STATISTIQUE DES SECTES ACTUELLES
figurent au recensement sous dix-sept dénominations, les baptistes en offrent quinze, et les anglicans euxmêmes, neuf. Enfin, certaines associatiousdemoralisation ou de propagande religieuse se donnent pour des sectes spéciales, en vue debénéficïer des immuniti^s assurées par la loi aux corps ecclésiastiques : telles sont, par exemple, l'Association pour la Défense de la Bible, l'Association évangélique des missions ouvrières, l'Association des jeimes hommes chrétiens, etc.
En tenant compte de ces diverses circonstances, on peut évaluer le nombre des sectes proprement difes à une trentaine environ, ce qui est déjà un chiffre fort respectable pour ime population de 35,968,286 individus. Ajoutons, à l'intention de ceux qui croiraient voir, dans cette diversité des croyances, une cause d'atfalblissement pour le sentiment religieux, que, d'après le même recensement, 1' .Angleterre possédait, au !«■■ septembre 1888, 2! ,864 lieux de cuKe, soit 7)2 fie plus qu'en 1881.
Avant de pa'^ser à la description de ces différentes sectes, il sera peut-être intéressant de reproduire la statistique suivante, qui fournit des données plus ou moins approximatives sur les principales religions professées dans les pays de langue anglo-saxonne '.
' Les cbifTres et les renseignements donnés daua ce chapitra Bont empruntés, pour la plnpart, au Whitaker's Almanach for 1883, i V£ncyclopedia Britannica (9"" éd.; vol. lk'%3.\\), 6, l'Encyclopédie des sciences religieusei^-çvMtiia BoaaladirectioadeH.F. Lie htanberger, enfla, A l'utile compilation de M. William Burdbk, A Bistctry ofatl Religions. Pbiladelpbie.lSTS. (Parties IV et V.)
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Ëpiscopaux 20,500,000
Méthodistes 19,300,000
Catholiques romains 14,100,000
Presbytépiens 10,300,000
Baptistes .' 8,050,000
Congrégationalistes ...... 6.000,000
Unitaires 1,000,000
lodividus appartenant à d'autres sectes,
libres pense urs ou sans religion connue 1 1 ,350,000
L'Église épiscopale, qui a cessé d'être la religion d'État, en Ecosse, depuis 1689, et, en Irlande, depuis 1871, a perdu, en Angleterre même, tous ceux de ses privilèges qui constituaient des attentais à l'égalité civile et politique des citoyens. Cependant, elle y reste l'Église nationale par excellence, the Church of England, la seule que l'État réglemenle et soutienne. Non seulement elle intervient officiellement dans les cérémonies publiques, mais encore elle participe à la confection des lois par l'intermédiaire de ses évêques, qui siègent à la Chambre des lords. Considérée comme l'unique héritière des biens donnés à l'Église romaine d'Angleterre avant la réforme d'Heuri VIII, e!le est seule capable de posséder et de recevoir au nom des intérêts religieux, sauf les exceptions formellement établies par la loi en faveur de certaines sectes déterminées. D'autre part, elle reste soumise aux pouvoirs publics qui règleût son organisation, surveillent sa discipliné, nomment ses chefs et possèdent le droit de définir ses croyances. C'est l'ensemble de ces privi-
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ORGAmSATlON DE L ËGLISE ÉTABUE 71
lèges et de ces obligations qui se nomme l'Établissement de l'Église anglicane.
L'Église établie avait, en 1871, 16,000 lieux de culte. Ses adhérents, évalués à treize millions en Angleterre, se recrutent d'un côté parmi les couches supérieures, l'aristocratie, la haute bourgeoisie, la classe universitaire, de l'autre parmi le peuple des campagnes dans la plupart des provinces. Les classes pauvres et les ouvriers des villes restent généralement à l'écart de ses temples, et ainsi s'expliquent les encouragements prodigués par certains membres du haut clei^é anglican aux pratiques de l'Armée du Saint '. Enfin, dans certains districts ruraux où dominent les dissidents, particulièrement dans le pays de Galles, elle ne compte qu'une infime minorité de la population. — Ses richesses sont immenses; - on assure que ses revenus annuels dépassent 142 millions de francs, — soit 105 millions de francs de revenus fixes et le reste provenant de contributions volontaires. L'Église anghcane est subdivisée en deux provinces ecclésiastiques, Canterbury et York, régies par des archevêques qui touchent, dans la première, 375,000 francs de revenu, dans la seconde, 250,000.
