AGE DOR DU TRINSCENDANTALISHË S
d'Émerson, philosophe et poète, Bancroft portait les prioc'pes du (ronscendantalisme dans rhistoîre;'Suninep, dans le droit des gens; Alcott, dans la pédagogie; Whiltier, dans la poésie; Margarel FuUer, dans la critique. Oliver Wcndell Holmes se révélait comme hoinoriste; Prescott publiait son histoire de la conqui^te espagnole au Pérou et au Mexique; Hawlhorne metlait dans le roman sa puissance d'analyse psychologique ; H. W. Loiigfellow atteignait l'apogée de sa gloire . Enfin, le Massachusetts Irouvait, pour l'envoyer an .^éiiat de l'Union, Daniel Webster, le plus puissant orateur qu'aient produit les États-Unis. Je ne cite guère que les noms dont l'écho est parvenu en Europe. Mais à côté de ces illustrations, toute une armée d'écrivains, de conférenciers, d'orateurs apportaient leur contingent, soit aux publications littéraires et philosofjhiques qui se multipliaient à Bo.>^ton, soit aux diverses associations qui s'y développaient pour la propagtttion de la tempérance, pour l'émancipation de la femme, pour l'extension de l'enseignement populaire, pour la suppression de la guerre, pour la réforme des prisons et surtout pour l'abolition de l'esclavage.
Dans ces nombreuses « agitations » , il n'est pas difficile de constater la main du transcendantatisme, non seulement parce que les adeptes de cette philosophie . s'y trouvaient au premier rang, mais encore parce qu'elles étaient la conséquence directe et logique d'une doctrine attribuant à toute créature humaine les mêmes facultés et les mêmes droits. A cette influence se rattachent égsdemeut un certain nombre de tenta-
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S24 LE HOUVEUEHT TRAHSCENDAKTÀLISTE
tives plus OU moins heureuses, qui visaient à renouveler radicalementles principes deI'oi^;anisation sociale. Tantôt c'était Geoi^e Ripley qui dépensait sa fortune à organiser une communauté libre sur le principe de la coopération. Tantôt c'était Bronson Alcott qui, prétendant renoncer aux charges comme aux avantages de la société actuelle, se faisait mettre en prison pour refus de payer ses impôts. Toute cette fièvre de réformes n'était, du reste, pas confinée dans le rationalisme. Des WfeiVâ, exaltant jusqu'au délire la ferveur des différentes sectes, passaient comme une vague sur l'Amérique protestante, et la Nouvelle -Angleterre fournit sa quote-part aux exceutricités du spiritisme, ainsi que du libre-amour.
Néanmoins, ce qui donne 'à cette période un caractère fort rare dans les temps de fermentation religieuse et sociale, c'est que le relâchement des mœurs n''y coïncida pas avec l'activité des intelligences. Le calvinisme, en perdant son autorité dogmatique, avait laissé dans les esprits sa forte discipline morale. L'unitarisme avait introduit le libre examen en matière de croyances, et le transcendantalisme s'était borné à y joindre l'enthousiasme des grandes choses.
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CHAPHRE IX
La Religion libre et la Religion de l'éthiqae.
Mort da Parker ; sa prédiction suprême. — Déclin du transceadantaliame aux prises avec la nouvells philosophie scientifique.— Les deux «ailes- de l'unitarisme en 18B4. — Fondation de la National UnUariait Conférence. — M. Francis E.Abbot et «la bataille de Syracuse». — Fondaliou de la Free Religious Association en 1S6T. — Principes et objets de la Religion libre. — Congrégations qui ont adopté son programme a Dorchester, Providence, Florence, etc. — La première congrégation de New-Bedford. — La Setigion de féthique . — M. Félix Adler. — Philosophie de l'impératif catégorique. — Diatinetion entre le théisme et ses bases doctrinales. — Religion du Devoir. — La Society for Ethical Culture à New-York et à Chicago. — Ses oeuvres philanthropiques. — Rapprochements récents de l'unitarisme et de la Religion libre. — Répudiation de tout credo obligatoire par la Conrérence nationale des unitaires. — L'Ëgliee théiste du Rév. Schermerhorn à New York. — Émancipation des Ëgliaes unitaires dans l'Ouest. — La Religion libre chez les quakers progressistes et chez les spirites. — I^es F^'ei-Religiôse-Oemeinde. — Le judaïsme réforma en Amérique. — Caractère de plus en plus pratique de la religion aux États-Unis. — Tendances progressistes chez les épiscopaux, les méthodistes, les baptistes, les presbytériens, les congrégationaliates, etc. — Le Rév. H. Ward Beecher et l'Association des ministres congrégationalistes de Brooklyn. — Les catholiques des Etats-Unis.
