FORCE DE LA RELIGION POSITIVE
l'esprit humain, les vt'rités de l'expérience et les résulr tats de l'observation '. »
Toutes ces avaut-gardes des religions américaines ont été représentées simultanément ou à tour de rôle, dans le comité directeur de la Free Religions Association — les unitaires par les révérends Minot J. Savage, W. C. Gannett, John Weiss, John J. Saluent, etc., — les transcendantalistes par Emerson et le colonel Higginson — les quakers par Lucretia Mott, qui est morte l'an dernier, à l'âge de quatre-vingts ans — les spirites par M. Robert Dale Owen — les matérialistes allemands par M. Schunemann-Pott — les juifs réformés par le rabbin Isaac Wise, etc. — On voit, par cette véritable mosaïque d'opinions religieuses, jusqu'où s'étend l'action de la société. Ajoutons qu'à plusieurs reprises elle a reçu, par l'intermédiaire de Keshub Chunder Sen, les sympathies et les encouragements des brahmaïstes hindous.
Sans doute, les esprits positifs, qui n'ont ni le loisir ni le goût d'approfondir la question religieuse, — les conservateurs, qui, par défiance de l'inconnu, s'imposent de demeurer fidèles auS croyances de leurs pères
'Voici Tarticle !•' des statnta a<topt4s par V American SpiritualUt Association : ' L'objet de cette ossociatioD est d'âtudier le spiritisme dans Bel aspects, et dans ses applications scientifiques, philosopliiques et relifrienses— d'en propager les vôritéB à mesure qu'elles se révèlent — d'affirmer des principes élevés et purs dans toutes les questions essentiellea du dâvoir et de la vie pratique — enfin de cbercbar la meilleure cultare spirituelle et le développement le plus harmonique du caractère. > — t.a mdme document proclame l'indestructibitité de l'âme, la posBibilité d'entrer en communication avec les esprits par l'intermédiaire d'Individus priTilégiés, mais non infaillibles, l'universalité et l'immutabilité des lois naturelles, la nécessité de faire passer ta morale avant la foi, la conduite avant la croyance, enfin la continuité du progrès dans l'univers.
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2S0 RELIGION LIBRE ET RELIGIOR DE l'éTHIQUB
— les sceptiques, qui se bornent à voir dans le culte un élément de la vie sociale nécessaire à l'éducation de la jeunesse et à la célébration des solennités domestiques — en un mot, la grande majorité de la nation reste et restera longtemps encore attachée aux différentes formes du christianisme positiF. Sans être aussi estimées qu'aux siècles précédents, les fonctions ecclésiastiques Cgurent encore au premier rang des professions libérales. D'après le recensement de 1870, il existaitaux États-Unis 72,000 congrégations, soit 1 par Sâ9 habitants. L'ensemble de leurs biens était évalué à \ milliard 720,000 francs — sans compter les souscriptions annuelles. Dans les opulentes congrégations des grandes villes, il n'est pas rare de trouver des ministres qui louchent un salairede60 à7S,000 francs^. La proportion des fidèles n'a pas cessé de s'accroître, s'il faut en croire une statistique de M. Spears, d'après laquelle l'ensemble des églises américaines auraient compté, en 1773, 1 membre surl6 habitants; en 1792, 1 sur 18; en 1825, 1 sur 14; en 1853, 1 sur 7; en 1860, 1 sur 5; enfin, en 1875, presque 1 sur 2 *.
1 A Naw-Tork, les Râv. Dix et Potter (âplscopaux) touchent cbacan 18,000 dollars ; le Rév. John Hall (presbytérien), 15,000. {Indeio du 21 avril 1881.) — La RéT, Ward Beeehar (congrégationaliste), de Brooklyn, en (oncba 20,000, soit cent mille /Vancs. {Inguirer du 3 Kyrier 1883.)