' L& publication des iostructions aecrétea de l'Année, ainsi que l'exagération de ses pieuses bizarreries, ontgrandement refroidi, dans cas derniers temps, -Isa sympathies de l'épiécopat anglican. Dans une séance de la Haute-Chambre épiscopale, tanua la 10 mai 1883,1a direction imprimée à ce mouvement a été vivenient critiquée par les évéques d'Oiford, de Rochester, deHererord,deChichester, de Lichtleld. Ce derniers raconté, comme le plas récent exploit des sali>ationistes dans son diocèse, qu'A Darby,un de leurs capitaines avait promis, par voie d'affiches, de préchar l'Ëvangîla en sa tenant debout sur la tète pendant dix minutes. • Et ce qui est plus tort, — raconta Sa Révérence, — il l'a fait comme 11 l'aiait promis t •
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72 MOUVEMENT DU PBOTESTAMTISME ORTHODOSE
Sous ces deux primats se trouvent trente évêques, dont les revenus varient entre 50, 000 et âîiO, 000 francs, trente doyens de cathédrale qui touchent de 17,500 à 7S,000 francs, quatre-vingt-deux archidiacres, six cent treize doyens ruraux, enfin, environ treize mille minisires {vicars) assistés de vicaires (curâtes). Les membres du corps épiscopal sont choisis par la Couronne. Quant aux petits bénéficiaires, leur désignation, dans la majorité des cas, appartient, par droit d'hérédité, au principal propriétaire de la localité; c'est ce qu'on nomme le droit de patronage, et il n'est pas rare qu'une place de ministre soit mise publiquement aux enchères pour être adjugée au clergyman te plus ofTrîint.
Le pouvoir législatif de l'Église réside dans le Parlement. A vrai dire, il existe bien, dans chacune des deux provinces, une assemblée annuelle ou convocatiofty formée par les hauts dignitaires du clei^é, ainsi que par les délégués des petits bénéficiaires; mais elle n'a guère qu'un pouvoir consultatif et elle peut même être suspendue ou dissoute par le Parlement. Ainsi, la Convocation de Canterbury fut virtuellement suspendue en 1717, à raison des sympathies que ses principaux membres conservaient à la maison des Stuarts, et c'est seulement en 1860 qu'elle put officiellement se reconstituer.
Cette organisation hiérarchique et unitaire n'empâche pas l'Église anglicane d'avoir été, de tout temps, tiraillée en sens inverse par les partis religieux entre lesquels elle devait réaliser un compromis. Actuellement, ces tendances divergentes sont respectivement
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LËGLISE BASSE 73
représentées par l'Église haute, l'Église basse et relise lai^e.
L'Église basse {Low Church), ou parti évangélique, qui s'est développée dans la voie tracée par Wesley et par ses disciples anglicans, se rapproche des sectes qiii poussent jusqu'à la bibliolâtrie le respect de l'Écriture et qui s'appuient particulièrement sur le dogme de la Rédemption par le sang du Christ. Les low churchmen, qui se recrutent surtout dans les classes moyennes, ont joué un rôle considérable dans tous les grands mouvements philauthropiques de la société anglaise depuis la fin du siècle dernier, particulièrement dans l'agitation pour l'abolition de l'esclavage, dans les Ligues de tempérance, dans les associations de toute nature pour l'amélioration matérielle et morale des classes inférieures, dans l'oi^anisation dos missions parmi les peuples sauvages, et il serait injuste de méconnaître les titres que ce groupe a acquis à la gratitude publique par la fondation d'écoles, d'hôpitaux, d'asiles de toute nature. Mais l'étroitesse de ses vues théologiques affaiblit son influence, que n'est guère de nature à relever une prédication roulant presque exclusivement sur les flammes de l'enfer et snrles mérites de la Rédemption. Également hostile au rationalisme et au ritualismc, l'Église basse a fondé, en 1863, une association intitulée la Charch Association, en vue de subvenir aux frais des poursuites, pour cause d'hérésie, devant les juridictions ecclésiastiques de l'Église établie. — Quelques-uns de ses partisans ont continué, au delà des limites de rÉt(d)lis?emcnt, leur évolution vers les
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74 BlOl■ïEME^T nu protkstantismk orthodoxe
