‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 32 sur 135 · LA CRITIQUE BIBLIQUE ET L UMTARISHE · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE BIBLIQUE ET L UMTARISHE

nions philosophiques représentées dans la théologie unitaire, depuis un socinianisœe semi-orthodoxe jusqu'aux confins de la religion de l'Humanité selon l'évangile de Comte.

On peut se demander si les progrès de cette évolution n'ont pas développé les symptômes de relâchement et de lassitude déjà signalés dans la ferveur religieuse de l'unitarisme il y a un tiers de siècle, c'est-à-dire à une époque où la masse des unitaires partageait encore la croyance à l'infaillibilité de la Bible et aux pouvoirs miraculeux du Christ. Pour répondre à cette question, je citerai un passage de la conférence faite, le 14 juin 1883, devant les membres delaWesternUn!on,parleRév.A. Armstrong'. Après avoir constaté que les progrès de l'exégèse biblique en Angleterre, depuis vingt-cinq ans, ont dépouillé de toute auréole surnaturelle les origines et les documents du christianisme, il fait observer qu'à première vue ce travail de critique eût dû achever de ruiner l'impartance encore accordée, parmi les unitaires, aux récits de la Bible et au personnage du Christ. Cependant, ajoute-t-il, ces prévisions pessimistes ont été complètement démenties par les faits :

Ce n'est pas une dœtruction, mais une reconstruction qui a été le produit de cette fermentation. La Bible n'intéreesait plus, parce qu'on avait cessé de sentir l'accent de ia vérité dans nos façons de l'interpréter. Mais aujourd'hui nous avons regardé la situation en face. Nous avons assisté à la croissance de cette merveilleuse littérature qu'autrefois nous ne compre-

ï R. A, AumaoNQ, Sopes and Dangers of English Unilarianism,

conférence reproduite dans l'Inguirer du 30 juin 1883.

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lis L I3NITARISHE ANGLAIS

nions pas... Ainsi la Bible est devenue la plus intéressante des histoires. Nous sentons que Dieu s'y meut d*un bout à l'autre ; nous y apprenons comment, à travers l'erreur, l'extravagance, le péché, îl fait l'éducation humanitaire des nations. Nous n'appelons plus la Bible une Révélation surnaturelle; nous ne lui accordons plus d'infaillibilité réelle ou supposée. Mais nous l'aimons, parce que nous y découvrons une source d'eaux pures qui nous abreuve de vérités éternelles. De même le Christ avait perdu son ascendant sur nous et, quand vint l'heure de la critique, on aurait pu croire qu'il allait se dissiper dans les airs, pour ne nous laisser que la figure imaginaire d'un personnï^e mythique. Or, qu'est-il arrivé? Il est vrai que nous avons dû renoncer à plus d'un vieux mot, trop artificiel et trop technique pour notre âge. Il est vrai que nous ne mettons plus le Christ entre son Père et nous. Nombre d'entre nous se refusent à admettre qu'il soit entré dans le monde autrement que comme tous les enfants de parents honorables et affectionnés, — qu'Hérode ou les Mages se soient en rien préoccupés de sa naissance ; — que la mer de Galilée ait jamais été apaisée par la vertu magique de sa parole; — que des flots quelconques l'aient jamais porté comme un fantôme sur leur surface mobile; — que son pauvre corps mutilé, une fois mort, ait jamais tressailli d'un frisson de vie; — enfin, que son esprit ait trouvé accès au sein de Dieu, si ce n'est comme les âmes de tous ceux qui ont aimé, qui se sont dévoués et qui sont bravement tombés àleur poste. — Non 1 pour nous, il reste entièrement humain et nous voyons comment toutes ces légendes sont sorties de l'amour et de l'admiration de ses disciples. Mais c'est précisément pour cette raison qu'il est devenu à nos yeux un Jésus réel, vivant, transparent, fort et beau. Nous le sentons si complètement notre frère ! Nous le voyons, enfant, à son heureux foyer, — adolescent, attentif à la parole austère, extraordinaire, inspiratrice, qui venait du Jourdain, — homme, aspirant, au milieu de toute l'activité de son apostolat, k ua moment de prière dans la solitude de la montagne. Nous

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pouvons compreodre sou bonheur à secourir ou à consoler les pauvres et les femmes, sa tristesse devant la perversité de tant d'intelligences, son merveilleux concours de force et de tendresse, d'indomptable volonté et de séduisante douceur, d'élan passionné et de calme imperturbable; puis, la descente graduelle des ténèbres qui marquent la fin de sa carrière, et finalement sa mort solitaire, héroïque, saiote. Et nous pouvons prendre cet honune pour type et pour modèle de ce que l'humanité a jamais produit de plus sympathique et de plus noble; et noua pouvons l'aimer avec tout notre cœur et toute notre âme.

N'eût été la critique, n'eût été l'impitoyable et minutieuse analyse scientifique qui semblait si destructive et si mortelle, nous nous serions de plus en plus écartés du Christ; les problèmes historiques et philosophiques restés sans solution se seraient enfoncés comme un coin entre lui et nous. Nous n'aurions plus de Christ, et le christianisme ne serait désormais qu'un vain mot '.

On conçoit que, dans ces conditions, les unitaires, de même que les membres de l'Église large et les protestants libéraux du continent, aient pris une p;<rt considérable aux progrès de l'exégèse biblique. C'est noteimment un ministre unitaire de Londres, le Fév. P. H. Wicksteed, qui a vulgarisé en Angleterre les principaux travaux de l'école dite du protestantisme moderne, représentée avec tant d'éclat par le professeur Kuenen et ses collaborateurs de l'universi;é de Leyde.

Les formes du culte offrent chez les unitaires la même diversité que les opinions théologiques. Chaque

' Cest. BUfoni1,lamâme théae qne M. Ernest Renan soutenait naguère daaa sa remarqaable confârence & ta Soclâtâ des Ëtudes Juivea. (V. la Revue politique et littéraire du 2Juiu 1883, page 693.)

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congrégation organise ses offices à sa guise ou suivant lesprédilectiottsde son ministre, h' UrUtarian .4lmanac de 1883 renseigne l'existence de vingt-cinq liturgies qui ont cours dans l'unitarisme, sans compter les innovations de quelques congrégations isolées. Plusieurs de ces formulaires parlent le langage du pur théisme ; d'autres emploient encore la vieille phraséologie surnaturaliste. Le plus répandu est le Book of Common Prayer fer Christian Worahip, composé par le D"' J . Martineau. On y trouve dix formulaires de service divin — un rituel pour le baplême, la confirmation et l'ordination — des prières pour les malades et les marins en danger, pour le rétablissement de la paix, pour la Reine, la famille royale, l'Église, le Parlement, etc. Une partie de ces cérémonies ne sont plus guère en usage dans l'unitarisme; mais leur maintien dans ce rituel s'explique par la façon dont il a été composé, — l'auteur s'étant borné à supprimer de la liturgie anglicane tout ce qui comportait une signification trinitaire ou dogmatique — et peut-être aussi par l'arrière-pensée que, de la sorte, on poiurait en faire usage parmi les congrégations orthodoxes en voie do transformation.

Le rituel du IK Martineau est actuellement employé dans plus de deux cents congrégations unitaires qui, toutefois, ne se font pas faute de le modifier à leur gré. Du reste, dans une édition récente, l'auteur — qui n'a jamais hésité à marcher avec son siècle et qui, sous ce rapport, personnifie admiredtlement l'évolution unitaire des temps modernes — a retranché tous les passages relatif à ce qu'il nomme désormais

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