II. Un culte, privé et public, rendu à Dieu
III. Une vie de joie et de gratitude s'affîrmant par de bonnes actions.
Quelque empressement qu'eût mis M. Voysey à faire ressortir sa distinction des dojfmes, qui sont nécessairement immuables i ar nature, et des croyances,
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^ui restent ouvertes à tous les progrès, cette adoption officielle du théisme, attribuant à la coDgrégation des vues qui étaient restées jusque-là personnelles au ministre, devait forcément en écarter les éléments sécularistes et agnostiques qui avaient soutenu M. Voysey dans sa lutte contre l'Ëglise anglicane, mais qui n'entendaient nullement accepter sa profession de foi. A quoi il faut ajouter que M. Voysey ne se gêne ptw plus pour frapper à gauche qu'à droite, et que, contrairement aux habitudes de l'unilarisme, où l'on s'efforce d'éviter les polémiques doctrinales, il consacre un grand nombre de ses sermons à réfuler tantôt les défenseurs de l'orthodoxie, tantôt les apologistes de l'incrédulité. Toutefois, les vides qu'il a ainsi provoqués parmi les adhérents originaires de son mouvement ont été, paraît-if, rapidement comblés par l'accession d'éléments nouveaux, et je dois constater que, lors d'une nouvelle visité, en 1888, j'ai cru remarquer parmi les assistants beaucoup plus d'attention et de ferveur que huit années auparavant. Ce n'est pas la seule crise qu'ait eu à traverser la congrégation théiste. Un beau matin, elle trouva les portes de sa salle fermées. Une congr^ation évangéliqiie s'était subrepticement entendue avec le propriétaire de St-Georç;e's Hall, sur le principe que l'argent n'a pas de culte, pour consacrer au Dieu de Calvin et deWesley cet antre d'infidèles qui faisait scandale dans le monde dévot. M. Voysey trouva heureusement à s'installer dans un local du voisinage, au Laugham Hall, qu'il occupe encore aujourd'hui. D'après les renseignements qu'il a bien voulu me fournir, la
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LES « RËFORMATEUHS RELICIEUX lNDÉPENDi»TS ». 133
coDgri^gation compte actuellement de 5 à 600 membres, souscripteurs ou adhérents. Ed onze années, les cotisations, en dehors du building fundf y ont produit plus de 1,300 livres sterling (385,000 francs). Ses charités ont dépassé 27,500,000 francs. Elle n'a pas d'oigane spécial dans la presse. Mais elle fait imprimer chaque semaine les sermons de M. Voysey et les répand largement dans le puhlic. Le nombre total des brochures distribuées par ses soins a atteint récemment 450,000 '.
En résumé, la congr^ation de M. Voysey a victorieusement traversé les principales épreuves inliér^ites aux débuts de toute Église nouvelle, et il est probable que même la disparition de son fondateur n'amènerait plus aujourd'hui la dispersion de ses membres. Si, comme tout permet de l'espérer, elle arrive à réunir les fonds nécessaires pour se bâtir une église au cœur de Londres, cette expérience sera une réponse décisive à ceux qui contestent de nos jours la possibilité d'établir un culte sérieux sur les simples formules du théisme.
Il y a quelques années, je visitais à Londres une autre congrégation théiste, aujourd'hui disparue, — r^^ire libre {Free Ckurch), organisée dans Newmnn street, par la Society of Independent Religions Reformera. Néanmoins, ici encore le titre pompeux d'Eglise libre ne décorait qu'un music hall de forme rectangulaire, avec une scène, un parterre et une galerie
' V. Our Aims, Principles and Béliefs, eleventh anDiTersary aermon, preacbed at Langham Hall, Cet. 1*^ 188S, b; Rev. Charles Votsbt.
