COSMISME ET RELIGION DE L ÉVOLUTION
et étbiç|ue!<, comme ils l'avaient supposé, et qu'au contraire il leur reste des croyances, assises, comme vous le dîtes, sur un fondement net, scientifique, inébranlable. J'eapère que vos eoseig^nements grouperont un corps défini d'adhérents qui deviendront le germe d'une organisation nouvelle. Voici longtemps que j'aspire au moment où quelque cbose de ce genre pourrait être feit, et il me semble que vous ôtes l'homme pour le faire '.
Cette lettre, dont Herbert Spencer a autorisé la publication, est d'autant plus significative que M. Savage, à l'instar de MM. Graham et Mathew Arnold, voit dans l'Inconnaissable un pouvoir ordonnateur, poursuivant, sinon un but voulu et prévu, du moins une fin progressive, et que, tout en se refusant à admettre l'âme comme une entité séparée, il se prononce en faveur de l'immorlalité personnelle.
En résumé, il serait témér€iire de prédire que l'Amérique, comme l'affirment certains de ses écrivains, aura l'honneur de donner au monde une foi nouvelle. Mais qu'il s'agisse des cosmiens, des transcendantalistes ou de ceux qui prennent une position intermédiaire entre ces deux écoles, — si nous
' V. le Christian Register, de Boston, numéro du 39 mars 1883.— Par nne singulière coïncidence, quelques Hemaiues plus tard, M. J. Savags recevait du D' Putuam, un dea représentants lea plua autorisés de l'unitarisme conservateur en Amérique, le témoignage suivant : •> Le plua capable et le plus inSueat de nos prédicateurs radicaux est M. Savage, de Boston ; mais ses écrits et ses discours, ai hostiles qu'ils puissent étrs à bien des vérités regardées comme essentielles par beaucoup d'unitairea, ne semblent généralement dénoter une nature pins affirmative et un tempérament chiétien plus croyant que ceus de M, Parker et de la majeure partie de son école. «(Conférence de M. Putoam tur VUnitaiisme américain, à la Conférence annuelle des unitaires anglais, reproduite dans l'/ngu/î-er dnSjuin 1883 )
PIIËDICTION DE TOCQUEVILLE 27K
nous arrêtons aux deniières phases du mouvemeDt rationaliste qui a débuté par la révolte de l'unitarisme contre les dogmes de la prédestination et de la Trinité, — nous trouvons partout, comme tendance affirmative, à cété du libre extimen parvenu à ses dernières limites, le sentiment d'un Être absolu gui se révèle dans la nature sous l'inlinie variété des phénomènes. Que maintenant l'objet de cette foi commune se nomme 1' « éternel Un » de M. Emerson, ou le « Cosmos » du professeur Fiske, le « Dieu de la Science » de M. Abbot, ou le « Dieu de l'Évolution » de M. Savage, 1' « Univers dans toutes ses possibilités » de M. Potter, ou le « Pouvoir qui nous élève lentement vers la perfection » de M. W. Gannett, voire r « Être qui est derrière toutes les apparences » de M. Adler, c'est, en résumé, le panthéisme qui coule h pleins bords dans les régions avancées de la pensée religieuse aux États-Unis, et ainsi se réalise cette prédiction, formulée par Tocqueville à une époque où la réforme unitaire.daus tout son épanouissement, semblait indiquer plutôt une recrudescence de monothéisme : « Dans les temps démocratiques, l'idée de l'unité obsède l'esprit humain ; il la cherche de tous côtés, et, quand il croit l'avoir trouvée, il s'étend volontiers dans son sein et s'y repose. Non seulement il en vient à ne découvrir dans le monde qu'une création et un créateur; cette première divisioD le gêne encore, et il cherche volontiers à grandir et à simplifier sa pensée, en renfermant Dieu et l'univers dans un seul tout ' ».
' De la Démocratie en Amérique. P&iis,î,é\y, \SM, tome lll.pa^e 50.
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TKOISIÈME PARTIE.