‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 86 sur 135 · LE RÉV. HENRY WARD BEECHER · texte numérisé non relu

LE RÉV. HENRY WARD BEECHER

toujours été unitaires ou tout au moins arminiens dans leur théologie. « Nous avons été heureux d'apprendre — écrivait M. Spears en 1876 — que les Disciples deviennent de plus en plus libéraux entre eux et vis-à-vis des autres Églises. Il n'est pas improbable qu'avec les chrétiens de la Connexion ils n'arrivent bientôt à former une seule grande organisation d'environ 5,000 Églises, portant la simple dénomination de chrétiennes et sans autre base que les Écritures ^ »

Mais la modification des idées est surtout sensible chez les coogrégationalistes qui n'ont pas d'autorité centrale pour maintenir parmi leurs Églises une doctrine et une discipline uniformes. Le plus célèbre de leurs prédicateurs, Henry Ward Beecher, disait en 1881, dans un sermon sur le doute religieux: «Nul ne doit être rangé parmi les infidèles, qui voit dans la justice la grande fin de la vie humaine et qui poursuit une soumission plus complète de sa volonté à son sens moral. » Ne croirait-on pas entendre M. Potter ou même M. Adler, voire la convention de Milwaukee?

Telle est actuellement la vogue de M. Beecher que plusieurs policemen ne sont pas de trop pour maintenir l'ordre dans la foule qui se presse, deux fois par dimanche, aux portes de son vaste « tabernacle » . J'ai dû moi-même, pour assister à un de ses sermons, attendre une demi-heure en plein air, par une pluie

1 Rîse andProgress of TJnitarian Doctrines in Modem Times, p. 33. — Parmi les sectes américaines qui ont renoncé à la Trinité, M. Spears mentionne encore les christadelphiens, les adventistes, les adhérents de John Winnebrenner, qui rassembla, il y a une trentaine d'années, 50,000 adhérents dans une communion appelée l'Église de Dieu, etc.

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battante, et encore n'ai-je pu obtenir un siège qu'à rextrémité du local. L'intérieur du temple, qui peut contenir plusieurs milliers de personnes, est extrêmement simple, comme toutes les églises congrégationalistes : aucun symbole religieux, pas même de croix; j30ur unique ornement, des fleurs autour de la tribune. Le fond de la salle est occupé par un orgue immense, dont les ronflements accompagnent des chœurs admirablement composés. L'assistance participe à la récitation des hymnes avec une ferveur qu'on serait loin d'attendre d'une foule aussi . nombreuse. Rien que la location des sièges placés aux premiers rangs rapporte, m'a-t-on affirmé, de 17S à ^00,000 francs par an.

M. Beecher est un vieillard à longs cheveux blancs, de taille moyenne, un peu corpulent, mais, en dépit de ses soixante-dixans, respirant l'activité et la vigueur, doué, en outre, d'une voix puissante et singulièrement pathétique ^ Voici longtemps qu'il s'est affranchi du dogmatisme calviniste; mais dans ces derniers temps, il semble avoir pris une attitude plus agressive à l'égard d'une théologie encore acceptée à la lettre par un certain nombre de congrégationalistes. Ainsi, dans un récent article de la North American Review (août

^ La seconde fois que je l'entrevis, ce fut dans l'automne de 1880, à une assemblée électorale où il prit la parole pour défendre la candidature de Garfield à la présidence des États-Unis. Quelques jours après ce meeting, assistant d'un balcon de la Cinquième Avenue à une grande revue des volontaires de New-York, je vis tout à coup les curieux massés sur les trottoirs saluer de leurs applaudissements un des principaux régiments de Brooklyn. A côté du colonel s'avançait à cheval, Vépée au côté, un personnage vêtu de noir,, saluant à droite et à gauche pour i-épondre aux hourrahs de la foule. C'était encore le Rév. Beecher, qui, cette fois, remplissait ses fonctions d'aumônier (chaplain) près du régiment de son quartier.

LIBÉRALISATION DES SECTES ORTHODOXES 2oS

4881!), sur le Progrès des idées dans l'Église, il développe cette triple thèse que l'activité religieuse, loin de se ralentir, se développe tous les jours en Amérique, comme on peut en juger par la multiplication des églises nouvelles, — que cette activité embrasse « un monde d'influences inconnues des puritains », — enfin que les lignes de démarcation entre les sectes chrétiennes s'abaissent de toute part; — puis il s'attaque directement à « la théologie du moyen âge », particulièrement aux dogmes de la chute et de la prédestination, qu'il traite de la sorte : « La génération actuelle peut se rappeler l'époque où ces hideuses doctrines étaient largement et vigoureusement prêchées. Les explosions d'indignation qu'elles provoquaient étaient considérées comme la preuve que le cœur de l'homme était dans un état de révolte contre Dieu. Elles peuvent encore être prêchées, mais en termes apologétiques, et non plus avec le ton d'une souveraineté qui s'impose : elles se défendent plus qu'elles ne s'affirment. En général, elles gisent au fond de la chaire, comme un cadavre dans le sépulcre. »

Les critiques que ce rejet de l'ancienne théologie a provoquées chez certains de ses collègues ont amené M. Beecher à leur offrir sa démission dans l'automne de 188^. Mais l'Association des ministres congrégationalistes de Brooklyn la lui a unanimement refusée par une résolution portant que « l'exposé complet et spontané de ses vues doctrinales établit la convenance du maintien de ses rapports avec cette Association ». Cet incident, qui a fait grand bruit, est non seulement un indice significatif du progrès réalisé dans les idées du

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protestantisme américain, mais il est encore de nature à encourager puissamment l'émancipation des prédicateurs et des congrégations parmi les sectes qui restent nominalement fidèles à l'orthodoxie.

Il n'est pas. jusqu'au catholicisme qui, ne pouvant modifier ses dogmes, ne cherche à se faire valoir avaut tout par ses œuvres, par l'étendue de ses charités, par la valeur de ses écoles et de ses pensionnats, s'associant, au besoin, avec le clergé des églises protestantes afin de poursuivre en commun quelque entreprise de moralisation ou de bienfaisance ^

1 L'Église romaine, placée aux États-Unis sur un pied d'égalité absolue avec les autres sectes, n'a pu complètement méconnaître les liens d'une confraternité spirituelle supérieure i toutes les divergences dogmatiques. Ainsi, nous voyons, dans la biographie d'Ezra Stiles Gannett (page 74), que, lors de son ordination, en 1830, dans l'église unitaire de Fédéral street, à Boston, la cérémonie religieuse, présidée par Channing, fut honorée de la présence de ministres appartenant aux communions congrégationaliste, évangélique, épiscopale, baptiste, universaliste, presbytérienne et catholique.

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