‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 28 sur 146 · LES AGNOSTIQUES · texte numérisé non relu

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penseur » il y a deux siècles, et puséyisto, il y a cinquante ans.

Cette situation, qui, pour peu qu'elle s'accentue, semblerait devoir conduire les classes supérieures à un nouvel interrègne de la religion positive, a inspiré, en 1882, à un des membres les plus distingués de l'université de Cambridge, M. le professeur Seeley, un livre où il s'efforce d'établir le bilan actuel du sentiment religieux parmi ses compatriotes. D'après cet ouvrage, qui a fait certaine sensation ^ si l'on prend les trois éléments qui peuvent fournir chacun un idéal religieux : l'amour du vrai ou la Science, le sentiment du beau ou l'Art, la notion du devoir ou la Morale, il n'y a plus que le troisième qui obtienne aujourd'hui satisfaction dans le christianisme. La Science, — c'est-à-dire la religion de l'Absolu ou de la Loi, qui, lors même qu'elle se proclame athée, admet un Dieu, qu'elle le nomme l'Inconnaissable, le Cosmos ou l'Ordre universel, — a cessé, en effet, de concéder à cette réalité mystérieuse les attributs de la personnalité, de la clairvoyance, de la bonté, de la justice, de lui prêter une existence distincte du monde ou de lui reconnaître le caractère de cause première. De même, l'Art, c'est-àdire la religion de la Nature, se révolte de plus en plus contre le chrislianisme, dont il dénonce le rigorisme moral et l'indifférence esthétique.

Un grand nombre de savants se bornent à critiquer la théologie dominante et s'abstiennent de rien affirmer quant à l'avenir de la religion. Il en est même qui

1 Natural Religion^ par l'auteur d'Ecce Homo. 1 vol. Londres, Macmillan et 0°, 1882.

escomptent la chute de tous les systèmes religieux ^ Mais il existe aussi un parti considérable qui, tout eu rejetant le christianisme, « s'attend à une véritable régénération de l'influence religieuse ». Ce parti luimême se divise sur la question de savoir quelle religion il faut substituer au christianisme. Les uns estiment que l'humanité doit devenir l'objet du culte, les autres pensent que l'heure du panthéisme a sonné et que « le tyran de l'Univers doit céder la place à l'Univers lui-même». On trouve enfin des divergences sur la forme que revêtira ce panthéisme, et « on peut fréquemment observer que le culte le plus pur et le plus séduisant qu'on prévoie devoir en sortir nous est dépeint comme un réveil du paganisme grec » .

Ces aspirations ne sont nullement irréligieuses. La seule et véritable irréligion — « et on la rencontre dans les Églises aussi bien qu'au dehors », — c'est, d'une part, la présomption caractéristique d'esprits trop infatués d'eux-mêmes pour admettre la subordination de leur personnalité à l'ordre des choses; d'autre part, la faiblesse mentale de gens trop absorbés par les petits côtés de la vie pour s'élever à la conception des principes et des lois. Or, tel n'est

1 L'auteur de Natural Religion fait remarquer (préface de la deuxième édition, page vu) que « ce ne sont pas les plus grandes autorités scientifiques qui sont aussi confiantes dans leurs ^légations, mais plutôt les esprits de second ordre, qui sont l'écho de ces autorités et qui vivent euxmêmes dans l'atmosphère, non de la science, mais de la controverse des partis. » — Il est assez curieux de rapprocher ces lignes d'une lettre où "W. "Warburton écrivait il y a plus d'un siècle : « Les mathématiciens — je ne veux pas dire les inventeurs et génies parmi eux, que j'honore — mais les vulgarisateurs des inventions des autres, qui sont dix fois plus assommants et plus orgueilleux qu'un damné poëte, — ont une étrange aversion pour tout ce qui sent la religion. « {Letters to Hurd, XIX.)

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