‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 10 sur 146 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

reporter sur une explication de l'univers plus conforme aux données de la science et aux aspirations de la société contemporaine.

Il se peut, sans doute, que l'élément dogmatique doive remplir dans la religion un rôle de plus en plus restreint. On voit s'accentuer, surtout parmi les Églises protestantes, une tendance à placer l'accent religieux, non plus sur telle ou telle profession de foi, mais sur l'obéissance à ce que le célèbre critique anglais, M. Malhew Arnold, a un jour nommé « le Pouvoir autre que nous, qui travaille pour le Bien ». {a Power, not oiirselves, that makes for riyhteousness). Quand Dieu est ainsi ramené à un idéal objectif, dont l'ordre moral et l'ordre physique sont la manifestation permanente, notre devoir devient, en premier lieu, la recherche des lois par lesquelles la Divinité révèle son action, — ce qui rentre dans les attributs de la raison; — en second lieu, l'adaptation de notre conduite à ces lois, — et c'est ici que la religion conserve incontestablement une grande mission dans le développement de l'humanité.

Dira-t-on que c'est confondre la religion avec la morale? La morale ne s'adresse qu'à l'intelligence; elle est insuffisamment armée, ainsi que l'avait si bien compris Auguste Comte, pour lutter contre les passions et les convoitises dans le domaine du sen-

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timent et de rimagination. L'éthique, la philosophie, la sociologie, de quelque nom qu'on décore l'application de notre entendement à la découverte des lois de notre destinée individuelle et des conditions de notre existence collective, peuvent nous révéler les exigences pratiques du devoir; mais ce devoir, la religion nous le fait vivre, c'est à-dire réaliser dans toute sa plénitude.

M. von Hartmann a écrit que la religion était la conception populaire de l'idéal. C'est la conception vivante qu'il aurait dû dire, car, à ce point de vue, il n'est aucun esprit qui n'ait besoin de religion, et, ainsi compris, le sentiment religieux n'est pas seulement rationnel, il est encore aussi indestructible que la raison elle-même.

J'ajouterai que l'essentiel, pour la paix des consciences et pour le progrès des idées, c'est moins d'attirer les Églises au rationalisme qu'au libéralisme, moins de leur imposer des professions de foi scientifiques que de les amener à reconnaître les droits absolus du libre-examen et à proclamer la possibilité constante du progrès religieux.

Il est indéniable que nous traversons en ce moment une période aiguë de crise religieuse. Si nous ne voulons en aggraver la violence et en prolonger la durée, il est urgent de dépouiller tout préjugé et

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