LE SURNATUREL DANS L ÉGLISE LARGE
On en est même Tenu dans l'Église établie à révoquer ouvertement en doute l'intervention de la Providence dans le cours des affaires humaines ou dans la marche des phénomènes naturels. Le journal américain l'Index, du 15 juin 1882, cite avec raison, comme an symptôme du progrès dans les idées du clergé, ce fait qu'un évêque australien avait récemipeût refusé d'organiser des prières pour la pluie, en disant que lés changements atmosphériques sont réglés par les lofs de la nature et que les fidèles, s'ils voiilaient un remède contre la sécheresse, feraient bien mieux d'améliorer leur syslème d'irrigation.
Bien plus, les dogmes s'en vont un à un rejoindre les miracles. En général, les dogmes de la chute et de la rédemption sont, autant que possible, passés sous silence par les membres de l'Église large. Quant aux doctrines qui ne sont pas formellement mentionnées dans les XXXîX articles, — telles que l'éternité des peines, l'existence personnelle du diable, etc., — il' ne se gênent pas pour les contredire, et, à l'occasi6n, les condamner. — « Il n'y a pliis d'évêques qui croient au" symbole d'Athanase, » disait l'avant-dernier archevêque de Canterbury '. — Entre la Trinité, telle que la conçoivent le D' Martineau chez les unitaires et le doyen Stanley chez les anglicans, il n'y a guère que l'épaisseur de la feuille de papier sur laquelle sont écrits les XXXIX articles, et encore l'âge
• R. Spbahs, Hise and Proffress of the Vnitarian Chriitian Doctrines in Sfodern Times, Londres, 1676, p. 38. — Déjà, è. la fia du xvii> aiâcle, l'archevêque Tillotson écrlTait i. l'évêque Burnet qu'il serait • enchanté qa'OD le débai'rass&t une bouue fois du symbole d'Atbanase » . (V. Bonkt- Uaurt, Bes origines du chriitianisme unitaire chez les anglais, p. 240.)
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a-t-il terriblement aminci ce vénérable parchemin '. Aussi ne peut-on s'étonner de voir un ministre de l'Église anglicane, le Rév. C. Maurice Davies, lorsqu'il décrit les congrégations hétérodoxes de Londres, hésiter à qualifier de ce nom, « sauf pour des raisons étymologiques », la fraction modérée de l'unitarisme : « Entre eux et quelques-uns des membres les plus avancés de l'Église anglicane, avoue-t-il, il y a peu de différence*. » Un journal orthodose, le Christian Standard, y met moins de façons encore : « Les unitaires, disait-il en septembre 1876, sont, pour une forte proportion, en possession des chaires del'ÉgUse anglicane. Le terme d'Église large est devenu une expression équivalente à celle d'unitarismc, et cela dans bien des cas qui nous sont personnellement connus. » Le Christian Standard, à la vérité, est un organe des dissidents, mais — cela prouve sa sincérité — il s'empresse d'ajouter : « Dans nos chaires non conformistes, aussi bien que dans celles de l'Église anglicane, il y a un nombre considérable d'unitaires, c'est-à-dire d'hommes qui professent des sentiments unitaires, a
' Comparez la brochure da docteur Martinbau, The Three Stages of Vnitarian Theologi/ {1" éd., Londres, 1879,, avec un article du doyen Stanley publié, dans la revue The Nineleenth Centurg d'août IggO, sous le titre : The Creed oflhe Early Christians. — Le saTant doyen de Westminster y présente la Trinité comme une formule exprimant " la compréhenaivité et la diversité de l'Essence divine ». A l'enteudre, les trois PerBOnnes sont simplement les trois révélations, les trois • voies », par lesquelles Dieu se manifeste tour à tour dans la uature, dans l'histoire' et dans la conscience. • Telles, ajouta-t-il, on trouve dans ie sanctuaire de quelques vieilles églises, &■ l'est du mont Athoa, des représenta tiens de la Trinité qni, vues d'un cAté, laissent seulement apercevoir l'image dn Sauveur sur la croii, d'nn autre, la Colombe céleste, et d'un froiaiôme, le Père éternel. • — 11 a fallu moins que cela à Calvin pour envoyer Servet an b&cherl
' HelerocUw London, 1. 1, p. 311. Londres, 1874.
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ÀI>OLOG[ST£S LIBÉRAUX DE L ANGLlCàNlSHE 83
Telle est la situation générale que l'évêque de Rochester caractérisait dernièremeat eu exprimant sa profonde satisfaction de voir « que l'^^lise anglicane deTenait chaque jour plus large et plus libérale ». On peut néanmoins se demander comment des esprits sincères arrivent à concilier cette larçeur de vues avec l'admission des doctrines qui servent de base ofiBcielle à l'Établissement. Il est, en effet, de toute évidence que les idées actuelles de l'Église lai^ sont en désaccord avec l'esprit, sinon avec la letti'e des XXXIX articles.
