RÉSISTANCE DES UNITAIRES CONSERVATEURS
« Le Iranscendantalisme, a dit son principal historitn dans la Nouvelle-Angleterre, M. 0. B. Frothingham S convenait bien mieux à un évangile, qu'à une philosophie. Il possédait ce caractère d'indétermination et de mystère qui captive l'imagination et qui se prête si bien à des actes de contemplation et de culte. La piété était un de ses traits distinctifs ; il aimait les hymnes, la musique, le langage inspiré, les états de prostration et d'humilité, les emblèmes, les symboles, l'expansion d'une émotion inarticulée, le silence contemplatif, l'aspiration à la communion avec l'Infini. »
Il s'en faut pourtant que l'unitarisme entier se jetât dans les bras de l'idéalisme allemand. Les unitaires de la première génération qui voulaient s'en tenir aux positions conquises sur l'orthodoxie et en général tous ceux qui ne se sentaient pas troublés dans leur croyance au surnaturel de l'Écriture, regardaient les progrès de la nouvelle méthode avec plus de défiance que d'enthousiasme. Les uns prédisaient qu'il en sortirait de funestes déchirements au sein de l'unitarisme; les autres, que cette invasion de l'idéalisme amènerait, comme toujours, une réaction sceptique. Channing lui-même, qui avait tant insisté sur
10. B. Frothingham, Transcendentalism in NeioEngland, a History. New- York, Putnam, 1880, 1 vol. — L'auteur lui- même, bien qu'appartenant à une génération ultérieure, a pris une part active au mouvement religieux qu'il décrit. Mais, depuis l'échec de l'Église rationaliste qu'il avait fondée à New- York, il s'est exclusivement adonné aux lettres, où il occupe, comme critique surtout, un rang distingué. On a beaucoup parlé, il y a environ un an, de sa conversion à l'orthodoxie. Mais lui-même a pris soin de démentir ce bruit dans une lettre du 13 novembre 1881 à YEvening Fost, de New-York, où il déclare que, tout en reconnaissant que ses anciennes opinions pouvaient ne pas renfermer toute la vérité, il n'avait aucune raison pour en changer, ni surtout pour revenir sur ses pas.
208 LE MOUVEMENT TRANSCENDANTALISTE
l'autorité, la grandeur, la « divinité » de l'âme humaine, n'en écrivait pas moins, dans les derniers temps de sa vie, au D^ J. Martineau, que les transcendantalistes lui paraissaient marcher « vers la substitution de l'inspiration individuelle au christianisme ^ » . Il y avait alors à Boston un jeune ministre qui venait de quitter sa congrégation, parscrupulede conscience, pour ne pas administrer plus longtemps le sacrement de la communion. C'était Ralph Waldo Emerson, l'essayiste qui a occupé, pendant un tiers de siècle, avec le poète Henry W. Longfellow, le premier rang dans les lettres américaines. Dès son premier ouvrage, JSature, publié en 1836, il révéla ce frais et vigoureux idéalisme qui l'a fait surnommer, aux États-Unis, le prince des transcendantalistes. Malgré les huit générations de clergymen dont le sang coulait dans ses veines, il n'était rien moius qu'un théologien et un controversiste. L'imagination et le cœur étaient ses facultés dominantes; on pourrait presque l'appeler un illuminé du rationalisme. Certaines de ses poésies ou de ses dissertations sur l'éternel Un, l'Esprit universel, dont la Nature est simplement le produit et le symbole, sur l'ineffable union de l'âme individuelle {soûl) et de l'âme universelle [over-soul], font penser aux derniers philosophes de l'école d'Alexandrie et même à certains mystiques de llnde : « Tout tend à montrer, dit-il, que l'âme n'est pas un organe, mais qu'elle anime et exerce tous les organes, qu'elle n'est pas une faculté, comme la mémoire, la comparaison, le calcul, mais qu'elle emploie ceux-ci comme des pieds et des mains,
' 0. B. Frothingham, op. cit., p. 112.