‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 70 sur 135 · EMERSON ET LA LOI DU PROGRÈS · texte numérisé non relu

EMERSON ET LA LOI DU PROGRÈS

poésie, avec la joie d'une bacchante, prend par la main sa sœur pins grave, la science, et l'égayé de son rire immortel. »

On a prétendu que, chez Emerson, le poète avait nui au philosophe et que personne ne pourrait affirmer à quel système de philosophie il se rattachait. En réalité, — comme l'a démontré, peu de temps après sa mort, le Rév. Heber Newton, dans une oraison funèbre qui fit sensation à New-York, — Emerson a professé la philosophie et la religion de la nature, mais d'une nature idéalisée, et c'est là que se trouve le secret de son influence sur les générations contemporaines.

Non seulement il admet la continuité du développement universel qui, « après avoir traversé des iïbrmes de plus en plus belles, hautes et nobles, projette dans nos rêves et dans nos aspirations l'esquisse de l'homme futur », ainsi que l'unité de la Nature, à laquelle il fait dire par la bouche du Sphinx : « Qui peut révéler un de mes secrets est maître de tout ce que je suis. » Mais encore, franchissant la sphère de l'observation scientifique, il entrevoit l'essence des choses comme une force spirituelle : a La Nature est l'incarnation d'une pensée... Le monde est de l'esprit précipité, » et il proclame l'identité de cette force avec la loi morale révélée dans la conscience de l'homme : « Ce caractère éthique pénètre si bien les os et la moelle de la nature, qu'il semble le but pour lequel elle est faite. »

Le progrès moral n'est, du reste, à ses yeux, qu'une face du progrès universel : « Le sentiment moral

2i2 LE MOUVEMENT TRANSCENDANT ALISTE

révèle à tout homme la loi qui a présidé à la formation de l'univers. Il y a égalité, identité de plan dans la nature, ce qui est fout avantage ; il y a une force toujours à l'œuvre pour rendre meilleurs les bons et bons les pires. » Enfin, il considère l'Amour comme un attribut indéniable du moteur universel : « L'amour travaille au centre du monde ; ses courants pénè.'rent la nature d'un mouvement circulatoire. » Telle est la doctrine qui illumine toutes ses œuvres, mais qu'il s'abstient de développer méthodiquement ou de discuter avec ses contradicteurs, tant elle renferme pour lui l'évidence même de la vérité. Elle était digne, du reste, de fournir les linéaments du temple harmonieux qu'il assignait en ces termes à la religion de l'avenir : « Il y aura une Église nouvelle, fondée sur la science morale, au commencement froide et nue, comme un autre bambin dans la crèche, comme qui dirait l'algèbre et les mathématiques de la loi morale, — l'Église des hommes à venir, — sans hautbois, psaltérion, ni flûte. Mais elle aura le ciel et la terre poiu' assises et charpente, la science pour symbole et pour démonstration ; elle attirera bientôt à elle la beauté, la musique, la peinture, la poésie. »

Emerson était au début de sa renommée lorsqu'il prononça, en 1838, devant la faculté théologique d'Harvard, le célèbre discours où le Iranscendantalisme s'affirmait, pour la première fois, en hoslilité ouverte avec toutes les Églises chrétiennes, sans en excepter les unitaires. A toutes indistinctement l'orateur reprochait d'avoir cherché le miracle, c'est-à-dire l'intervention de Dieu, ailleurs que dans le fonctionnement

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