CHAPITRE XIV
Le syncrétisme de la Nouvelle Dispensation.
Influence croissante de Keshub sur son entourage après la retraite des dissidents. — Suis-je un prophète inspiré ? — L'Inde demande : Qui est le Christ? — La Maternité de Dieu. — Proclamation de la Nouvelle Dispensation. — Emprunts aux rites et aux symboles de l'hindouisme. — Invocation d'Hari. — Le sacrifice du homa. — Danses mystiques. — Jugement de Keshub sur l'hindouisme. — Extension de son syncrétisme aux doctrines et aux pi-atiques des autres religions, — L'eucharistie et le baptême dans la Nouvelle Dispensation. — Vœux ecclésiastiques. — Emprunts à la religion de l'Humanité. — La communion des saints et les pèlerinages subjectifs. — Le Théâtre de la Nouvelle Dispensation. — Keshub en jongleur. — Critiques soulevées par ce mélange de rites. — Lettre de M. MasMuller au Times. — L'idéal religieux de Keshub et la doctrine de l'Adesh. — Vraie poi-tée'de son syncrétisme . — Antécédents et avenir de sa tentative.
Pendant que le Sâdhâran Samaj prenait ainsi en mains la cause du véritable brahmaïsme, l'Église mère continuait à se développer dans une autre direction. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, la retraite du parti hostile aux tendances de Kesiiub eut pour effet de renforcer son ascendant sur les brabmaïsles qui lui étaient restés fidèles, en même temps qu'elle lui permit de poursuivre désormais sans contrepoids le cours de ses visées mystiques. Pendant toute l'année 1879, il ne cessa d'insister, tant dans ses sermons que dans son principal organe, VIndian Mirror, sur les inspirations divines dont il se prétendait favorisé. Le ^^ janvier, abordant de front, dans sa conférence anniversaire, la question épineuse : Suis-je un prophète inspiré? il n'hésita pas à se ranger parmi les
pécheurs et non parmi les saints de ce monde, « indigne de touclier les souliers du dernier des prophètes » ; mais en même temps il se donnait comme tin homme « extraordinaire », investi d'une mission divine, favorisé de communications mystérieuses avec les anciens prophètes, voire avec Dieu. « Le Seigneur, ajoutait-il, m'a dit qu'il n'y aurait pour moi ni doctrine, ni credo, mais seulement une inspiration permanente et perpétuelle. »
Le 9 avril, il donnait à l'hôtel de ville de Calcutta, sous le titre : « L'Inde demande : Qui est le Christ% , une conférence en anglais qui laissa à certains de ses auditeurs l'idée de sa conversion prochaine au christianisme ou, du moins, à une sorte d'arianisme hindou. En réalité, s'il y avait déclaré « accepter le Christ », c'était — ainsi qu'il l'avait formellement ajouté — « dans l'esprit des Écritures hindoues », c'est-à-dire dans ce sentiment éclectique qui fait du Christ un grand initiateur religieux, mais qui lui refuse la prééminence absolue et le rôle unique admis par les sectes chrétiennes. « Dans le Christ, disait-il, vous voyez le vrai panthéisme... Christ vient à vous comme un Asiatique par la naissance, un hindou par la foi, un parent et un frère... Le Christ est un vrai yogui et il nous aidera assurément à réaliser notre idéal national d'un yogui.» — Au mois de septembre, il instituait un ordre de professeurs de religions,, dans lequel il s'enrôlait luimême avec Protâb Chunder Mozoumdar et trois missionnaires. Le signe distinctif de la confrérie était une robe de drap jaune, connue dans l'Inde sous le nom de gairîc hastra.