* 1\ seraitassezonrieax d'examiner dans quelles proportions oes gaina se répartissent entre les divarsea sectes. D'après an article {ReHglott in America) publié dans la Norlh American Renieui de Janvjer 1876, les Ëgliaea ae rangeaient de la sorte, par ordre d'Importance, vers 1780 : l" Congrégationalistes ; 2> Baptistes ; 3° Ëpiscopaux ; i' Presbytériens ; 5° Réformés d'Allemagne; 7* Réformés de Hollande; 8° Catholiques. D'après le recensement de 1870, l'ordre serait le suivant : !« Hétbodlstes ; 2* Baptiat«a ; 3« Presbytériens; 4' Catholiques : 5* Chrétiens; 6* Luthé^ieDa;7■>Co^gTégatio■lalistea ; 8* Ëpîscopanx.
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dKcadence de la vieille théologie 2S1
Mais, même parmi les sectes les plus orthodoxes, on voit s'accentuer la tendance utilitaire qui a créé la Religion libre. Tocqueville avait déjà observé qu'au lieu d'insister sur l'autre vie, les prédicateurs américains revenaient sans cesse à la terre et avaient, pour ainsi dire, grande peine & eu détacher leurs regards. Qu'on lise aujourd'hui, dans les journaux américains dulundi, le résumé des principaux sermons prononcés, la veille, par des ministres appartenant aux sectes les plus diverses : on sera surpris du peu de place que la théologie y tient en regard de la morale. La vieille théologie calviniste ne s'enseigne plus nulle part dans son intégralité. Même les flammes de l'enfer sont devenues un allument de mauvais goi^t, qu'on laisse volontiers aux prédicateurs des réveils et aux missionnaires du Far West. « Un païen désireux de connaître les doctrines du christianisme — écrivait récemment un collaborateur de la North American Review, dans un article sur la Religion du jour — pourrait fréquenter pendant une année entière nos églises les plus Eashionables et ne pas entendre un mot sur les tourments de l'enfer ou sur le courroux d'un Dieu offensé. Quant à la chute de l'homme et aux souffrances expiatoires du Christ, on ne lui en dira que juste assez pour ne pas porter ombrage au disciple le plus fanatique de l'Évolution. Écoutemt et observant par lui-même, il arrivera à cette conclusion que la voie du salut consiste à confesser sa foi dans quelques doctrines abstraites, atténuées autant que possible par le prédicateur et par le fidèle, à fréquenter assidûment l'Église ainsi que ses réunions extra-religieuses, à
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laisser tomber son obole, chaque dimanche, dans la sébille et à imiter l'attitude de ses voisins. »
Il y a trois ou quatre ans, le colonel Ingersoll ayant fulminé une violente philippique contre les Églises américaines, un des hommes politiques les plus respectés du parti républicain, Thurlow Weed, releva ces attaques en disant : « Nos clergymen ne s'appesantissent plus comme autrefois sur les côtés sombres de la théologie. De nos jours, leur ministère est un ministère de paix, de charité et de bienveillance. Cette génération apprend à aimer et à servir plutôt qu'à redouter notre Seigneur '. »
Toutes les dénominations protestantes contiennent actuellement un parti qui vise à élargir l'interprétation de leurs dogmes et à étendre le champ de leur activité. Chez les épiscopaus,quiont depuis longtemps rendu facultatif dans leur liturçie le symbole d'Âthanase, cette tendance a amené le schisme de l'Église épiscopale réformée, dirigé autant contre le libéralisme de l'Église large que contre le ritualisme de l'Église haute. — Chez les méthodistes et les presbytériens, elle se révèle, comme chez leurs coreligionnaires des îles Britanniques, par d'innombrables procès en hérésie intentés, devant les conférences et les synodes, à des ministres et à des congrégations. Même la secte populaire des baptistes n'échappe pas à ce mouvement d'émancipation, tout au moins dans ses fractions les plus avancées : les chrétiens de la Nouvelle Connexion et les Campbellistes, ou Disciples, qui ont
■ InOen dn 7 avril 1881, p. 489.