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circulaire. Un imprimé qu'on me remit à l'entrée portait d"xm côté le titre des sermons annoncés pour chaque dimanche du mois, de l'autre les statuts fondamentaux des Réformateurs religieux indépendants . - Ils s'y donnaient pour objet : « 1" de réunir les personnes désireuses de cultiver le senfiment religieux dans une forme dépouillée de tout esprit dogmatique, de toute intolérance sectaire, de tout ferment sacerdotal; 2° de découvrir et de fornauler les vérités conformes aux lois de la nature, a^lx progrès des intelligences et aux vies des hommes de bien, dans tous les temps et dans tous les pays; 3° de remplir leurs devoirs religieux envers la régénération de la société en coopérant aux efforts de toute association organisée pour abolir la superstition, l'ignorance, l'intempérance, l'inégalité politique ou tout autre des maux nombreux qui aflÛigent actuellement la société ». -^ Toute personne, « mâle ou femelle », désireuse de concourir à ces divers objets, pouvait faire partie de la société sans avoir à signer aucune profession de foi, pourvu qu'elle s'engageât à payer une cotisation d'au moins 25 francs par an.
L'office se composait, comme partout, d'hymnes entremêlés de prières « au Dieu qui lit dans les cœurs » et relevés par une lecture ainsi que par uâ sermon ou discourse. Le sermon auquel j'assistai avait pour titre : « les Moyens et la gloire de répandre la connaissance de la religion » . L'orateur y parla un peu de tout, et insista particulièrement sur l'erreur des missionnaires chrétiens qui traitent en idolâlres, sinon en sauvages, des pejiples fort avancés dans la
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LES « HUMANETARIENS » 13Sl
connaissance de Dieu, au lieu de se présenter, conarae saint Paul aux Athéniens, avec la simple prétention dç compléter les notions de leurs auditeurs sur l'Être suprême et sur l'âme immortelle. Le ton restait malheureusement un peu monotone et doctocal, sans compter que la prédication ne s'élevait guère au-, dessus d'une critique historique. Malgré les intermèdes^ de chants, je mè serais cru à un cours d'exégèse, à une conférence sur l'histoire des religions, plutôt qu'à la célébration d'un culte, même purement théiste. J'ajouterai que l'assistance ne prenait aucune part àl'oflBce;. qu'elle restait continuellement fissise, ne se joignant pas même au chœur du bout des lèvres et qu'elle n'avait recours àaucun rituel pour suivre les phases de la cérémonie. Ainsi s'explique l'insuccès dé cette congrégation qui, par ses principes, se rattachait évidemment de si près à l'Église du Rév. Ch. Voysey. Il faut observer aussi que M. Voysey est arrivé à l'organisation de son culte parle développement continu et logique de sa vocation spirituelle, tandis que l'Église libre des Réformateurs religieux indépendants attestait incontestablement l'inertie et la raideur des cultes imaginés à froid.
Parmi les associations théistes de Londres, il convient encore de mentionner, ùe fût-ce que pour mémoire, la société des humanitariens. Un dimanche de 1875, comme je gravissais la côte de Penlonville pomme rendre à la charmante chapelle unitaire d'Islington, Uuity Church, je passai devant le hall de Claremont, où une affiche annonçait une série de confé-
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rences données par la Humanitarian Society. Parmiles noms des conférenciers, il s'en trouvait plusieurs qui dénotaient une origine juive, germanique 'et même slave. Les sujets à traiter étaient des plus variés, depuis « la religion de Dieu » jusqu'à « la condition sociale des aveugles ». Assez intrigué, je m'engageai dans un couloir obscur, à la suite de deux jeunes gens qui conversaient en allemand, et je pénétrai dans une large salle remplie de bancs, où une vingtaine de personnes étaient assises fort à l'aise. A côté d'une eslrade destinée à l'opateur se trouvait l'inévitable piano, qui frémissait déjà sous les doigts d'une jeune personne vêtue de noir. L'heure s'avançait. Un second air succéda au premier, puis un troisième, sans que rien décelât l'approche du conférencier. De guerre lasse, je finis par perdre patience et par battre en retraite, mais non sans qu'un respectable vieillard, placé près de la porte, m'eât glissé entre les mains une brochure portant ces en-tête alléchants : L'/éye de la Lumière — Le Dieu de la Nature — -Les mariages humanitariens — Quinze points de la Religion de Dieu, etc.
