‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les anglais, les americains et lesChapitre 98 sur 135 · SYNCRÉTISME DE LA NOUVELLE DISPEHSATIOH · texte numérisé non relu

SYNCRÉTISME DE LA NOUVELLE DISPEHSATIOH

pécheurs et non parmi les saints de ce monde, « indigne de toucher les souliers du demierdes prophètes» ; mais en même temps il se donnait comme un homme « extraordinaire », inresti d'une mission divine, favorisé de communications mystérieuses avec les anciens prophètes, voire avec Dieu. « Le Seigneur, ajoutait-il, m'a dit qu'il n'y aurait pour moi ni doctrine, ni credo, mais seulement une inspiration permanente et perpétuelle. »

Le 9 avril, il donnait à l'hôtel de ville de Calcutta, sous le titre :« L'Inde demande : Qui est le Christ?», mie conférence en anglais qui laissa à certains de ses auditeurs l'idée de sa conversion prochaine au christianisme ou, du moins, à une sorte d'ariaaisme hindou. En réalité, s'il y avait déclaré « accepter le Christ », c'était — ainsi qu'il l'avait formellement ajouté — « dans l'esprit des Écritures hindoues » , c'est-à-dire dans ce sentiment éclectique qui feit du Christ un grand initiateur religieux, mais qui lui refuse la prééminence absolue et le rôle unique admis par les sectes chrétiennes. « Dans le Christ, disait-il, vous voyez le vrai panthéisme. . . Christ vient à tous comme un Asiatique par la naissance, un hindou par la foi, un parent et un frère... Le Christ est im vrai yogui et il nous aidera assurément à réaliser notre idéal national d'un yc^ui.» — Au mois de septembre, il instituait un ordre de professeurs de religions, dans lequel il s'enrôlait luimême avec Protâb Chunder Mozoumdar et trois missionnaires. Le signe distinctif de la confrérie était une robe de drap jaune, connue dans l'Inde sous le nom de gairic bastra.

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PROCLAMATION DE LA MAVA BIBHÀN 345

Quelque temps après, Keshub proclamait solennellement la « maternité de Dieu », comme idée corrélative ayec celle de la paternité divine. « Beaucoup sont disposés à me vénérer comme leur père, faisait-il dire à la Divinité. Mais ils ne savent pas que je suis aussi leur mère, tendre, indulgente, patiente et miséricordieuse, toujours prête à reprendre l'enfant qui se râpent. Vous irez de ville en ville, de village en village, chantant mes miséricordes et proclamant devant tous que je suis la mère de l'Inde ^. » En conséquence, une bande de vingt-ciaq personnes, parmi lesquelles neuf missionnaires, quitta Calcutta le 24 octobre et parcourut environ 400 kilomètres en cinq semaines, prêchant partout la Maternité de Dieu*.

Cependant, dès le mois de novembre, l'organe ofiSciel du Samâj, l'Indian Mirror, avait annoncé, pour une date prochaine, tme de ces manifestations spéciales de la volonté divine, comme le monde en reçoit chaque fois que le besoin s'en fait sentir, et il ajoutait que Keshub serait « une partie, une grande partie, la partie centrale » de cette manifestation. Elle s'opéra, en effet, le 22 janvier 1880, où Keshub proclama urbi et orhi la naissance d'un enfant destiné à recueillir l'héritage de toutes les révélations et de toutes les religions. C'était la Nava Bidkàn (la Nouvelle Dispensation}, qui se prétend une fusion ou plutôt une synthèse de tous les cultes.

n faut noter que le brahmaosme a toujours visé à établir un culte universel avec les principes communs

» Indtan Ifirror dn 12 octobre 1879.

» Brahmo Tear-Book de 1880.

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346 SVNCRËTISHE DE LA NOIIVELLE DISPENSATEON

à toutes les religions. Le Brahma Dbfirma se donne, en quelque sjrte, pour ce qui persiste après l'élimination graduelle de tout ce qu'il y a de contradictoireet, par suite, de faux, dans les religions particulières. Toute différente-dé cet éclectisme est l'attitude . de la Nouvelle Dispensation : elle prétend, en effet, non pas qu'il y a des vérités dans toutes les religions, mais que toutes les religions sont vraies'. Keshub la compare tour à tour au fil qui réunit les perles d'un collier, au rayon de lumière dans lequel se fondent les couleurs du prisme, à la symphonie que produit un concert d'instruments, au dissolvant chimique qui fusionne plusieurs corps en un seul *. De son côté, Protâb Chunder Mozoumdar explique q'i'il s'agit bien d'une Dispensation, — puîsqu'à l'instar de toute religion elle est un don deDieu,— etd'uneDispensationnowvelle, — non qu'elle ait créé de nouvelles vérités, mais parce qu'elle présente sous un jour nouveau les vérités pariiellement proclamées par les autres religions '.

