hommes responsables du pouvoir voulaient encore les imposer aux populations alors qu'ils connaissaient les faits qui les démentaient. Au mois de juin, ils racontaient que
îk
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là flotte américaine avait épirouvé 4^8 pertes considérables ep essayait, dci Ganonnef ,1^ fort Morro et les batteries d'EstrelJia et .d^ Catalina> Ils déclaraient qu'à ManiUe, les Tagals étaient devenus fanatiques, 4e, l^.dor mination espagnole; qi^'Âguinaldoaux. s^bois avait été obligé de se réfugier «ur l'escadre de Famiral Dewey ; que .les An^ériçains étaient décimés par le, climat ; qu'ils ayaient perdu » un . croiseury le Bàltimo^e^ q«i &vait sauté dans des conditions^ mystérieuses > et ce qui le Jprouvait, c'^t que oe bâtiment venait d'être rayé de la liste du Lloyidlr
Ils racontaient encore qu'ils venaient.de couler un croiseur auxiliaire le ,Merrimac devant Santiago et que, son équipage était prisonnier,. . .. /, -
On sut aussitôt que l'équipage prisonnier se composait de quatre ou cinq, Jiommes qui, sous la. conduite du. lieutenant lIobsQn, étaient venus, le 3 juin, couler le Merrimac pour obstruer la passe, de Santiago». ■ .
L'escadre de l'amiral Gervera resta dans le fond de sa bouteille ; elle ne profita pas des gros temps qui forcèrent l'escadrç amé-»
ILLUSIONS, MjENSOrNQES Ei; IMPÉBOTK; 2W
ricaiïle à se 'tenir à une dizaine de milles de la côte cubfiine^ Puis', le dixnaiache^mHtiiJ^ 3 juillet,, à 9 h. 30, en plein jour,, F amiral Cerveipa <5liercha à s'-évadèr ;: à 16; h; 45 les croiseurs cuirassés espagnols Maria. Teresa^ Oqu^ndô^ Yiscaya se jetaient à la côté et se faisaient, sauter ; à-2 heures, le (Cristobal-i Colon se jetait à toute vitesse isur des rochers à soixante. milles de Santiago. L'escaidrê-de l'amiral Cervera n'existait plus.. .; : .
Lé gouvernement espagnol ne se résigna pas pendant deux jours à avouer la vérité. .
Croyait-il qu'en niant ses défaites, il ed ferait des victoires ?
La population de Madrid sujiporta ce nou-^ véail désastre avec une sorte de résignation fataliste. Le 14 juillet Une dépêche du gêné-» rai Shafter apprenait la capitulation du général Toral ; et le dimanche 17 juillet à midi, le drapeau américain était arboré sur le palais de Santiago,
M. Sagasta, après avoir commencé pa?
nier cet événement qui i^'avait cependant rien d'imprévu, y répondait en souiïwîttant l'Espagne tout entière à l'état de siî^e. Le
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peuple espagnol payait de sa liberté Tincurie de ses gouvernants. En le plaçant sous le gouvernement militaire, le ministère donnait à l'armée une revanche de ses défaites.
Il n'avait qu'une seule préoccupation : dégager sa responsabilité ; et tout en rendant des hommages pompeux à l'héroïsme des soldats espagnols, il n'hésitait point à sacrifier leurs chefs alors qu'ils n'avaient qu'obéi à ses ordres ou qu'ils avaient été dépourvus de moyens d'action. C'est une lâcheté de rendre responsable un général ou un amiral de défaites qu'il ne pouvait éviter puisqu'il était dépourvu de ressources pour agir. Le gouvernement de Madrid déclarait pompeusement que le général Toral avait toute la responsabilité de la capitulation de Santiago, qu'il serait appelé à en rendre compte devant un conseil de guerre, et on insinuait qu'il aurait pu tenir plus longtemps.
Or, on savait que le gouvernement espagnol n'avait su concentrer ni troupes, ni approvisionnements à Santiago.
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D'après les renseignements officieux donnés au début des hostilités, la garnison de Santiago devait avoir alors un effectif de 10 à 12,000 hommes ; ultérieurement on déclara que ces chiffres étaient exagérés et on avoua que le général Linarès ne disposait que de 2,000 fusils; de 6,000 combattants la colonne de secours du colonel Escario passait à 2,000, de telle sorte qu'en défalquant les morts et blessés des combats du l*"'et 2 juillet, la défense de Santiago ne pouvait mettre en ligne plus de 3,000 combattants.
Les navires. espagnols n'avaient ni charbon, ni projectiles, ni armement, ni équipages complets. La marine espagnole n'avait pas su faire un corps de mécaniciens. La plupart des mécaniciens étaient anglais et beaucoup se retranchèrent derrière la déclaration de neutralité de leur gouvernement pour rompre leurs engagements.
L'amiral Montojo, qui commandait l'escadre détruite à Cavité, disait le lendemain du désastre au correspondant du Times :
« Je dois dire que la responsabilité du désastre retombe sur le gouvernement de
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Madrid. U' n'y avait pas ici de vrais navires. Depuis ma prise de commandement, j'ai réclamé des bâtiments et des torpilles. Rien n'est venu. Je n'avais pas une torpille. J'en ai fait construire moi-môme. 'Mais nous n'avions pas de matériaux convenable?, nos torpilles ont été très mauvaises; Moii intention première était d'aller dans la baie de Subie, port militaire situé à 65 milles au nord de Manille, et d'offrir en ce poiiit le combat à la flotte américaine. Nous y allâmes le 25 et nous étions de ïetotir à Cavité le 30, la veille de l'arrivée de l'escadre yarikee. Je serais restlé' à Subie si le port avait été protégé par deé caiïdns' et des torpilles, maïs, comme les fortifications de Subie n'ofifraient aucune {Protection, je ramenai mes navires daiis la baie dé Manille. Il eût fallu un mois pour mèttipe Subie à peu près en état de défense. L:é miîiisti'e de la' marine me promettait des secours j mais rien li'ei^t jamais arrivé. Je saVaîs dèà lâ; première Heure que mon escâdif'e serait complètement détruite ; je savais que le^ Àméricaîiis avaient des navires de guerre, tandis
que mes bâtiments étaient incapables de combattre avec la moindre chance de succès.
Les Américains avaientau moins 150 canons modernes, tous de modèle supérieur. Les nôtres étaient inférieurs en nombre et en <îalibre» »
Les équipages perdirent 400 hommes et eurent 600 blessés ; Tamiral et son fils qui servait sous ses ordres furent blessés. Le général Augusti, gouverneur général de rarchipel des Philippines, devait capituler plus tard.
L'amiral Cervera raconta à un journaliste américain qu'il avaitreçu Tordre impératif de partir le 3 juillet de Santiago et d'offrir le combataux Américains ; le Christobal-Colon^ le meilleur de ses bâtiments, n'avait pas sa grosse artillerie. « On l'avait laissée en Italie où le bureau de Tartillerie l'avait mise dans sa poche », s'écria l'amiral. Ge propos ne fut pas démenti à Madrid.
On a été étonné du peu de pertes causées aux Américains par les navires et les forts espagnols. A Cavité, il n'y eut que quelque projectiles qui approchèrent les navires de