‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 51 sur 135 · CONCILUTION DE COMTE ET DE SPENCER · texte numérisé non relu

CONCILUTION DE COMTE ET DE SPENCER

S est de mesurer les autres à leur propre taille et de s'imagiaer tout le monde en possession d'une nature suffisamment droite et forte pour découvrir et réaliser le bien en foute circonstance. Or, la moralité a toujours reposé, non sur des formules abstraites, mais sur quelque chose de concret et de tangible, supérieur à l'individu, en même temps que susceptible de séduire le cœur et de le contraindre à la perfection » . Sans doute, beaucoup d'hommes remplissent inconsciemment leur devoir vis-à-vis du grand Être, en faisant le bien, au lieu de le prêcher seulement. L'acceptation de la religion que préconise M. Frey ne changera rien à leur conduite; elle ne fera que leur donner un stimulant nouveau et leur assurer un ascendant irrésistible, en ajoutant aux séductions de la bonté naturelle l'attrait d'une philosophie solide, rationnelle et ennoblissante.

En résumé, conclut M. Frey, « la religion de l'humanité est la seule forme d'agnosticisme qui puisse résister à tous les assauts des sceptiques et poursuivre la tâche des anciens cultes. On peut s'y rallier sans aucune crainte. Elle représentera toujours une incarnation du progrès, puisque, basée sur la science, elle n'a pas de dogmes stationnaires qui puissent recevoir un démenti de l'avenir. Elle est le seul port assuré pour ceux qu'ont également lassés les divagations métaphysiques de l'idéalisme et les arguments sophistiqués de l'égoïsme. Sous sa bannière se rallieront tous ceux qui sont à la recherche de la vraie religion, qui, en notre âge de dollars, aspirent à une nourriture spirituelle et qui savent par expérience combien sont

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futiles les réformes les mieux combinées, quand elles ne sont pas illuminées et sanctifiées par le sentiment religieux. »

Il est vraisemblable que si la religion de l'humanité est destinée à s'étendre, ce sera sous la forme indiquée par M. W. Frey . Déjà — sauf le formalisme comliste — c'est la religion à la fois pratique et élevée qu'on professe chez M. Moncure Couway, ainsi que parmi un certain nombre de congrégations unitaires. Dans les termes où elle est présentée par le positiviste américain, elle répond à une double tendance de l'esprit moderne : d'une part, l'aspiration à une certitude qui, dans l'ordre spirituel, ferme l'ère des controverses métaphysiques; d'autre part, le désir de diriger l'activité religieuse vers l'amélioration individuelle et sociale du genre humain.

On vient de voir — après un culte qui rend facultative la croyance en Dieu — un autre culte qui la supprime de la façon la plus formelle. En voici un troisième — si culte il y a — qui, celte fois, proscrit jusqu'au sentiment religieux. Je veux parler du sécularùme, qui, il est vrai, s'est donné une liturgie pour toutes les circonstances solennelles de l'existence, mais qui s'abstient de chercher son point d'a^ipui dans le sentiment, c'est-à-dire dans ces facultés émotionnelles et affectives où les positivistes eux-mêmes vont puiser l'élément essentiel de la religion.

Le«ec«forwm«tendàconcentrer l'activité del'homme sur les choses de ce monde qui peuvent être contrôlées par l'expérience. Il part de ce principe que nous ne

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pouvons rien savoir sur l'existence de Dieu et la réalité d'une vie future; en conséquence, il refuse de s'en occuper, soit pour les aflBrmer, soit pour les combattre. Le but qu'il assigne à la vie, c'est le bonheur individuel, que, du reste, il ne sépare pas du bonheuir général. Mais ce double objet ne peut s'atteindre que par l'effort bumain basé sur la science et l'expérience; il exige, en premier lieu, la liberté de penser la plus absolue, en second lieu, l'emploi de cette liberté à la recherche de la vérité dans la sphère de l'observation sensible. Toute spéculation qui s'écarte de ce terrain est déclarée oiseuse et, par conséquent, nuisible.

Cette doctrine essentiellement utilitaire se retrouve, surtoutàl'étatdetendance, chez la plupart des nations contemporaines. Mais nulle part, que je sache, sauf en Angleterre, on n'a prétendu en faire une religion. Ce furent les deux frères Holyoake qui donnèrent corps ausécularisme,versl846, en fondant XaNational Secular Society, destinée à devenir un centre de groupement et de propagande. Mais cette associalion, qui a pour organe le National Reformer de M. Bradlaugh, finit par se laisser compromettre dans les campagnes philosophiques, politiques et socialistes du fameux ^tateur, si bien qu'après la mortd'Austin Holyoake, en 1874, les chefs les plus renommés du séeularisme s'en allèrent fonder une société rivale, la British Secular Union sur les principes suivants :

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