‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 29 sur 146 · THÈSE DE M. J. SEELEY · texte numérisé non relu

THÈSE DE M. J. SEELEY

le cas ni de la science, ni de l'art, qui sont d'accord avec la morale chrétienne pour combattre cette double tendance, au nom de leur idéal respectif. Qu'on arrive à combiner ces trois éléments, et on aura les assises du système religieux qui rendra à notre société, menacée d'anarchie, la paix et l'unité spirituelles. « Cette religion, dit l'auteur, renfermera certainement une religion de l'Humanité et une religion de la Nature. Elle retiendra au moins le noyau du christianisme, si elle en rejette Fécale. Mais à côté de ce christianisme transfiguré, elle mettra le paganisme amélioré, c'està-dire un culte épuré de la forme matérielle. Et ce n'est pas tout... Elle conservera le culte de l'unité dans l'univers, qu'on appelle l'objet de ce culte Nature ou Dieu. »

Cette religion, que l'auteur nomme la relig'on de la Culture, au sens allemand du mot, aura son Église et son clergé — Église qui représentera « la vaste communion de tous les esprits inspirés par la culture et par la civilisation de l'époque », — clergé d'éducateurs populaii es, « qui ne sera soumis à aucune condition de foi, mais seulement à des conditions de moralité et de compétence ». — Les Églises actuelles pourront-elles se plier à cette transformation, ou bien l'humanité devra-t-elle créer quelque organisme nouveau pour répondre à des aspirations nouvelles? 11 n'y a guère qu'en Angleterre et en Amérique que le christianisme semble pouvoir « revêtir une forme adaptée à l'époque ». Mais, même chez ces deux nations, pour que l'Église redevienne « la cité spirituelle de la civilisation occidentale », il faut qu'elle se hâte de s'ouvrir

à des éléments nouveaux et de renoncer à tout dogme exclusif.

L'auteur déclare lui-même^ qu'il s'est placé, dans cette étude, au point de vue de « l'école extrême ». Mais si l'on examine la situation à un point de vue plus général, on voit qu'un grand nombre d'esprits se refusent à admettre l'impossibilité de concilier les principes du spiritualisme avec la doctrine de l'évolution.

Les uns — comme l'éminent physiologiste M. W. Carpenter, un des premiers adeptes et presque un précurseur de Févolutionnisme, — s'empressent de proclamer, comme conclusion de leurs recherches, que l'intelligence et la volonté se retrouvent à la base de l'évolution ^.

D'autres — tels que M. W. Graham, dans son remarquable ouvrage The Creed of Science (Londries, 1881), conçu avec une complète impartialité de vues et une extrême rigueur de raisonnement, — s'attachent à démontrer que la philosophie de l'évolution a pour corollaire logique l'admission, non d'un but prévu et

1 Préface de la deuxième édition.

2 « Science points to the origination of ail Power in Mind. " {On Mind and Will in Nature, dans la Contemporari/ Review de 1872.) — La même année, M . Carpenter terminait ainsi son discours inaugural de la session tenue à Brighton par l'Association britannique de la Science : « Tandis que les instincts fortement enracinés de l'humanité et les recherches les plus profondes de la philosophie désignent également l'esprit comme la seule et unique source de tout pouvoir, c'est la haute prérogative de la science de démontrer l'unité du pouvoir qui opère à travers l'étendue et la variété illimitées de l'univers, comme de retracer sa continuité à travers les vastes séries d'âges occupées par son évolution, » — Voir aussi, sur ce sujet, Lecky, History of Rationalism in Europe, t. I, p. 286.

Page 1