On aurait tort de ne voir, dans ce manque de logique, que l'effet de certaines préoccupations matérielles ou un défaut de courage moral. De pareilles défaillances se rencontrent sans doute dans l'Église auglicaue, comme dans toutes les Églises; mais un soupçon de ce genre ne peut même efQeurer des bommes, tels que les Stanley, les Temple, les Rowland Williams, les Kingsley, les Colenso et leurs émules. La vérité est , que, cbez les adeptes de la Broad Church, le sentiment de la communion religieuse domine toutes les ques- . tions de dogme. Leur rêve est une organisation ecclésiastique assez large po^l^ comprendre toutes les formes du christianisme, depuis l'unitarîsme qui viendrait y renforcer leurs propres tendances, jusqu'aux dissidents les plus conservateurs, qui entreraient dans les cadres de l'Église basse, sans oublier les ritualistes, qui pourraient se donner libre carrière au sein de l'Église haute.
A l'appui de leur thème, ils font valoir que tels sont le vrai rôle et la seule justification d'une Église établie ; — que celle-ci ne peut être une Église vraiment nationale
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si elle n'est suflSsamment compréheosive pour donner satisfaction à tous les besoins spirituels de la nation et pour concentrer toutes les ressources du sentiment religieux sur ce que Mathew ÂrnoM nomme the protnotion ofgoodness, l'amélioration morale de la société. Dès lors, quel est le parti le plus sage qu'ils aient à prendre? Ou bien quitter l'Établissement, parce qu'on s'y trouverait en antagonisme avec tel ou tel détail d'une constitution élaborée, il y a trots siècles, dans un courant d'idées aujourd'hui disparu, ou bien rester dans ses rangs, en conformité avec le véritable esprit de l'institution, pour y maintenir les droits du libree?amen et peut-être préparer ainsi le retour de l'Angleterre à l'unité religieuse, mais, cette fois', par l'inflïience de la liberté et du progrès?
Le raisonnement ne manque pas d'une certeûne force, et la conception n'est pas sans grandeur, bien «ju'elle laisse en dehors les catholiques, ainsi que les adeptes des organisations religieuses étrangères au christiaaisme : juifs, théistes, comtistes, etc. Déjà au lyii® siècle, Chillingworth justifiait son entrée dans le clergé anglican, en alléguant qu'il sufiSsait à un clergyman d'adhérer d'une façon générale aux doctrines de l'Église établie et qu'il entendait accepterlesXXXIX articles» comme des articles de paix » . Mais il n'en est pas moins vrai que, si la politique vit de transactions, parce «pi'elle est l'art d'accommoder les doctrines aux faits, la religion, qui se meut exclusivement sur le terrain des principes, exige par essence la sincérité des convictions et la logique du caractère.
Quelque bonne volonté qu'on mette à iuterprtter
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LA REVlSIOn DES XXXIX ARTICLES 8t(
dans le sens le plus large la constitution d'une Ëglbe, ni la conscience ni la pensée ne peuvent s'y dérelopper à l'aise, aussi longtemps qu'elles s'y heurtent à un credo obligatoire. La situation devient de plus en plus fausse, au sein de l'Église anglicane, pour ceux qui, ayant renoncé au surnaturel, désirent prêcher ce qu'ils croient et ne plus enseigner ce qu'ils ont cessé de croire. Eu dépit d'eux-mêmes, ils se trouvent sans cesse entraînés à des compromis, qui, s'ils ne vont pas jusqu'à fausser l'expression de la pensée, n'en conduisent pas moins à des subtilités inconscientes. De nombreuses décisions, rendues par les juridictions ecclésiastiques, ont, d'ailleurs, maintenu, jusque dans ces derniers temps, qu'il y avait des, limites, dans l'Église établie, à la liberté d'examen, et si l'évêque Colenso a échappé à toutesentence d'hérésie, c'est grâce à une lacune de la législation ecclé.sia5tique, qui ne désigne pas de juridiction compétente pour se prononcer sur les opinions d'un évêque.
