‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 40 sur 135 · LE THÉISME CHEZ LES UNITAIRES · texte numérisé non relu

LE THÉISME CHEZ LES UNITAIRES

naturelles, dans le développement progressif de l'histoire et dans les aspirations intimes de la conscience '. Enfin, pour la gauche de l'unitarisme, Jésus n'est plus qu'un produit de son temps et de son pays, de beaucoup supérieur à ses contemporains par l'élévation de ses sentiments et admirablement inspiré par son amour de l'humanité, mais soumis à toutes les limitations de notre nature et appartenant, en somme, à la même famille que tous les réformateurs religieux célèbres dans l'histoire.

Ce point de vue est absolument celui des « théistes », qui, longtemps isolés dans la société religieuse, se trouvent ainsi rejoints par les lignes avancées de l'unitarisme. M^ Francis Newman, par exemple, qui a été en latte, pendant plus de trente ans, avec toutes les fractions du christianisme — y compris les unitaires — pour son insistance à nier le caractère révélé de la Bible et la nécessité d'un médiateur, a naturellement trouvé sa place marquée dans les rangs de l'unitarisme, le jour où cette communion s'est ouverte à des professions de foi comme celle du Rév. Peter Dean, ainsi formulée en 1875 devant la congrégation unitaire de Clerkenwell : « La foi en un Dieu infiniment parfait est toute notre théologie. L'Univers est notre révélation divine. Les. manifestations de la Nature et la littérature sacrée de tous les âges et de tous les peuples sont notre Bible... Le Bien incarné dans l'Humanité est notre Christ. Les merveilles normales de la Nature

^ V. J. Mabtineau, Loss and Gain in Récent Theoïogy (Londres, 1881) et The Three Stages of TJnitarian Theoïogy, 2" éd. (Londres, 1882).

110 l'unit ARISME ANGLAIS

sont nos miracles. Quiconque nous guide et nous aide est notre Sauveur. L'accroissement de notre sainteté personnelle est notre salut. L'amour de Dieu et de l'homme — piété et moralité — sont nos seuls sacrements ^ »

Quel libre-penseur, pour peu qu'il croie en Dieu et qu'il ait foi au Progrès, se refuserait à signer une pareille déclaration de principes, s'il se trouvait par là en mesure de favoriser la réconciliation du sentiment religieux avec la raison? Il n'y a pas lieu d'être surpris si c'est par un sermon, prononcé, en 1875, dans la chapelle de Clerkenwell, que M. Newman a préludé à son entrée dans la communion unitaire. Il y a été reçu, du reste, à bras ouverts et il y figure, depuis 1878, parmi les vice-présidents de la British and Foreign Unitarian Association.

Plus à gauche encore, on trouve un groupe de jeunes ministres de talent qui professent une sorte de panthéisme idéaliste emprunté soit aux idées de Strauss, soit à celles de Spencer. Leur attitude vis-àvis de la tradition chrétienne est à peu près la même que celle des théistes. Mais ils préfèrent voir simplement en Dieu un Pouvoir mystérieux et indéfinissable qui travaille à la réalisation de l'ordre et de la justice dans le monde. Quelques-uns donnent même exclusivement pour objet à la religion la mise en pratique de l'idéal humain, et c'est cet idéal qu'ils divinisent pour l'adorer. — Ainsi se complète la gamme des opi-

1 Clerkenwell Unitarian Church, The Minister's Leading Beligious Principles, appendice à un sermon du professeur Francis Newman, Sin against God. Londres, Triibner, 1875.

LA CRITIQUE BIBLIQUE ET l'UNITARISME 111

nions philosophiques représentées dans la théologie unitaire, depuis un sdcinianisme semi-orthodoxe jusqu'aux confins de la religion de l'Humanité selon l'évangile de Comte.

On peut se demander si les progrès de cette évolution n'ont pas développé les symptômes de relâchement et de lassitude déjà signalés dans la ferveur religieuse de l'unitarisme il y a un tiers de siècle, c'est-à-dire à une époque où la masse des unitaires partageait encore la croyance à l'infaillibilité de la Bible et aux pouvoirs miraculeux du Christ. Pour répondre à cette question, je citerai un passage de la conférence faite, le 14 juin 1883, devant les membres de la Western Union, par le Rév. A. Armstrong^ Après avoir constaté que les progrès de l'exégèse biblique en Angleterre, depuis vingt-cinq ans, ont dépouillé de toute auréole surnaturelle les origines et les documents du christianisme, il fait observer qu'à première vue ce travail de critique eût dû achever de ruiner l'importance encore accordée, parmi les unitaires, aux récits de la Bible et au personnage du Christ. Cependant, ajoute-t-il, ces prévisions pessimistes ont été complètement démenties par les faits :

Ce n'est pas une destruction, mais une reconstruction qui a été le produit de cette fermentation. La Bible n'intéressait plus, parce qu'on avait cessé de sentir l'accent de la vérité dans nos façons de l'interpréter. Mais aujourd'hui nous avons regardé la situation en. face. Nous avons assisté à la croissance de cette merveilleuse littérature qu'autrefois nous ne compre-

1 R. A. Armstbong, Sopes and Dangers of English Unitarîanism, conférence reproduite dans YInquirei' du 30 juin 1883.

112 l'unitarisme anglais

nions pas... Ainsi la Bible est devenue la plus intéressante des histoires. Nous sentons que Dieu s'y meut d'un bout à l'autre ; nous y apprenons comment, à travers l'erreur, l'extravagance, le péché, il fait l'éducation humanitaire des nations. Nous n'appelons plus la Bible une Révélation surnaturelle; nous ne lui accordons plus d'infaillibilité réelle ou supposée. Mais nous l'aimons, parce que nous y découvrons une source d'eaux pures qui nous abreuve de vérités éternelles. De même le Christ avait perdu son ascendant sur nous et, quand vint l'heure de la critique, on aurait pu croire qu'il allait se dissiper dans les airs, pour ne nous laisser que là figure imaginaire d'un personnage mythique. Or, qu'est-il arrivé? Il est vrai que nous avons dû renoncer à plus d'un vieux mot, trop artificiel et trop technique pour notre âge. Il est vrai que nous ne mettons plus le Christ entre son Père et nous. Nombre d'entre nous se refusent à admettre qu'il soit entré dans le monde autrement que comme tous les enfants de parents honorables et affectionnés, — qu'Hérode ou les Mages se soient en rien préoccupés de sa naissance; — que la mer de Galilée ait jamais été apaisée par la vertu magique de sa parole; — que des flots quelconques l'aient jamais porté comme un fantôme sur leur surface mobile; — que son pauvre corps mutilé, une fois mort, ait jamais tressailli d'un frisson de vie; — enfin, que son esprit ait trouvé accès au sein de Dieu, si ce n'est comme les âmes de tous ceux qui ont aimé, qui se sont dévoués et qui sont bravement tombés à leur poste. — Non ! pour nous, il reste entièrement humain et nous voyons comment toutes ces légendes sont sorties de l'amour et de l'admiration de ses disciples. Mais c'est précisément pour cette raison qu'il est devenu à nos yeux un Jésus réel, vivant, transparent, fort et beau. Nous le sentons si complètement notre frère ! Nous le voyons, enfant, à son heureux foyer, — adolescent, attentif à la parole austère, extraordinaire, inspiratrice, qui venait du Jourdain, — homme, aspirant, au milieu de toute l'activité de son apostolat, à un moment de prière dans la solitude de la- montagne. Nous

Page 1