‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 101 sur 135 · Prière pour le salut universel · texte numérisé non relu

Prière pour le salut universel

ment modifiés par l'élimination des formules en désaccord avec le programme de la réforme, et la cérémonie du shrâdha, service funèbre qui était intimement lié à la théorie de la métempsycose, fat complètement remaniée dans le sens des doctrines professées par le brahmaïsme sur les destinées futures de 1 ame. Enfin Keshub fonda une série de brahmostabs (fêtes du Soigneur), qui reviennent à des époques périodiques et se prolongent une journée entière ^

Ces fêtes paraissent avoir exercé une influence qui peut seulement s'expliquer par le caractère contagieux du mysticisme même le plus rationaliste. « Le changement produit chez certaines personnes par nos

1 Voici, d'après l'indiaji Mirror du 22 août 1871, la description d'une de ces fêtes, le Bhadrostàb de 1871, qui prouve tout au moins pour la ferveur des assistants :

A six heures précises, un hymne fut entonné en chœur dans la galerie supérieure du mandir pour annoncer la solennité du jour. D'autres suivirent, avec accompagnement d'harmonium, et ainsi d'hymne en hymne, on atteignit le moment de l'office, qui, en y comprenant le sermon, dura de 7 à 10 heures. Une partie de la congrégation se retira alors pour prendre quelque repos, mais le reste entoui'a le vêdi pour demander auministre des éclaircissements sur divers points de son sermon. A midi, comme l'assemblée se retrouvait au complet, quatre pandits vinrent successivement réciter des textes sanscrits. A 1 heure, le ministre donna une conférence sur les quatre points suivants : 1° Le Vêda est inférieur à la véritable Écriture où se révèle le Dieu éternel ; 2» le sage doit partout rejeter l'erreur et retenir la vérité ; 3" de toutes les Écritures, grandes et petites, extrais l'essence, car c'est la vérité ; 4° pour trouver Dieu, adressetoi à la fois aux Écritures, aux sages et à ta conscience. — Vinrent alors plusieurs thèses philosophiques et religieuses exposées par leurs auteurs. Des hymnes, des méditations et des prières en commun conduisirent l'assistance jusqu'aux approches de 7 heures, où devait se célébrer l'initiation de sept nouveaux brahmaïstes. Cette cérémonie, entrecoupée d'un sermon, ne se prolongea pas moins de deux heures, et l'assemblée qui, à en croire le chroniqueur, ne donnait aucun signe de fatigue après ces quinze heures de dévotion continue, se sépara en chantant qu'elle n'en avait pas encore assez : The héàrt wishes not to return home.

LES SANKIRTANS DAîSS LE BRAHMA SAMÂJ 307

brahmostabs, écrivait en 1868 Protâb Cbunder Mozoumdar, est vraiment merveilleux. Hommes et femmes y sont .comme saisis d'une pieuse contagion ; chaque fois de nouveaux adeptes y sont conquis, d'anciens membres, réconfortés et régénérés. Les brahmaïstes qui veulent savoir ce que c'est de voir et de sentir Dieu n'ont qu'à suivre un brahmostab \ « Parfois, à l'issue de la cérémonie, les assistants se formaient en cortège et, leur ministre en tête, parcouraient les rues du quartier indigène en chantant des hymnes à la gloire du Dieu unique.

Une partie de ces innovations, s'il faut en croire le pandit Sivanâth Sâstri, fut due au rapprochement qui s'était opéré, dès les débuts du Bhâratbharsia Samâj, entre le groupe de Keshub et l'école de la hhakti, principalement représentée au Bengale par les sectateurs de Chaitanya. Le néo-brahmaïsme leur emprunta notamment les hymnes qu'ils chantaient dans leurs sankirtans, expurgés sans doute de toute allusion polythéiste, mais empreints de ce doux mysticisme qui fait à la fois le charme et le péril du génie hindou. « D'un mètre inégal, qui varie souvent dans le cours du même morceau, dit miss S. D. Collet, ils se débitent sur, un ton récitatif un peu difficile à saisir pour des oreilles européennes, mais de nature à vivement Impressionner les gens du pays, lorsqu'ils sont chantés à l'unisson par des centaines de fidèles sous l'influence pénétrante d'un même sentiment de piété ^. »

1 Indian Mirror du 1" juillet 1868.

2 V. quelques traductions de ces hymnes dans le Brahmo Year-Book del877, p. 50.

Le mandir ou temple que se bâtit le Bhâratbharsia Samâj ne fut achevé qu'en 1869. L'inauguration en eut lieu le %9 août, devant une assistance enthousiaste des plus nombreuses. Keshub y donna lecture de la déclaration suivante que je reproduis en entier, parce qu'elle donne une idée de ses vues à cette époque :

Aujourd'hui, par la grâce divine, le culte public de Dieu est institué dans ce local, pour l'usage de la communauté , brahmaïste. Chaque jour, ou au moins chaque semaine, on y adorera le Dieu un, sans second, parfait, infini, créateur de tout, omniprésent, omnipuissant, omniscient, tout miséricordieux et tout-puissant.

Ici aucun homme, aucun être inférieur, aucun objet matériel ne sera adoré comme équivalent, substitut ou incarnation de la Divinité. Ici aucune prière ne sera offerte, aucun hymne ne sera chanté, sauf au nom de Dieu. Ici l'on ne gardera aucune image sculptée ou peinte, aucun symbole extérieur qui ait servi ou qui puisse servir à une secte quelconque pour célébrer un culte ou commémorer un événement particulier. Ici l'on ne sacrifiera aucune créature. Ici l'on n'autorisera ni de manger, ni de boire, ni de se livrer à aucune espèce de gaîté ou d'amusement profane. Ici l'on ne ridiculisera et l'on ne décriera, au cours de l'office divin, aucun être, ni aucun ohjèt vénérés par une secte quelconque. Ici l'on ne reconnaîtra, ni ne vénérera aucun livre comme la parole infaillible de Dieu, sans cependant ridiculiser ni décrier aucun livre accepté comme tel par une secte quelconque. Ici l'on n'introduira aucune prière, aucun hymne, aucun sermon ou discours qui puissent soutenir ou encourager, sous une forme quelconque, l'idolâtrie, le sectarianisme ou le péché. Ici le service divin sera conduit en vue de permettre à tout homme et à toute femme, abstraction faite de la caste, de la couleur et du rang, ' de s'unir intimement, pour éviter l'erreur et le péché, pour

Page 1