Parker mourut en Italie, le 10 mai 1899, à la veille de la sécession qu'il avait probablement hâtée par l'énergie de sa propagande contre l'esclavage. On rapporte . qu'au moment d'expirer il murmura : « Il y a deux Parker maintenant : l'un est mourant en Italie ; l'autre a jeté de profondes racines en Amérique. Il vivra là-bas ; il y finira son œuvre. » La prédiction du mourant s'est réalisée, mais peut-être pas dans le sens qu'il y attachait. Parker vit plus que jamais aux États- Unis par l'ascendant qu'exerce sur les imaginations et
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236 BËLIGlOn LIBRE ET RELIGION DE l'ËTHIQUE
Slip les caractères l'exemple de son inflexible fidélité à ses convictions, de son amour passionné pour le vrai et le juste, de sa foi inébranlable dans la conciliation de la religion et du progrès. Mais quant à sa doctrine favorite, — sans admettre, avec certains de ses biographes les plus récents, qu'il mettrait aujourd'hui une égale ardeur à préconiser l'usage exclusif des méthodes expérimentales, — on doit reconnaître que la philosophie de l'intuition n'a point répondu aux dernières espérances de son prophète.
L'émancipation des esclaves fut le grand triomphe du transcendantaJisme, mais ce fut aussi le commencement de son déclin. Il devait une grande partie de sa popnbiritéà la tiédeur que presque toutes les Églises établies avaient mise h combattre le fléau de l'esclavage. Quand cette odieuse institution s'eiTondra dans la guerre civile, il perdit sa principale action sur une partie de ses adhérents. D'autre part, l'individualisme, qui était au fond de ses aspirations, fut toujours un obstacle sérieux à l'essor de sa propagande et au groupement de ses forces. Son but essentiel, suivant une expression de M. Samuel Johnson, était d'amener chaque individu à devenir une Église par lui-même, ce qui était condamner le principe même de toute organisation permanente sur le terrain religieux.
La plupart de ses interprètes ne rompirent jamais complètement avec l'unitarisme, qui avait servi de berceau à leurs doctrines, et, parmi les congrégations indépendantes que certains d'entre eux s'eiforcèrent de constituer à l'imitation de Parker, on en trouve peu qui eurent une longue durée. Enfin, il représen-
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RÉACTION DD SENSDALISHE CORTEHPORAIM 237
tait une réaction contre les exagérations de la méthode sensualiste, et, comme toutes les réactions, il dépassa le but. Non content d'affirmer l'importance de la psychol<^ie, la nécessité de recourir aux lois de l'intelligence pour expliquer l'origine de nos connaissances, l'aptitude de l'esprit à se former certaines notions qui ne peuvent être le produit exclusif de l'expérience sensible, l'existence d'une liberté morale et le caractère impératif du devoir, il avait prétendu trouver dans l'âme humaine une perception complète et infaillible de la vérité religieuse et morale.
Celait prêter le flaoc à un retour offensif du sensualisme le jour où celui-ci, fort des prodigieuses découvertes réalisées par les sciences d'observation, prétendrait fournir la synthèse de l'univers. L'arme qui avait assuré la victoire à l'école de Kant sur les partisans de Locke, .c'était la constatation, dans l'esprit humain, d'idées qui n'y avaient pas été introduites par l'expérience. Le néo-sensualisme de notre époque allait déplacer le terraio de la controverse, en expliquant la présence de ces notions à priori, par une transmission héréditaire des expériences accumulées dans le passé de la race, et, sous cette forme rajeunie, U devait se répandre d'autant plus rapidement aux États-Unis qu'il y arrivait directement dans les ouvrages de l'école scientifique aujourd'hui prédominante eu Angleterre.
On conçoit cependant que la revanche du sensualisme contemporain sur l'idéalisme de la génération précédente, si elle devait affaiblir l'autorité des transcendantalistes au sein de l'Église unitaire, ne devait
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