Quel ne fut pas mon étonnement de retrouver, sous les théories préchées dans ce muste hall de Pentonville, le système de Pierre Leroux, qui prétendait dégager de la philosophie païenne et même chrétienne la croyance à une transmigration des âmes dans les limites de l'humanité terrestre I Les humanitariens confinent peut-être davantage au panthéisme, en ce qu'ils définissent Dieu un être éternel et indivisible, dont l'essence pénètre tout l'univers sous la double forme
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H. 1. KASPARY 187
de fnatière et d'esprit; mais leur théorie sur l'âme reproduit exactement les hypothèses du réformateur français- Outré l'exposé de la « religiou de Dieu », la brochure contenait des dissertations et des controverses assez curieuses; — une profession de foi qu'il suffisait de signer « consciencieusement » pour acquérir « le titre et les droits d'humanitarien » — quelques paroles de gratitude enversle « Dieu de la nature», intitulées : Prière des humanitariens, — des extraits de conférences en plein air « surpassant et remplaçant {superior to and supersedin(f) les quatre premiers chapitres du Nouveau Testament, ainsi que le Sermon sur la montagne », — enfin, des rites pour la « soleunisation humanitaire du mariage » . Il parait que ces rites ont été appliqués pour la première fois, en 1873, à l'union de M. Joachim Kaspary, le principal apôtre, avec la fille du fondateur de la secte. Seulement, comme la législation civile, qui n'est pas encore « humanitarianisée », ne reconntdt pas les mariages célébrés daus leur temple de Glareraont Hall, force fat aux conjoints d'emprunter pour la cérémonie une chapelle indépendante, dont le ministre, M. Moncure Conway, a pu f e metfre en règle avec la loi.
Je croyais l'hiimanitarianisme disparu depuis longtemps, lorsque, dans l'été de 1882, je l'ai retrouvé établi au centre de Londres, dans une maison de Castle Street, où M. Kaspary, devenu par héritage le chef de la secte, a construit, dans l'arrière-cour, un petit temple en planches pouvant contenir une soixantaine de sièges. L'office m'a paru simplifié par la sup-
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pression du piaoo et, cette fois, il commeoça à l'hetire ponciuelle. Tout s'y borna, du reste, à une conférence apologétique et à une prière improvisée par M. Kaspary, avec xm intermède de M** Kaspary, qui monta sur l'estrade pour donner lecture des « quinze préceptes de la Religion des humanitariens ». L'auditoire, peu nombreux, était exclusivement masculin.
Cependant, les humanitariens continuent leur apostolat avec une énergie qui lémoigne de leur sincérité, joignant chaque semaine à leur office du dimanche des prêches en plein air — l'été, dans Regent's Park — . l'hiver, sous les arches du pont de Chelsea. Ils font, en outre, annoncer leurs conférences de CasUe street dans le Daily ISews du samedi, et ils distribuent d'innombrables tracts, gratuitement ou à prix réduit.
Le plus étrange, ce n'est pas qu'un individu invente ou formule des systèmes aussi hypothétiques que l'humanitarianisme, mais qu'il se trouve des gens pour le croire, le suivre et le seconder. Jusqu'ici, à vrai dire, — sauf pour le mariage des adeptes, — la prédication des humanitariens a constitué l'unique maDifestation de leur foi; mais nul doute qu'ils ne développent leur rituel à mesure que le besnin s'en fera sentir. On ne peut nier que nous n'assistions là au véritable enfantement d'une religion nouvelle. Si elle ne succombait pas dans cette période embryonnaire qu'on pourrait appeler sa phase métaphysique, on peut prévoir, d'après sa tendance à dogmatiser, qu'elle ne tarderait pas à se transformer en un culte positif, avec un cortège obligatoire de pratiques spontanées ou réfléchies, siuon avec toute une théologie basée sur
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