Le remède consisterait à supprimer toute déclaration d'allégeance au christianisme dogmatique. Déjà, en 177â, plus de deux cent cinquante ecclésiastiques ou laïques éminents demandaient au Parlement que, en entrant dans les ordres, on ne fût plus contraint de souscrire aux XXXIX articles. L'Église épis* copale d'Irlande est entrée dans cette voie, dès la rupture de ses relations avec l'État, en supprimant l'obligation d'adhérer aux formules de condamnation prononcées par le symbole d'Athanase. L'Église épiscopale d'Amérique a fait un pas de plus en retranchant de sa litui^e ce symbole lui-même. Aussi peut-oa
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dire qu'an sein de l'Ëglise aDglicaoe, la disparition de la confession de foi actuellement impliquée dans les XXXIX articles est une simple affaire de temps '. Toute la question est de savoir si cette réforme s'accomplira avant la destruction de V Établissement, c'est-à-dire des liens qui unissent l'Église à l'État, et ici nous louchons à un autre des principaux problèmes que soulève la situation actuelle de l'anglicanisme.
La situation officielle de l'Église établie devait naturellement provoquer les attaques dés dissidents et des libres-penseurs. Cette opposition s'est groupée, il y a une quarantaine d'années, dans VAnti-Slate Ckurch Association, devenue aujourd'hui la « Société pour libérer la religion du patronage et du contrôle de l'État », ou plus simplement la Liberation Sodety. En fait, l'a^tation pour la séparation de l'Église et de l'État a un peu perdu de son intensité depuis la disparition des privilèges attribués à la religion anglicane en matière de mariages, de funérailles et d'instruction publique . Cependant des circonstances politiques peuvent, d'un jour à l'autre, donner à ce mouvement une impulsion nouvelle, et il est fort douteux que même l'abolition des XXXIX articles parvienne à en empêcher le triomphe final; car, si l'Établissement devenait assez large pour embrasser toutes les sectes du protestantisme, il faudrait encore voir si celles-ci consentiraient à y entrer. Mais il faut se demander si
> L'Inguirer, du 31 mars 18S3, rapporte que l'assemblée de la paroisse de Saint-James (Wesf Derby) a récemment voté une résolution engageant 'e ministre à ne pins réciter le symbole d'Athauase dorant l'office et «Jontant que, s'il était poursuivi pour cette omission, elle le garantirait de tout dommage.
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LE «DlSESTiBUSUHEMT» DE LËGL1SE ANGLICANE 87
l'Église épiscopale n'aurait pas plus à gagner qu'à perdre dans la dissolution de ses rapports avec l'État,
Sans doute, elle devrait renoncer à une partie des immenses richesscsqu elle accapare aujourd'hui. Mais, pour qu'elle puisse conserver sa vitalité et même son prestige, est-il bien nécessaire qu'elle ait à sa tête un corps épiscopal dont les revenus annuels se chiffrent par environ 4 millions de francs répartis entre 32 titulaires? En Angleterre les réformes procèdent généralement par voie de transaction ; il est donc assez probable qu'on laisserait à l'Église, outre la proprie'té de ses temples, une part de ses revenus, proportionnelle au chiffre de ses fidèles et à l'étendue de ses besoins. Si, de plus, quelques-uns de ses bénéfices Tenaient à disparaître, en quoi ses vérilables intérêts religieux pourraient-ils être liés au maintien de paroisses sans fidèles, dans des villages où la presque totalité de la population appartient aux cultes dissidents?
D'autre part, si ses prélats doivent renoncer à leurs sièges dans la Chambre des lords, si sa liturgie doit cessei>de figurer dans les cérémonies publiques, l'Église n'y gagnera-t-elle pas, en retour, une indépendance qui vaut bien la perte de quelques richesses et de quelques honneurs? N'est-ce pas un spectacle absurde de voir les croyances religieuses de ses fidèles réglées en dernier ressoit par un Parlement où siègent des dissidents, des catholiques, des jui&, des agnostiques et demain sans doute des athées?
Certes, il lui sera dur, après avoir été l'Église d'Angleterre, de n'être plus qu'une des sectes du pro-
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testaotisme anglais. Cependant celles-ci ont montré, par leur exemple, que, même en matière de foi, la liberté est supérieure à la protection, puisque, malgré les persécutions, la pauvreté, le discrédit social, l'infériorité de ressources et de talent, elles en sont veuues à égaler, sinon à surpasser, par le nombre et par l'activité de leurs adeptes, la puissante organisation religieuse qui avait pour elle l'héritage de sa devancière, le monopole de l'instruction supérieure, la faveur des classes dirigeantes et le concours des pouvoirs publics. Il existe, au reste, un fait qui devrait rassurer l'Église épiscopale d'Angleterre sur les conséquences religieuses du disestabliahment . En Irlande, où l'Établissement a été supprimé depuis le 1" janvier 1871 ', l'Église épiscopale, qui ne comptait, dix années auparavant, que 11.9 de la population totale, avait acquis, à la fin de 1880, 12.3 p. c.^des habitants de l'île, — soit 635,670 fidèles sur une population évaluée, en 1881, à 5,159,859 individus.
