‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 20 sur 146 · DÉCLIN DE LA FOI AUX MIRACLES · texte numérisé non relu

DÉCLIN DE LA FOI AUX MIRACLES

du christianisme. L'école de Tuhingue commença à démolir cette illusion, et on peut dire que la critique ultérieure n'en a rien laissé debout. Non seulement les miracles et les prophéties ont perdu toute créance au point de vue historique, mais encore l'authenticité des récits évangéliques est allée rejoindre la tradition qui attribuait à Moïse la rédaction du Pentateuque, et, de même qu'on est arrivé à établir l'introduction tardive du monothéism.e chez les Hébreux, on a pu démêler, jusque dans les documents les plus vénérables de l'Église primitive, la trace des éléments grecs et orientaux qui ont concouru à la formation du christianisme. Ainsi, tandis que la révélation se trouvait aux prises avec les progrès grandissants des sciences naturelles, elle voyait se dérober le témoignage de l'histoire, qui restait en quelque sorte sa dernière citadelle.

Une fois introduit en Angleterre, ce double courant — à la fois critique et positif — ne pouvait manquer d'exercer une influence profonde sur les idées philosophiques et religieuses des esprits les plus éclairés. Même la théologie protestante ne pouvait échapper à son action : « Devant la convergence des recherches historiques et scientifiques, — constatait, il y a quelques années, un des écrivains religieux les plus distingués et les plus impartiaux de l'Angleterre, le D'" J. Martineau^ — il se manifeste, parmi les Églises accessibles à des modifications théoîogiques, une disposition géné-

* Introduction à la deuxième édition de l'ouvrage de J. J. Tayler, A Retrospect ofthe Religions life of England; 2c éd., Londres, 1876, p. 36.

raie à ne plus insister sur les éléments miraculeux de la première tradition chrétienne, à les regarder comme une cause de faiblesse et non de force pour l'autorité du récit, enfin à expliquer l'origine du christianisme par une théorie qui ne repose point sur leur réalité objective. . . Jusque parmi les théologiens conservateurs, un silence significatif, à l'égard des « signes et merveilles » sur lesquels reposent les récits de la résurrection corporelle et de l'ascension du Christ, indique que l'emphase avec laquelle on les invoquait autrefois n'est plus en harmonie avec le sentiment de notre âge et ne peut plus être employée avec espoir de succès. » — Depuis longtemps, les théologiens qui restent encore fidèles à l'ancienne méthode cherchent à se tirer d'affaire par l'hypothèse que le miracle n'implique pas nécessairement la violation d'une loi naturelle et qu'il peut être simplement le résultat d'une loi supérieure, jusqu'ici soustraite aux investigations de la science. C'est ce que M. Lecky appelle rencontrer les rationalistes à mi-chemin ^

Cependant, ces compromis, dont Coleridge avait donné l'exemple, ne pouvaient arrêter l'essor des esprits, qui, à l'imitation de Carlyle, voulaient appliquer les méthodes du rationalisme dans toute leur logique et toute leur rigueur. Dès le second tiers du siècle, l'idéalisme allemand engendra, en Angleterre, une école qui rejetîiit ouvertement la révélation, pour s'en tenir aux principes du pur théisme. Entre les déistes du XVIII® siècle et les théistes du xix®, il y a cette

' Lecky, History of Rationàlism in Europe, i. II, p. 178.

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