Dans cette conception, tous les usages, tous les rites, toutes les pratiques et même toutes les prétendues révélations ont une valeur analogue, en tant qu'ils servent de symbole, d'aide ou de véhicule à l'effort de l'âme pour s'élever vers Dieu : Les sectateurs de Ghai-

< Sitndai/ Mirror du 3 octobre 1881.

« We, Apostles ofthe Neiv Dispensation. Calcutta, 1881, page 26.

' Theislic Quarterly Review ieiauyisr 1681. — Voici, du reste, le prograinme que Kesbub aasigue à sa nouvelle crâation dans le premier numéro de son organe, the New Dispensation : - Un Dieu, une Écriture, uneÉjflise. — Progrès dternel de l'âme. — Comtnuaion des prophètes et des saints. — Paternilâ et maternité de Dieu; fraternité de l'tiommo et de la femme. — Harmonie de )a science et de la sainteté, amour et tra- Taîl,yoguisme et ascétisme dans leur plus haut développement. — Loyauté au Souverain. • {The New Dispensation du 2i mars 1691.)

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KESHUB SUR LE PAHTUÉISME HINDOU 317

tanya aiment à chanter des hymnes en l'honneur de Hari (celui qui efface le péché), persoaniQcatioa de Yishnou. Eh bien ! Keshub ira, par la ville et la campagne, chanter le nom de Hari avec bannières, trompettes et cymbales, tandis que la foule se prosterne sur son passage, le front dans la poussière et répète ; Hari, Hari bol.' — Les vieux Aryas et les brahmanes agnihotrins d'aujourd'hui honorent de sacrifices spéciaux Agni, fl le Dieu resplendissant du feu » : Keshub célébrera le koma en versant avec apparat du beurre clarifié sur la flamme du sanctuaire '. — Les hindous, dans le culte de Vishnou, ont l'habitude d'exécuter des danses mystiques devant leurs idoles : Keshub organisera des théories, où des jeunes gens,vêtus de robes de différentes couleurs, danseront en cercles concentriques autour de 1' « Invisible mère », à l'intérieur du mandir, et lui-même payera d'exemple, eu dansant devant son vêdi, comme jadis David devant l'arche.

S'ensuit-il, comme on l'a soutenu, que Keshub ait fait retour à l'hindouisme ? C'est méconnaître la peQsée qui a dicté son attitude vis-à-vis du culte de ses pères. Voici, en effet, quelques lignes d'un article où il s'attache précisément à démontrer comment « tout n'est pas à dédaigner ni à rejeter dans l'hindoiusme » :

Le panthéisme hindou h brisé Dieu en des milliers de frag'ments : réunissez-les, et voua avez la Divinité invisible. Nous avons constaté que chaque idole adorée par les Hindous représente un attribut de Dieu et que chaque attribut porte un nom

1 Vair UDa curianaa descriptioa de cette cérémoale dans le Brahmo Year-Bookdel&Bl.

348 SÏNCRËTISME I)E LA NOUVELLE DISPEKSATION

particulier. L'adepte de la Nouvelle Diapensation doit adorer Dieu en possession de tous ses attributs. Croire à un Dieu indéterminé, en faisant abstraction des divers aspects de sa nature, ce serait croire à un Dieu abstrait, ce serait marcher au rationalisme séculariste et à l'infidélité. D'autre part, nous ne devons pas adorer Dieu soua un attribut unique; ce serait enlever à notre culte son intérêt, sa vie et sa saveur. Nous ne nous bornerons pas à adorer Dieu sous la forme de Yogui, de Père ou de Mère, de Laksbml ou de Sârasvati, mais tantôt sous un de ces aspects, tantôt sous un autre, contemplant ainsi notre Hari dans une parure et une beauté sans cesse renouvelées. Quelle perspective séduisante! Quel tableau grandiose' 1

Sans doute, cette conception est parfaitement conciliable avec l'hindouisme, car voici longtemps que Vishnou s'est exprimé en ces termes éclectiques : « Ceux qui, pleins de foi, adorent d'autres divinités m'honorent aussi, quoique en dehors de la règle antique; car c'est moi qui recueille et préside tous les sacrifices. Seulement ils ne me connaissent pas dans mon essence. »

Mais l'opiginalilé de la NouvelleDispensation, c'estque son syncrétisme franchit les limites des cultes hindous pour leur j uxtaposer les croyances et les rites de toutes les principales religions, à commencer par le christianisme. Déjà, lors de sa visite à Birmingham en 1870, Keshubavaiteuoccasionde dire aux représentants des diverses sectes chrétiennes qui escomptaient sa prochaine conversion : « Je tiens à dire que je ne suis pas venu en Angleterre comme quelqu'un pour qui le Christ serait encore àtrouver. Quandle catholique romain et le

' Indiàn Mirror in l" avril 1880,

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