secles évangéliqucs. Ainsi s'est fondée, en 1849, rÉ;i;lise libre d'Angleterre (Free Church of Englanâ), qui compte actuellement quarante congrégations. Une autre Église, due à un mouvement analogue, mais d'origine américaine, l'Église épiscopale refDrmée {Reformed Episcopal Church], se propage également en Angleterre depuis 1873, aux dépens de l'Église
Tandis que l'Église basse s'appuie sur le principe essentielle rnent protestant de la jiislification par la foi, le parti de l-Ëglise haute insiste, au contraire, sur l'autorité de la tradition apostolique, incorporée dans l'Église universelle. Cette école réactionnaire et ritualiste a reçu une vive impulsiou du mouvement romantique qui, vers 1830, envahit la Grande-Bre- (agne, comme le reste de l'Europe. Ungroupe déjeunes gens distingués, appartenant à cette université d'Oxford qui a longtemps personnifié chez nos voisins, à côté d'une haute culture littéraire, les tendances sociales et religieuses les plus conservati ices — le professeur Pusey, le docteur Newman, le poète Keble et l'historien Fronde — s'efiforcèrent, jmr de petits traités, rapidement vulgarisés sous le tilie général de Tracts for the Urnes, d'étendre aux institutions religieuses la vogue qui était partout revenue aux conceptions et aux coutumes du moyen âge. En réalité, ce mouvement, auquel le D' Pusey devait attacher son nom, tendait bien au delà d'un simple retour aux an cienoes liturgies et aux antiques symboles de l'Église Ses adhérents, sous prétexte d'attribuer à la tradi'
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LËGUSE DADTE 7S
tion des six premiers siècles l'autorité que les Églises réformées accordent seulement aux décisions des premiers concilps, se mirent à préconiser l'InTocation des saints, le culte de la Vierge, le rétablissement de la messe, du célibat ecclésiastique et de la coufession, auriculaire, le dogme de la présence réelle, la doctrine romaine des sacrements, enfin et surtout les prérogatives surnaturelles du sacerdoce, présenté comme un intermédiaire nécessaire entre le fidèle et Dieu '.
Le ritualisme s'est maintenu jusqu'à nos jours dans l'Église établie, où il se distingue surtout par le style gothique de ses églises, par la richesse de ses vêtements sacerdotaux et par la complication symbolique de ses cérémonies. Il prédomine particulièrement dans l'Église épiïCDpale d'Ecosse, par suite d'une réaction naturelle centre l'austérité puritaine du calvinisme qui y constitue la religion officielle. Dans l'Église d'Angleterre, il ne compte guère qu'un dixième du clei^é groupé autour de VEnglîsh Church Union. Mais ses partisans les plus logiques et les plus courageux ne se sont pas arrêtés à mi-chemin dans le mouvement de recul qui,
■ La position adoptée par 1o ritualisme anglais est à peu prés la même que celle du vieux catholicisme allemand, puisque tous deux en sont venus à professer une sorte de catholicisme sans papauté. Cependant, an raconte que, lorsque le B' DoUinger flt des avances i. l'Église épiscopale pour chercher un terrain d'union, ce furent les ritualistes qui y répondirent avec le plus de râserve, sinon de froideur. C'est qu'en effet, les deux mouvements obéissent  des impulsions contradictoires. Le puseyisme est le point de départ d'une marche en arriére, le vieux catholicisme, d'une marche en avant dans l'évolution religieuse de l'esprit humain, et leur rapprochement momentané n'est que le croisement de deux trains s'avançant dans des directions opposées. {V. MoNcuni CoHWiT, A Study on (lie Lines of Sterling and Maurice. Londres, 1875.)
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par défiance de la cmlisation moderne, les ramenait en plein moyen âge ecclésiastique, et dix années ne s'étaient pas écoulées depuis la publicalion des «Traités pour le temps » que le plus distingué des puseyistes, le D' Newman, s'en allait achever son évolution dans les bras de l'Église romaine, « pareil — dit quelque part Carlyle — à un enfant qui, après avoir erré tout le jour sur le champ de bataille, s'en revient, le soir, chercher le repos sur le sein de sa mère morte ».
