‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 64 sur 135 · RELACHEMENT GRADUEL DES DOCTRINES CALVINISTES · texte numérisé non relu

RELACHEMENT GRADUEL DES DOCTRINES CALVINISTES

liberté religieuse sont toutes deux filles de la Réforme; seulement, il convient de ne pas méconnaître que la seconde est de beaucoup la cadette.

Mais il est une troisième liberté qui, bien que plus jeune encore, peut revendiquer la même filiation : c'est la liberté intellectuelle, le rejet des préjugés dogmatiques, le rationalisme, en un mot. Ici encore, l'Europe a de longtemps devancé l'Amérique. Mais, ici également, il y a une distinction importante à faire : c'est que chez les peuples de notre continent placés à la tête de la culture moderne, la science s'est développée en raison inverse de la religion, alors qu'aux États-Unis le libre examen le plus complet apparaît comme le. couronnement de l'évolution religieuse. De John Robinson à Théodore Parker, la filiation n'est pas interrompue.

Les premiers émigrants professaient, dans toute son intégrité, la doctrine de Calvin sur le péché originel, sur la grâce et sur la prédestination. Mais ce sombre fatalisme où l'homme, incapable par lui-même de s'élever au bien, se trouve désigné d'avance, par l'arbitraire de son Créateur, au salut ou à la damnation, était trop en désaccord avec tout sentiment de justice et d'humanité pour ne pas provoquer bientôt une réaction conforme aux exigences de la liberté et de la responsabilité humaines. La troisième génération des émigrants n'avait pas disparu que le dogme de la prédestination se trouvait aux prises avec son vieil ennemi, l'arminianisme, cette « dernière étape avant le déisme », comme l'a ditWilberforce. Dès 1737,

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plusieurs ministres commençaient à enseigner dans la Nouvelle-Angleterre que, sans doute, la nature humaine avait e'té foncièrement corrompue par le péché originel, mais que, depuis l'Expiation sur la croix, l'homme était redevenu, dans nne certaine mesure, l'arbitre de ses destinées. Sans donte, le salut dépendait toujours de la grâce divine, mais cette grâce était nécessairement accordée à ceux qui s'en rendaient dignes.

L'arminianisme une fois dans la place, le socinianisme n'était plus loin. Calvin, du reste, en insistant sur le côté humain de Jésus, avait en quelque sorte préparé les voies à la négation de sa divinité . Le président John Adams disait, à la fin de sa carrière, que, dès 1750, nombre de pasteurs et de laïques étaient plus ou moins gagnés à l'unitarisme. Toutefois, les progrès de cette évolution ne se fireat d'abord sentir que par le silence gardé autour des dogmes contestés. Peut-être les libéraux étaient-ils effrayés de leur propre audace, ou ne se rendaient-ils pas un compte exact de leurs croyances.

Môme à la fin du siècle, alors que d'autres sectes de création récente, les universalistes, Icschrétiens, avaient ouvertement répudié le dogme de la Trinité, les calvinistes avancés repoussaient encore la qualification d'unitaires, soutenant même la nécessité de rester dans le vague sur tous les points de doctrine où la Bible ne s'exprimait pas en termes clairs et formels, tels que la prédestination, l'-éternité des peines, la divinité du Christ. « Les expressions de la Bible sont seules aptes à formuler les mystères bibliques, » telle

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était la réponse qu'ils opposaient invariablement à leurs adversaires, lorsque ceux-ci les sommaient de préciser leurs croyances. Ainsi, par une étrange interversion des rôles, c'étaient les rationalistes qui voulaient s'en tenir étroitement à la lettre de la révélation, tandis que les orthodoxes préconisaient le droit et le devoir d'en approfondir le sens et d'en développer les conséquences. Mais cette position n'était pas longtemps tenable pour les libéraux, et le vrai terrain de la lutte se dessina lorsque, mis au pied du mm», ils firent intervenir dans la controverse l'autorité de la religion naturelle et de la critique historique.

En 1805, l'université d'Harvard, qui remontait presque aux premiers temps de la colonisation, mais qui s'était toujours montrée ouverte aux tendances les plus progressistes, confia sa chaire de théologie à un ministre libéral, le D"' Ware. « Tous ceux qui ont subi l'influence du D^ Ware, a écrit plus tard un de ses élèves, Ezra Sales Gannett, n'oublieront jamais la dignité calme, la sagesse pratique, la loyauté judicieuse, la sympathie amicale qui lui assuraient plus que du respect, une véritable vénération. Cet esprit clair et vigoureux avait horreur de tout compromis avec la vérité, comme avec les hommes ^ . » Tel était le théologien qui allait former

^ Ezra Stiles Gannett, Unitarian.Minister in Boston, A Memoir, by his son, W. 0. Gannett. Boston 1875. — Ezra Stiles Gannett, le disciple et le collaborateur de Channing, exerça les fonctions de ministre à Boston dq 1824 à 1871, avec un dévouement dont la modestie égalait l'activité. Sa biographie, rédigée avec un soin pieux par son fils, M. W. C. Gannett, renferme des renseignements d'autant plus instructifs sur le mouvement religieux de la Nouvelle-Angleterre, que l'auteur a habilement groupé autour de la figure sympathique de son héros les événements et les per-

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désormais les ministres de l'Église nationale! Les orthodoxes crièrent au scandale et établirent à Andover une école dethéologiequine devait jamais atteindre à la célébrité de sa rivale. En même temps, ils commencèrent à bâtir des temples pour les exilés volontaires des congrégations libérales, et, là où ils étaient en majorité, comme dans le Gonnecticut et le New- Hampsbire, ils improvisèrent des juridictions ecclésiastiques qui expulsaient de la chaire les ministres libéraux. Une tentative fut même faite pour introduire cette procédure dans le Massachusetts, où le libéralisme avait son quartier général ; mais elle échoua et no servit qu a précipiter 1 eclosion du schisme.

On était alors en 1815. Channing avait trente-cinq ans. Il desservait, depuis plus de douze ans déjà, une des paroisses les plus libérales en même temps que des plus fashionables de Boston. Ses antécédents, sa disposition d'esprit, l'ampleur même de sa conception religieuse le prédisposaient à de grands ménagements, pour préserver l'unité historique des vieilles congrégations puritaines. Mais une accusation d'hypocris'e que le D^ Morse avait ouvertement proférée à l'adresse des ministres libéraux, l'amena à revendiquer hautement la dénomination d'unitaire et bientôt à prendre la tête du mouvement réformateur. Toutefois, ce fut seulement quatre années plus tard qu'il prononçi, à Baltimore, le fameux sermon considéré

sounages de toute cette période. L'ouvrage a été réimprimé dans une édiUon populaire par la Société unitaire d'Angleterre. Il est surprenant qu'aucun écrivain du protestantisme libéral n'ait été tenté de le traduire en français, car il serait difficile de trouver une apologie plus vivante de l'unitarisme et de ses hommes. ■« »..

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