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LE RÉV. DEKRV WARD BEECBER 253
toujours été unitaires oii tout au moins arminiens dans leur théologie. « Noua avons été heureux d'apprendre — écrivait M. Spears en 1876 — que les Disciples deviennent de plus en plus libéraux entre eux et vis-à-vis des autres Églises. Il n'est pas improbable qu'avec les chrétiens de la Connexion ils n'arrivent bientôt à former une seule grande organisation d'environ 5,000 Églises, portant la simple dénomination de chrétiennes et sans autre base que les Écritures '. »
Mais la modification des idées est surtout sensible chez les congrégationalistes qui n'ont pas d'autorité centrale pour maintenir parmi leurs Églises une doctrine et une discipline uniformes. Le plus célèbre de leurs prédicateurs, Henry Ward Beecher, disait en 1881, dans un sermon sur le doute religieux: «Nul ne doil être rangé parmi les infidèles, qui voit dans la justice la grande fin de la vie humaine et qui poursuit une soumission plus complète de sa volonté à son sens moral. » Ne croirait-on pas entendre M. Potter ou même M. Adler, voire la convention de Milwaukèe?
Telle est actuellement la vogue de M. Beecher que plusieurs policemen ne sont pas de trop pour maintenir l'ordre dans la foule qui se presse, deux fois par dimanche, aux portes de son vaste « tabernacle ». J'ai dû moi-même, pour assister à un de ses sermons, attendre une demi-heure en plein air, par une pluie
' RiseandProgresi of Vnitarian Doctrines in Modem ri»jes,p. 33. —
Parmi le B sectes américaîQes qai ont renoncé & la Trinité, M. Spaars mentionne encore les cbrisladetp biens, les adventistes, les adhérents de John Winnebrenner, qui rassembla, il j a une trentaine d'années, 50,000 adhérents dans une commnnion appelée l'Ëgiise de Dieu, etc.
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battante, et encore n'ai-je pu obtenir un siège qu'à l'extrémité du local. L'intérieur du temple, qui peut contenir plusieurs milliers de personnes, est extrêmement simple, comme toutes les églises congrégationalistes : aucun symbole religieux, pas même de croix; pour unique ornement, des fleurs autour de la tribune. Le fond de la salle est occupé par un orgue immense, dont les ronflements accompagnent des chœurs admirablement composés. L'assistance participe à la récitation des hymnes avec une ferveur qu'on serait loin d'attendre d'une foule aussi nombreuse. Rien que la location des sièges placés aux premiers rangs rapporte, m'a-t-on affirmé, de i75 à 300,000 francs par an.
M. Beecher est un vieillard à longs cheveux blancs, de taille moyenne, un peu corpulent, mais, en dépit de ses soixante-dix aus, respirant l'activité et la vigueur, doué, en outre.d'une vois puissante et singulièrement pathétique \ Voici longtemps qu'il s'est affranchi du dogmatisme calviniste; mais dans ces derniers temps, il semble avoir pris une attitude plus agressive à l'égard d'une théologie encore acceptée à la lettre par un certain nombre de congr^atioDalistes.Ainsi,dan8 un récent article de la North American Review (août
' L& seconde fois que je l'eDtreTis, ce fut dsiDs l'automne de 1830, k uaa assemblée électorale où il prit la parole poar défendre la candidature da Oar&eld & la présidence dea Ëtats-Unis. Quelques Jours &prée ce meeting, asBÎBlant d'un balcon de la Cinquième Avenue à une grande revue des volontaires de New-York, je via tout & conp les curieux massés sur les trottoirs saluer de leurs applaudissements un des priDcipauz régiments de Brooklyn, A câtâ du colonel s'avangait à cbeval, l'épée au côté, un personnage Têtu de noir, saluant é, droite et à gauche pour répondre aux hourra!ii de ta foule. C'était encore le Rév. Beecher, qui, cette fois, remplissait ses fonctions d'aumQuier {chaplain) près du régiment de son quartier.
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