Le D"' Newman est aujourd'hui cardinal, et de nombreuses conversioDs, qui ont suivi la sienne dans les rangs tant du clei^é anglican que de la haute arislocratie, ont pu faire croire qu'une grande partie de la société anglaise était sur la route de Canossa. Quelques adhérents du scepticisme, en Angleterre même, ont applaudi à ce mouvement, comme à une confirmation de leur théorie fevorite, qu'entre le catholicisme et l'irréligion il n'y avait pas de milieu. Mais il semble que, à l'instar de l'Ëglise romaine, ils fùent pris leurs espérances pour la réalité. Depuis sa complète émancipation dans la Grande-Bretagne, le catholicisme s'est surtout appliqué à reconquérir la classe riche et dirigeante. Favorisé par une cerfaine mode, il a réussi dans des cas exceptionnels dont on a fait grand bruit, mais on peut affirmer que la masse de la nation n'a pas été même entamée ^
' Il aérait assez cnrieox de rechercher si les coDTersiona braraotes de qoelquea IndlTidnalitës en vue a'ont pas été amplement compensées par lea pertes de l'Ëgiise romaine au proât soit du proteatantisme, soit du libre examen. En 1870, les catholiques n'étaient qne 70,000 dans l'Angte-
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l'ëglise large 77
De son côté, la fraction latitudinaire ou libérale de l'anglicanisme a formé, depuis Coleridge, ce qu'on nomme le parti de l'Église larçe [Broad Ckurch). Ckileridge, qui, avant de rentrer dans l'Église établie, s'était refait une théorie de la Trinité à la' mode de Schelliag, vit ses procédés d'interprétation dogmatique accueillis avec d'autant plus d'empressement par les défenseurs éclairés des doctrines anglicanes, que la théologie du temps éprouvait le besoin de composer avec le courant de l'idéalisme allemand et que les éléments miraculeux, du christianisme commençaient à perdre du terrain dans l'opinion. On vit alors se constituer peu à peu un mysticisme renouvelé des alexandrins, à la fois chrétien et rationaliste, qui plaçait dans l'immanence divine le prioeipe central du christianisme, élargissait l'idée de Révélation au point d'en faire un don permanent et général de l'humauité, enfin ouvrait la porte à la notion d'un développement sans limites dans les croyances religieuses.
Le principal résultat de cette théologie a été de faire
terre, le pays de Oalles et l'Ecosse ; en 1S80, ils y possédaient plus de 1,300,000 adhérents. Mais il faut tenir compte, dans ce chi&i'e, de trois facteurs distiacls : !<• le développement naturel des ancienuea familles catholiques; S" les catholiques d'origine étrangère et leur descendance; 3* loH catholiques d'origine irlandaise immigrés en Angleterre. Rien que ce dernier élément fournit environ la moitié du chiffre total. Aussi, M. 0. F-Rawlinson va-t-il jusqu'à soutenir, dans une statîstiqne publiée, en 1874, par le Geographieal Magazine, qne les conversions opérées par le catholicisme en Angleterre, depuis le commencement du siècle, ne compensent pas ses pertes, si on prend en considération l'accroissement général de la population. En tout cas, il y a un fait indéniable, c'est que le chifft« des catholiques en Angleterre et dans le pays de Oalles, qui, en 1654, atteignait 4.24 de la population, ne représentait pins qne 4.61 en 1866 et que 4.44 en 1877. (V. Encyclopedia Britannica, au mot £ftgland.)
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78 MOUVCMENT DU PROTESTAHTISME ORTHODOXE
une part de plus en plus grande à l'exf'gèse biblique. Déjà dans la première moitié du siècle, le D"" Arnold avait ouvert la voie, mais sans rompre en visière à l'orthodoxie. Ce fut seulement avec la génération suivante que les travaux de la critique allemande pénétrèrent réellement dans l'Église anglicane. En iSfiO, st'pt écrivains distingués, dont cinq étaient des clergymen, publièrent, sous le titre à'Essays and Reviews, un volume qui répondait au programme suivant : l" nécessité d'une réforme thcologitjue par l'application de la méthode historique et critique à la science religieuse; 2° émancipation de l'autorité littérale et surnaturelle de la Bible; 3° adhésion an principe du développement des croyances religieuses, en opposition à la prétendue immobilité des dogmes '.
