HOSTILITÉ CONTRE PARKER
d'ordination dans l'église unitaire de South Boston, son sermon sur l'élément transitoire et l'élément permanent du christianisme. L'élément permanent, c'étaient les grandes vérités religieuses et morales que Jésus, « ce type parfait de l'homme religieux », avait puisées dans sa conscience, en les vivifiant par son amour de l'humanité. L'élément passager, c'étaient les rites et les doctrines du christianisme, y compris la croyance que la Bible renfermait une révélation spéciale et que la nature du Christ était unique dans l'histoire.
Suivant M. W. Gannett, cette thèse eut autant de retentissement que le fameux sermon de Channing, prononcé à Baltimore vingt-deux années auparavant. Cette fois, on ne demanda plus si l'auteur était encore un chrétien ; on le traita d'impie, de blasphémateur, d'athée ! L'Association des prédicateurs de Boston discuta si eUe ne pouvait l'expulser de ses rangs. Comme les statuts s'y opposaient, on fit une démarche officieuse pour lui demander sa démission : « Je le regrette beaucoup pour l'Association, répondit-il; mais je ne puis prendre sur mes épaules l'onus damnàndi. Ce serait avouer qu'il existe de bonnes raisons pour que je me retire... On m'a identifié dans une certaine mesure avec la liberté en matière religieuse, et, par conséquent, c'est mon devoir de restera »
Certains membres songèrent alors à une dissolution de la société, qui lui eût permis de se reconstituer sans l'auteur de tout ce scandale. Mais la voix de la modération prévalut, grâce aux sympathies, plus ou moins avouées, que Parker avait conservées parmi les minis-
1 "W. C. Gannett, op. cit., p. 198.
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très de la jeune génération et peut-être grâce aussi à l'intervention d'Ezra Stiles Gannett, qui, bien qu'appartenant lui-même à la fraction conservatrice, avait une vive estime pour le caractère franc et loyal de son collègue. « Il n'entre pas dans nos vues, rappelait-il aux plus exaltés, de formuler des censures ecclésiastiques. Nous avons accepté, ou du moins nous avons dit que nous acceptions le principe du libre examen avec tontes ses conséquences. » L'Association ne prit donc aucune résolution contre l'audacieux réformateur; mais toutes les chaires de Boston lui furent désormais fermées.
Cette situation se prolongea jusqu'en 1845. Les partisans de l'excommunié se réunirent alors dans un meeting où ils décidèrent « que Théodore Parker se ferait entendre à Boston ». En conséquence, ils louèrent une sallede concert, dans l'espoir qu'il y réunirait bientôt les éléments d'une congrégation. Le succès dépassa toute attente et ne fit que grandir avec les années. En 1852, Parker dut s'installer dans un local plus vaste où, jusqu'en 1859, il annonça chaque dimanche, devant des milliers d'auditeurs, la bonne nouvelle du transcendantalisme. Son activité, durant cette période, fut vraiment prodigieuse : « Quand il ne pouvait écrire et prêcher qu'un sermon par semaine, a dit un de ses biographes, il se figurait n'avoir rien fait et, quand il ne donnait que quatre-vingts conférences par an, il trouvait cela peu^ » Tous les sujets lui étaient également familiers, et, qu'il s'agît de religion ou de
1 Albert Réville, Un réformateur américain, Théodore Parker, dans la Sevue des Deux Mondes du !«' octobre 1861.
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politique, des entraînements de l'opinion on des scandales privés, rien ne l'intimidait lorsque la conscience lui ordonnait de parler. Sous ce rapport, M. Albert Réville l'a bien jugé quand il l'a appelé un prophète au sens biblique du mot.
Un jour qu'il dénonçait, dans une réunion publique, l'injustice de la guerre déclarée au Mexique par les États-Unis, des volontaires armés, qui se trouvaient dans l'assemblée, voulurent lui imposer silence en le menaçant de mort : « Vous voulez me tuer, leur criat-il. Eh bien, je vous déclare que je m'en retournerai seul et sans armes, et pas un de vous ne touchera un cheveu de ma tête. » Ainsi fit-il, sans que personne osât se mettre en travers de sa route.
L'esclavage n'eut pas d'adversaire plus acharné, et il joua un rôle prépondérant dans le mouvement abolitionniste, dont il prédit le triomphe final. Lorsque le parti esclavagiste, maître du gouvernement, fit décréter, en 1851, le fugitive slave hill, qui ordonnait d'arrêter partout les esclaves fugitifs, Parker déclara qu'il leur ouvrait sa maison et qu'il les y défendrait même les armes à la main. Il tint parole, et, comme on lui reprochait à cet égard de s'être mis au-dessus de ses obligations légales, il rappela, dans un de ses sermons, qu'un jour, en Palestine, un décret, non moins légal, du souverain sacrificateur avait ordonné de rechercher et de saisir partout un certain fauteur de troubles, nommé Jésus de Nazareth, et que, seul alors, Judas Iscariote avait eu le courage de remplir ses obligations constitutionnelles. « Et pourtant, ajoutait-il. Judas Iscariote a mauvaise réputation d^ns le monde chrétien !
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On l'appelle le Fils de perdition ! On taxe sa conduite de criminelle, et même le Nouveau Testament prétend que le diable dut entrer en lui pour lui inspirer son odieux forfait. Ah! dans quelle erreur nous sommes!... Judas Iscariote un traître ! Allons donc ! Il a «su vaincre ses préjugés. Il a su accomplir un devoir désagréable. Il a maintenu la loi et la Constitution. Il a fait tout ce qu'il pouvait pour sauver l'Union. Judas, tu es un saint : La loi de Dieu n'ordonne jamais de désobéir aux lois humaines. Sancte Iscariote, orapro nobis. » — Ce discours, qui eut un énorme retentissement, valut à son auteur des poursuites criminelles. Mais, à Boston, c'était lui ménager un acquittement triomphal, et il n'en continua sa propagande qu'avec plus d'énergie. On peut considérer Parker comme l'interprèfe le plus net et le plus logique des principes transcendantalistes. « A une religion transcendantale, disait-il, il faut une théologie transcendantale. » Son essai posthume, Transcendantalisme , aussi bien que son premier ouvrage, Discours sur des matières relatives à la religion, résument admirablement les doctrines qui inspirèrent toute sa vie el qu'il croyait appelées à devenir « la religion des esprits éclairés pendant les mille ans prochains ». On ne doit pas y chercher une analyse rigoureuse des phénomènes psychologiques qui servent de base à la philosophie de l'intuition. Parker avait adopté comme point de départ la méthode des successeurs de Kant; il s'abstient désormais d'en discuter les fondements; il se contente de l'appliquer à la recherche et au développement des vérités religieuses. Sans doute, il ne repousse ni le contrôle, ni