PROCLAMATION DE LA NAVA BIDHÀN
Quelque temps après, Keshub proclamait solennellement la « maternité de Dieu » , comme idée corrélative avec celle de la paternité divine. « Beaucoup sont disposés à me vénérer comme leur père, faisait-il dire à la Divinité. Mais ils ne savent pas que je suis aussi leur mère, tendre, indulgente, patiente et miséricordieuse, toujours prête à reprendre l'enfant qui se repeut. Vous irez de ville en ville, de village en village, chantant mes miséricordes et proclamant devant tous que je suis la mère de l'Inde ^ » En conséquence, une bande de vingt-cinq personnes, parmi lesquelles neuf missionnaires, quitta Calcutta le 24 octobre et parcourut environ 400 kilomètres en cinq semaines, prêchant partout la Maternité deDieu^.
Cependant, dès le mois de novembre, l'organe oJBBciel du Samâj, VIndian Mirror, avait annoncé, pour une date prochaine, une de ces manifestations spéciales de la volonté divine, comme le monde en reçoit chaque fois que le besoin s'en fait sentir, et il ajoutait que Keshub serait « une partie, une grande partie, la partie centrale » de cette manifestation. Elle s'opéra, en effet, le 22! janvier 1880, où Keshub proclama urbi et orbi la naissance d'un enfant destiné à recueillir l'héritage de toutes les révélations et de toutes les religions. C'était la Nava Bidhân (la Nouvelle Dispensation), qui se prétend une fusion ou plutôt une synthèse de tous les cultes.
Il faut noter que le brahmaïsme a toujours visé à établir un culte universel avec les principes communs
1 Indian Mirror du 12 octobre 1879.
2 Bràhmo Year-Book de 1880.
à toutes les religions. Le Brahma Dharma se donne, en quelque sorte, pour ce qui persiste après l'élimination graduelle de tout ce qu'il y a de contradictoire et, par suite, de faux, dans les religions particulières. Toute différente de cet éclectisme est l'attitude de la Nouvelle Dispensation : elle prétend, en effet, non pas qu'il y a des vérités dans toutes les religions, mais que toutes les religions sont vraies ^ Kesliub la compare tour à tour au fil qui réunit les perles d'un collier, au rayon de lumière dans lequel se fondent les couleurs du prisme, à la symphonie que produit un concert d'instruments, au dissolvant chimique qui fusionne plusieurs corps en un seul ^. De son côté, Protâb Chunder Mozoumdar explique qu'il s'agit bien d'une Dispensation, — puisqu'à l'instar de toute religion elle est un don de Dieu, — et d'une Dispensation nouvelle, — non qu'elle ait créé de nouvelles vérités, mais parce qu'elle présente sous un jour nouveau les vérités pariiellement proclamées par les autres religions ^.
Dans cette conception, tous les usages, tous les rites, toutes les pratiques et même toutes les prétendues révélations ont une valeur analogue, en tant qu'ils servent de symbole, d'aide ou de véhicule à l'effort de l'âme pour s'élever vers Dieu : Les sectateurs de Chai-
1 Sunday Mirror du 3 octobre 1881.
2 We, Aposiles of the New Dispensation. Calcutta, 1881, page 28.
3 Theistic Quarterly Review de janvier 1881. — Voici, du reste, le programme que Keshub assigne à sa nouvelle création dans le premier numéro de son organe, the New Dispensation : « Un Dieu, une Écriture, une Église. — Progrés éternel de l'âme. — Communion des prophètes et des saints. — Paternité et maternité de Dieu; fraternité de l'homme et de la femme. — Harmonie de la science et de la sainteté, amour et travail, yoguisme et ascétisme dans leur plus haut développement. — Loyauté au Souverain. » {The New Dispensation du 24 mars 1881.)