EMERSON ET LA L0[ DU PROGRÈS
poésie, avec la joie d'une bacchante, prend par la main sa sœur plus grave, la science, et l'égayé de son rire immortel. »
On a prétendu que, chez Emerson, le poète avait nui au philosophe et que personne ne pourrait affirmer à quel système de philosophie il se rattachait. En réalilé, — comme l'a démontré, peu de temps après sa mort, le Rév. Heber Newton, dans une oraison fuoèbre qui fît sensation à New- York, — Emerson a professé la philosophie et la religion de la nature, mais d'une nature idéalisée, et c'est là que se trouve le secret de son influence sur les générations contemporaines.
Non seulement il admet la continuité du développement universel qui, « après avoir traversé des formes de plus en plus belles, hautes et nobles, projette dans nos rêves et dans nos aspirations l'esquisse de l'homme futur », ainsi que l'unité de la Nature, à laquelle il fait dire par la bouche du Sphinx : « Qui peut révéler un de mes secrets est mtùtre de tout ce que je suis. » Mais encore, franchissant la sphère de l'observation scientifique, il entrevoit l'essence des choses comme une force spirituelle : « La Nature est l'incarnation d'une pensée... Le monde est de l'esprit précipité, » et il proclame l'identité de cette force avec la loi morale révélée dans la conscience de l'homme : a Ce caractère éthique pénètre si bien les os et la moelle de la nature, qu'il semble le but pour lequel elle est ftiite. »
Le progrès moral n'est, du reste, à ses yeux, qu'une face du progrès universel : « Le sentiment moral
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