Cette publication, qui répandait, sous le couvert de l'Établi ssemenf, les résultats les plus hardis de l'exégèse contemporaine, causa une vive émotion dans tous les rangs de l'anglicanisme; la presse évangélique dénonça les novateurs avec la dernière véhémence, et plus de deux mille clergymen réclamèrent leur expulsion de l'Église. Traînés devant tons les degrés de la juridiction ecclésiastique, les audacieux écrivains n'en furent pas moins acquittés en dernier ressort par le conseil privé de la Reine, et celte sentence, suivie, quelques années plus tard, par l'acquittement de l'évêque Colenso, qui avait porté une main sacrilège sur la croyance à l'unité et à l'antiquité du l'entateuque, donna définitivement droit de cité à la cri-
> V. dan» la Revue des Deuai- Monde», do 15 Juin 1675, un article de U. Alb. RAvillb enr VAnglicaniante libéral.
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LA CRITIQUE BIBLIQUE DAItS L AHCLICANISHE 79
tique religieuse dans la théologie anglicane '. Un des essayistes, le D*' Temple, est actuellement évêque d'Exeiep; un autre, le Rev. Jowett, a été récemment nommé vice-chancelier de l'uuiversité d'Oxford.
On a dit que l'Église large n'était qu'un brillant état-major. Mais ce groupe d'esprits élevés et érudits n'en exerce pas moins une influence profonde sur le ton général de la théologie auglicaoe. Celle-ci leur doit papliculièrenieut sa répugnance croissante à insister sur les côtés miraculeux de la religion, ainsi que sa tendance à expliquer l'origine et le développement du christianisme sans recourir à l'invocation de preuves surnaturelles.
Même la critique rationaliste de l'école qui cherchait à se tirer d'affaire en torturant les texiés de la Bible pour en e;(traire un sens conforme aux affirmatioas de la science se trouve aujourd'hui complètement dépassée . « Il y a eu et il y a encore — disait le doyen Stanley aux funérailles de sir Charles Lyell — deux modes de conciliation qui ont absolument et justement échoué. L'un s'efforce de détourner de leur vrai sens les mots de la Bible, pour les forcer à parler le langage de la science; l'autre tente de falsifier la
I Je connais peu de symptAroee plue «igniflcalifs da progrès réalisé, & cet égard, dans l'opinioD pablique, que le dîner ofTert au professeur Kneuen, lorsque l'Ëminect exégète hollaadajs fut appelé par les fldéicommiasaireB du Tonds Hibbert pour donner des conférences sur la formation des religions uni ver sali stes. Toutes les convictions raligieusea de l'Angleterre étaient représentées ii la fête, depuis l'agnosticisme jusqu'au catholicisme, en passant par des Juifs, des unitaires et des ministres de l'Eglise établie. M. Moncnre Conway, qui, Jui-méme un des convives, a décrit ce banquet avec beaucoup d'humour dans un article adressé À l'indearde Boston (numéro du 15 juin I8S2], remarque, ft Juste titre, que ce banquet marquait toute une évolution .
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80 MOCVEMEHT »U PR0TESTAST18ME ORTHODOXE
science afin de satisfaire aux exigences prétendues de la Bible. »
Le temps n'esf plus où l'on croyait tout sauvé quand on avait traduit par périodes géologiques les « jours » de la genèse, explique la prétendue antériorité de la lumière sur le soleil par l'épaisseur des vapeurs atmosphériques durant les premiers âges de la terre, et interprété, comme des allégories d'une haute moralité, les passages les plus scabreux de l'Ancien Testament. Le D'' Arnold déclarait déjà qu'il y avait de la poésie dans les premières époques de l'histoire sacrée, et aujourd'hui il est peu de théologiens renommés dans l'Ëglise anglicane qui ne regardent les textes de la Bible comme le fruit d'une inspiration, assurément divine dans sa source, mais enregistrée par des interprètes humains et, dès lors, &illibles.
Ainsi l'évêque qui présidait le récent congrès anglican tenu à Melbourne, en Australie, s'est exprimé en ces termes dans son discours d'inauguration : « Nous devons chercher et dire toute la vérité à propos de la Bible et ne pas justi6er cette accusation des infidèles qui nous reprochent de ne pas admetlre qu'il y ait un élément humain dans les livres saints '. » De là à envisager les livres sacrés du christianisme comme une œuvre supérieure en qualité, mais identique en nature aux littératures religieuses des autres peuples, il n'y a plus qu'un pas, facile à franchir pour une école qui regarde comme un fait natiirel et général l'incarnation de l'élément divin dans la conscience individuelle.
> Timea du 4 janvier 1883.
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