‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 42 sur 135 · JUIFS ET THÉISTES · texte numérisé non relu

JUIFS ET THÉISTES

mortalité de l'àme, enBn l'élection divine d'Israël, en ce sens que le peuple juif s'est trouvé divinement iuvesti d'une mission religieuse spéciale, encore inachevée aujourd'hui ». D'autre part, les réformés rejettent l'autorité du Talmud, l'intaillibilité littérale de la Bible, y compris le Pentateuque, la croyance à la venue du Messie et à la restauration du royaume juif en Palestine. Tout en estimant que la Bible contient la source et l'essence du judaïsme, ils ajoutent qu'elle ne le renferme plus tout entier, et ils n'ont aucune répugnance à accepter les solutions même les plus radicales de l'exégèse coatemporaine. Quant aux pratiques, ils déclarent rejeter — à l'exception de la circoncision, qu'ils se bornent à rendre facultative pour les convertis^ — toutes les prescriptions rilualistes, sanitaires et sociales qui n'ont pas une signification exclusivement religieuse, ainsi que les lois juives relatives aux mariages et les règles concernant les lévites. Enfin, ils ont introduit dans la synagt^ue l'usage de la langue vulgaire et supprimé la plupart des fêtes qui avaient une origine purement nationale '. Dans ces conditions, on peut se demander si le judaïsmen'estpasen étatd'offifir aux théistes d'origine chrétienne le « point de rdlUement » historique que miss F. Power Cobbe déclare leur faire encore défaut. Mais il faut observer que la Réformâtion juive est encore en voie de transition, sinon dans ses dogmes.

> Les Juira réformés de Londres ont leur principale synagogue dans Berkeley street. C'est un vaste édifice de style bj'za.ntin, pouvant contenir uo millier de personnes et construit, il ; a une dizaine d'aunées, pour la somme da 500,000 Trancs.

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142 GONGRËGATIONS RATIONALISTES NON CHRËTIENKES

du moins dans ses pratiques. La prescription de l'ancienue loi qui répugne le plus à nos mœurs, la circoncision, est précisément l'institution qu'ils semblent avoir le plus de peine àabolir complètement. L'emploi de l'hébreu n'a pas entièrement disparu du rituel. L'Ancien Testament reste le livre religieux par excel- Ipnce, le seul dont il soit fait usage dans les services de la synagogue. Enfin, M. Montefiore lui-même déclare que la réforme, tout en tendant à la constitution d'une religion universaliste pour la forme comme pour le fond, entend rester un développement historique du judaïsme primitif.

On voit dès lorsque lejudaïsme réformé occupe simplement, vis-à-vis de l'ancien judaïsme, la position de l'unifarismeou même de l'Eglise lai^e vis-à-vis des communions protestantes, restées fidèles à la théologie orthodoxe. Toutefois, comme le fait observer miss Cobbc, si cette réforme continue à s'étendre,— et cet'e extension sembleêtre pour lejudaïsme une question de vie ou de mort, — il est incontestable qu'elle fournira un pui.'^sant auxiliaire aux théistes chrétiens ou d'origine chrétienne, etmêmeqii'elle pourra exercerune sérieuse influence sur les destinées religieuses de la société contemporaine '.

La simple croyance en Dieu est encore un dogme, pour peu qu'on définisse les attributs de l'Être divin

1 MÎBS Cobbe rapporte ce fait curieux qu'à Manchester, une vingtaiDe déjeunes filles appartenant à des famillea unitaii'es ont épouaé des Juifs, adopta le Judaïsme et mâme pris une part active aux a&iras ds la aynagogue. {V. son article. Progressive Judaïsm, dana la Conlemporary Jîeefno de novembre 1882.)

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H. MOnCURE-D. CONWAV 143

et qu'on fasse de cette définition le credo d'une Église quelconque. Or, si l'on admet que le culte est une pure affaire de sentiment, non de raison ni de foi, il faudra le dégager de toute formule positive, si simple et si large qu'elle puisse être. Partant de ce principe, un Américain avantageusement connu dans la littérature anglaise, M. Moncure D. Conway, dirige, depuis une vingtaiue d'années, une Église ouverte à tous ceux qui veulent satisfaire leurs aspirations religieuses sans distinction de croyances théologiques ou métaphysiques, — sons cette seule condition qu'ils n'érigent pas en dogme la nou-existence de Dieu. Une pareille conception embrasse non seulement les théistes de toutes les écoles, mais encore les panthéistes, les positivistes à la façon de John Stnsrt Mill, et tous les sceptiques qui refusent de se prononcer sur la réalité d'un Être supérieur. Je n'oserais affirmer que des matérialistes ne puisseut y trouver place, puisqu'il n'y a d'exclus que les athées proprement dits. M. Conway, qui ne prend le litre ni de révérend, ni même de docteup, est un gentleman d'une cinquantaine d'années, grand, mnigre, d'aspect robuste, à la barbe grisonnante, à l'œil vif et mobile, décelant son origine américaine par l'ensemble de sa physionomie. Né en Vii^iuie d'une famille de planteurs quia joué un rôle dans l'histoire des États-Unis, il fut élevé dans la communion de ces méthodistes qui, chaque printemps, se réunissent pour former les camps religieux si bien décrits par Bret Harte dans ses récits de mœurs américaines. Lui-même, d'ailleurs, nous retrace, dans un de ses sermons, Revivaltsm, un tableau émouvant

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lil CONGREGATIONS R&TlOKAUSTli^S NON CHRÉTIENNES

des scènes religieuses qui enviroonèrent son eofance et des efforts inutiles qu'il tenta pour partager la surexcitation mentale de son premier entourage. Resté fîdèle à l'Union, lors de la guerre civile, il se retira avec sa jeune femme dans l'État de l'Ohio, où il organisa en communauté libre les esclaves de son père qui avaient fui la Virçinie ; puis il passa en Angleterre, pour y défendre, près du public anglais, par la parole et par la plume, la cause fédérale, qui semblait rencontrer chaque jour plus d'hostilité chez le gouvernement britannique. Au cours de cette campagne, il eut l'occasion de se faire entendre plusieurs fois à la chapelle de South Place, où William Fox arail longtemps exercé les fonctions de ministre. — Willieim Fox était un ministre unitaire qui prit une part brillante, pendant le second tiers de ce siècle, aux joutes parlementaires des Bright et des Cobden. M. Guizot a cité ses discours comme des modèles d'éloquence politique . Fox n'était pas moins avancé dans ses opinions religieuses; il fut, en effet, un des premiers ministres unilaires qui rompirent ouvertement avec le surnaturel et, tout en gardant le titre de chrétien, il resta désormais à l'écart de l'unitarisme. Malheureusement, quand l'âge l'eut forcé à prendre sa retraite, sa congrégation ne put trouver de prédicateur dans la même nuance d'opinions et elle allait peut-être se dissoudre, lorsqu'au commencement de 1864, elle mit la main sur M. Moncure Conway.

Sous la direction du jeune Américain, elle ne tarda pas à reprendre sa cohésion et son éclat, mais non sans poursuivre l'évolution, qui, avec Fox, l'avait fait

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