‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 85 sur 135 · LES ANGLAIS ET LE BRAHHAISUE · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS ET LE BRAHHAISUE

nouvelle qui prétend fondre tous les cultes de l'Inde, Toire du monde entier, dans une synthèse religieuse appuyée sur les révélations universelles de la conscience et de la raison : — le dieu du brahmaisme.

La secte ou plutôt l'école religieuse du brahmaisme est d'origine relativement récente, puisque elle a seu- ■ lemeut célébré en 1880 le cinquantième anniversaire desafondatiouparlerajahRàmMohun Roy. Cependant elle compte déjà plus de cent soixante-dix congrégations, une trentaine d'organes dans la presse de l'Inde, de nombreux milliers d'adhérents, parmi lesquels figurent les hommes les plus distingués de la société indigène, enfin toute une liltérature religieuse et philosophique, tant en anglais que dans les diiférents dialectes locaux. Parmi les Anglais même, malgré son opposition aux tendances du christianisme orthodoxe, elle a fini par conquérir l'attention et la sympathie de fous les partis religieux. Nous ne sommes plus au temps où Victor Jacquemont traduisait ainsi, dans une lettre de Calcutta, les sentiments des Anglo-Indiens à l'égard du noble et digne Râm Mohun Roy : « Les honnêtes Anglais l'exècrent parce que, disent-ils, c'est un affreux déiste'. »

■ Aujourd'hui, le principal historien et le défenseur le plus ardent du brahmaîsme en Europe est une dama anglaise, mise Sophia Dobson Collet, qui, de son propre aveu, appartient au christianisme trinitaire, circonstance qui prouve autant pour la largeur de ses idées que pour Tautorité de son témoignage en faveur d'un culte - combinaut une piété âvangéliqna avec une théologie unitaire •. Outre plusieurs petits traités Bur rhistorique du brahmaîsme, Indian Theiam (1870), Brahnut Marrlages (1871), miss S. D. Collet a publié chaque année, depuis 1876, un annuaire intitulé Ttie BrahmoYear-Book, qui renferme les détails les pics complets et des plus circonstanciés snr le mouvement théiste dans l'Inde.

jM,Googlc

280 LE THËISHE DANS L INDE CONTEHPOBAINK

Il ne faut pas s'étonner d'avoir vu un pareil mouvement soriir de l'hindouisme. La religion des brahmanes a toujours vécu en bons termes avec le libre examen et avec le progrès intellectuel. Déjà avant la période du bouddhisme, la spéculation philosophique avait pris un grand essor parmi les Aryas du Panjab et da Gange. Loin de combattre ce mouvement, la classe sacerdotale lui avait donné droit de cité dans l'enseignement védique, soxis la réserve que la critique, parfaitement libre en matière de dogmes, respecterait l'infaillibilité nominale des Vêdas, la séparation des castes et les privilèges des brahmanes; si même plus tard ceux-ci entrèrent en lutte avec la doctrine de Bouddha, ce n'est point parce qu'elle aboutissait à l'athéisme, mais parce qu'elle proclamait l'égalité des hommes et niait la nécessité du sacerdoce.

Onvitalors se développer, dans les'coUèges brahmaniques, les systèmes les plus divers et même les plus contradictoires. Quelques-uns cherchaient une explication de l'univers dans une théorie atomiste qui fiùt songer aux doctrines d'Épicure et de Haeckel. D'autres enseignaient un athéisme évolutionniste plus ou moins déguisé. Toutefois, la philosophie qui finit par prévaloir fut le système du Vêdânta, panthéisme idéaliste déjà esquissé dans certains hymnes du Vêda \ D'après cette doctrine, qui se résume dans le mot d'advaita (non -dualisme), Dieu seul existe et le monde n'existe qu'en Dieu ; tous les phénomènes qui nous paraissent réels ne sont qu'ime illusion de nos sens. On voit que

1 Sig V<î(to,X, 90.— V.MoNiBR Williams, /ndti» WUâom. 3> édition, page 2i.

jM,Googlc

Elasticité de l'hihdovishe 281

si l'idée de la personnalité divine semble nouvelle dans l'Inde, il n'en est pas de même en ce qui concerne la croyance à l'unité de Dieu.

Cette conceplion abstraite de la Divinité ne pouvait convenir à l'adoration des masses, qui resta acquise aux figures plus concrètes et plus vivantes des anciens dieux. Mais la pbilosopbie panthéiste du Vêdânta se prêtait parfaitement, tout comme son équivalent occidental, le néo-platonisme, au maintien de dieux secondaires, considérés comme les intermédiaires entre l'homme et l'Absolu. Les brahmanes réussiront donc assez facilement à faire rentrer dans les cadres de leur théologie les objets des cultes populaires, même les plus étrangers à la tradition védique, en les considérant, soit comme les formes ou les énergies personnifiées, soit comme les incarnations ou avatâras de la Divinité suprême. C'est ainsi que, pour faciliter l'absopption du bouddhisme, les brahmanes finirent par faire de Bouddha une incarnation de Vishnou et qu'aujourd'hui même, certains vishnouites adoptent le Christ comme le dernier avatar de leur dieu '.

On peut dire que cette élasticité et cet éclectisme forment le trait essentiel et caractéristique de la religion hindoue. Il n'y a pas un dieu de bonne volonté auquel l'Inde ait jamais fermé les portes de son Panthéon; il n'y a pas d'idée religieuse, grossière ou sublime, qu'elle n'ait accueillie avec un égal empressement à un moment donné de l'histoire. Comme, en outre, elle n'a jamais pu se résoudre à rejeter une

1 Le fait est signalé par M. Moniei- Williame dana son petit traité : Sinduiâtn, Londres, ISSO, page 108.

jM,Googlc

Page 1