Le rôle que l'Église établie n'est point parvenue h remplir près des classes inférieures est échu en grande partie aux sectes dissideutes, engendrées par cette inspiration libre, anti-dogmatique et anti-formaliste, qui fait le caractère populaire du protestantisme,
> D'après les meaiirei promulgaées en 1869 pour le dise$tahlishment de l'ËglUe épiscopale ea Irlande, l'Ëtat a repris tous les biens et revenus qu'il avait concédés A l'Ëgliae, mais il lui a laissé tont«s les fondations qui provenaient de la générosité privée depuis 1060. H a, en outre, garanti aux titulaires actuels des bénéfices ecclésiastiques un traitement viager égal au revenu antérieur de leurs fonctions. Presque tous les bénéfloiaires ont capitalisé cette rente au profit de l'Église, qui a ainsi retroaré une partie de s<
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LES UÉTHODISTES 86
Parmi ces sectes, la plus UnporlaQte, bien que d'urigine récente, est actuellement celle des méthodistes. Le méthodisme est sorti du mouvement évangélique qui fut commencé par John Wesley, en 1739, au sein même de l'église anglicane, et qui aboutit, dans la dernière partie du siècle, à la constitution d'une « dénomination » distincte. Ses adhérents, déjà évalués à 76,978, quand Wesley mourut en 1791, comptent aujourd'hui environ 800,000 membres actifs dans la Grande-Bretagne, ainsi qu'un million et demi d'enfants recevant l'inslpuction de la secte. Leurs congrégations se partagent en plusieurs dénominations secondaires (wesleyens, méthodistes primitif, chrétiens de la Bible, méthodistes de la nouvelle connexion, méthodistes unis, etc.). Chacune de ces fédérations est gouvernée par une Conférence dont les membres sont élus par les assemblées de district. — Les méthodistes sont célèbres pour leur participatioQ à toutes les œuvres de charité ou de moralisation qui se poursuivent dans le monde et, rien qu'en 1880, ils ont consacré plus de 4 millions de francs à leurs missions étrangères .
Au principe de la justification par la foi qui est le grand ressort du méthodisme, se rattachent d'assez nombreuses congr^ations qui se bornent à réclamer de leurs adhérents la croyance au Christ surnaturel des évangélistes et qui se refusent à accepter l'étiquette d'une secte quelconque. Quelques-unes ne sont enregistréesquesousia désignation de « non-sectaires» {un$ectarian^, de « chrétiens n'admettant d'autre nom que le Seigneur Jésus » (chrîstiana owing no name but
the Lord Jésus) et de « chrétiens qui s'opposent à être autrement désignés « (christians who abject to 6e otherwise designated). Le même esprit se retrouve dans les nombreux réveils qui constituent des oi^anisations ouvertes et temporaires, abontissaot parfois à la création de sectes nouTelles, mais respectant, en général, les liens de leurs membres avec les différentes communions protestantes. Tel est également le cas de l'Armée du Salut, qui se recrute indifféremment parmi les sectes à tendance évangélique et parmi les « infidèles » du dehors ^
Les baptistes anglais ne sont pas moins populaires ni moins actifs que les méthodistes. Ils s'atfrlbuent un million d'adeptes, dont 298,880 ayantreçu lebaptême. On sait qu'ils réservent ce sacrement aux adultes et qu'ils l'administrent par immersion. Ils se rattachent aux anabaptistes du xvi« siècle et prétendent même remonter aux Églises apostoliques, en passant par les vaudois, les cathares, les pauliciens, les donatistes, les novations, les montanistes et les euchites du ii« siècle. Leur principal développement ne date néaumoins que du siècle dernier. Ils se vantent d'être la seule secte qui ait été partout persécutée et qui n'ait jamais persécuté nulle part. Leurs églises, qui sont au nombre de 3,302 dans la Grande-Bretagne, restent indépendantes les unes des autres. Ils comptent401,517enfants
' A la dernière rénnioa ananelle de l'Armââ du Salât, tenua à Londres pendant le mois de mai 1883, le » général ■ Booth a déclaré que l'Armée comprenait environ nn million et demi de membrea répartie en 491 corps. Lee revenus de rorganisatiou s'élevaient â plus de 120,000 livres (3 millions de n'ancs). Rien que pendant cette réunion, on a BOuscrît environ 250,000 francs!