LE RÉV. CH. YOYSEY
de son bénéfice^ et, sans même traverser l'étape de l'unitarisme, fonda, le l®*" octobre 1871, une congrégation indépendante qu'il dirige encore aujourd'hui.
Saint-George 's Hall, où j'entendis le Rév. Voysey pour la première fois, en 1874, est une petite salle de théâtre dont l'aménagement reproduit l'image exacte de nos cafés-concerts. La scène est fermée par un rideau de drap rouge destiné à masquer le chœur. Pas d'autel, ni de chaire ; mais au-dessus de la rampe une espèce de tribune également recouverte en étoJBfe rouge. Lors de ma visite, le public se composait de deux à trois cents personnes, d'apparence assez distinguée.
Une circulaire, répandue à profusion sur les bancs, m'apprit que la congrigation était en train d'amasser des fonds pour se bâtir un temple. Les travaux ne devaient commencer que le jour où les souscriptions auraient atteint une somme sujffisante pour achever la construction. Au commencement d'avril 1874, elles s'élevaient déjà à 613 livres 16 shillings. (Aujourd'hui, elles dépassent 21,000 livres sterling, soit 50,000 francs). Un seul individu figure parmi les souscripteurs pour la somme de 12,500 francs. Plusieurs anonymes ont donné jusqu'à 100 livres chacun. Je remarquai, sur la liste, des officiers, des baronnets, beaucoup d'hommes de science, tels que feu sir Charles Lyell, sir John Bowring, etc.
-Le Rév. Ch. Voysey reproduit un type de clergyman assez répandu en Angleterre : petite taille, avec une légère tendance à l'embonpoint, cheveux noirs et aplatis, visage soigneusement rasé. Comme dans les
églises unitaires, je trouvai sur le banc où l'on m'installa un rituel spécialement composé pour la congrégation. De même que le rituel du Rév. Martineau ojBFre un résumé de la liturgie anglicane corrigée par la suppression de toute formule trinitaire, leRevised Prayer-Book du Rév. Ch. Voysey semble un résumé de la liturgie unitaire dépouillée de toute formule chrétienne. Pour la première fois je vis apparaître dans une liturgie des rites destinés à la crémation des morts; jusqu'ici, toutefois, la loi n'en a pas permis l'application.
Quand le Rév. Ch. Voysey monta, au bruit de l'orgue, dans l'espèce de tribune qui lui sert à la fois de pupitre et de chaire, je remarquai qu'il avait conservé le surplis et l'étole de l'église anglicane. Au premier abord, on né peut se défendre d'une certaine surprise quand, sous ces vêtements de prêtre chrétien, après un service religieux calqué sur la liturgie des églises chrétiennes et entremêlé de lectures tirées de la Bible, on entend proférer les attaques les plus énergiques, non seulement contre les pratiques de certaines sectes, mais encore contre les doctrines, les traditions du Christ lui-même. Ainsi, dans son sermon imprimé, Christianity versus universal Brotherhood (Christianisme contre Fraternité universelle), après avoir dénié aux unitaires le droit d'établir une distinction entre la partie dogmatique et la partie morale de leur religion, l'orateur reproche au christianisme de n'avoir accepté qu'à son corps défendant les grands principes de charité et de tolérance si souvent invoqués par ses dissidents et par ses adversaires.