CONCILIATION DE SPENCER ET BE COMTE
général du bonheur individuel et qu'il voit dans ce dernier le mobile direct ou indirect de tous les actes ; d'où cette coDclusion que le devoir est une illusion et l'esprit de sacrifice une duperie. Les positivistes, au contraire, placent en première ligne la nécessité de poursuivre le bonheur général, dont le bonheur individuel n'est à leurs yeux qu'une conséquence et un corollaire. Sous ce rapport, nul peut-être, mieux que M. Harrison, n'a saisi, dans la morale de Spencer, le défaut de la cuirasse : « Un Pouvoir, dit-il, qui a pour mission de nous réconforter, de nous contrôler, de nous unir— et tout Pouvoir quidoit exercer sur nous une influence religieuse doit nous réconforter, nous contrôler et nous unir — , ne peut être qu'un Pouvoir conçu comme apparenté à nos âmes humaines, un Pouvoir moral et non physique, un Pouvoir sympathisaut, agissant, vivant, non un groupe de phénomènes ou une loi de la matière... Il est aussi difficile de faire sortir la vertu d'une théorie sur la persistance de la force que de nourrir un enfant avec la loi des binômes ^ »
Je dois, toutefois, signaler une tentative pour unifier, dans la même conception religieuse, l'Inconnaissable d'Herbert Spencer et le Grand-Être d'Auguste Comte. Bien qu'elle soit l'œuvre d'un positiviste amé-
' Paniheiam and C'osmie BtnoHon,dttaa\st Nineteenlh Century d''août 1861. — Parmi les positivistes du continent, notamment dans l'école de Littré, la philosophie da M. Spencer est traitée bien pins durement encore, nii ans après la publication de l'artlole oii M. Laugel dépeignait Spencer, dans la Revue des Dews Mondes, comme se résignant h l'obacarité et  la pauvreté, par attachement ponr des spéculations Impopnlairee, la Revue positine, de Paris, raccosait ■ d'avoir tourné le dos à l'immortel Stnart Mill, pour sacriAer nu veau d'or, source de tonte popularité, en compagnie de Darwin, Lubbock, Tyndall, Huxley •. {Le transformisme devant U positivisme, dans la Revue positive de janvier-février 1875.)
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m LE COMTISME ET LE SËCULARISME
l'icain, M. William Frey, je crois préférable de la résumer ici, parce qu'il serait impossible de mieux conclure cet exposé du positivisme en général et du comtisme en particulier.
Dans une étude publiée par Vln'hx du 8 août 1882, M. Frey établit, avec une grande puissance de raisonnement et une véritable hauteur de vues, que la source principale de nos sentiments religieux se trouve dans notre dépendance de l'univers. Mais, ce Pouvoir mystérieux dont il se sent dépendre, l'homme a toujours éprouvé le besoin de le représenter sous des formes concrètes, tangibles, humaines. Bien que l'idée de l'infini, comme le démontre M. Spencer, se soit graduellement dégagée de tous ses attributs antbropomorphiques, pour aboutir à la notion indéterminée de l'Inconnaissable, on doit reconnaître que l'importance de l'élément humain dans l'objet du culte, non seulement n'a pas diminué, mais a même augmenté, à mesure que la conception de la divinité devenait plus vague; seulement les hommes ont reporté sur des médiateurs les attributs enlevés à l'Inconnaissable, ainsi que l'attestent la formation et le développement des grandes religions les plus récentes.
Herbert Spencer accepte la nécessité de représenter l'Infini sous une forme concrète ; tout ce qu'ilde mande, c'est que cette forme soit tenue pour un symbole « sans ressemblance aucune avec ce dont il tient la place i>. Mais, se demande M. Frey, quel est le symbole de ce genre susceptible d'éveiller en nous les sympathies qui jouent un rôle si prépondérant dans le caractère complexe du sentiment religieux? « Le
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