‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 41 sur 146 · JOHN BIDDLE · texte numérisé non relu

JOHN BIDDLE

SOUS le règne des deux premiers Stuarts. Il est certain que, dès Henri VIIl, l'arianisme se manifesta en Angleterre à 1 état sporadique — comme on peut le constater dans le martyrologe unitaire publié par M. Spears^ — et qu'aux approches de la Révolution on vit se multiplier les traductions anglaises des ouvrages dirigés contre la Trinité par les sociniens de Pologne. Mais ce fut seulement en 1648, sous le Long Parlement, qu'on signale pour la première fois des conventicules anti-trinitaires tenus à Londres sous la présidence d'un certain Welchman . On y prêchait que le Christ avait été un prophète, qu'il avait accompli des miracles, mais qu'il n'était pas Dieu ^ Cette propagande fut bientôt reprise par John Biddie, maître es arts de l'université d'Oxford, personnage si versé dans l'étude de la Bible qu'il pouvait réciter de mémoire presque tout le texte du Nouveau Testaments D'après M. Tayler, Biddie semblerait n'avoir pas connu les ouvrages sociniens, et ce serait exclusivement l'étude de la Bible qui lui aurait fourni les éléments de sa doctrine. Expulsé, en 1645, de la chaire qu'il occupait à l'école de Sainte-Marie, dans la ville de Gloucester, il fut enfermé à Newgate, comme un vil malfaiteur, à cause de la hardiesse avec laquelle il avait soutenu ses opinions devant la commission ecclésiastique réunie pour lui demander compte de ses hérésies. Mais, de sa prison même, il trouva le moyen de publier deux traités contre la

^ R. SPEXns. Sise and Progress ofUnitarianism in Modem Times^ p. 7.

2 Bonet-Maury, op. cit , p. 232.

3 J. J. Tayler. A Retrospect ofthe Religions Life of England, 2* éd., p. 221.

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divinité du Christ et du Saint-Esprit. Le Parlement, alors sous l'influence des presbytériens, condamna ces ouvrages au feu et vota une ordonnance qui, entre autres peines promulguées contre le blasphème, frappait de mort la négation de la Trinité.

Cependant le dernier mot n'était pas dit dans cette lutte d'un modeste penseur contre les forces liguées de l'Église et de l'État. A peine l'amnistie de 165^, édictée par Cromwell avec l'appui des indépendants, eut-elle ouvert à Biddle les portes de Newgate, qu'il s'empressa de tenir, chaque dimanche, des réunions privées où il enseignait sa doctrine, la Bible à la main. Cromwell le fit alors déporter aux îles Scilly; mais on doit ajouter, à la décharge du Protecteur, qu'il lui fit secrètement passer des secours et qu'il finit par lui permettre de rentrer en Angleterre. Biddle ne profita de cette tolérance que pour reprendre son apostolat. Arrêté une troisième fois, après la Restauration, pour exercice illégal du culte, il mourut en prison dans le cours de l'année 166^, à l'âge de 47 ans.

Comme tous les martyrs d'une cause juste, Biddle laissait derrière lui de nombreux imitateurs, à commencer par l'homme qui avait pris sa place au collège de Gloucester, le Rev. John Cooper. Destitué à son tour et exclu de l'Église anglicane par l'acte d'uniformité qui fit sortir de l'établissement environ deux mille ministres, Cooper organisa à Cheltenham, l'année même où mourut Biddle, une congrégation qu'il dirigea pendant vingt ans ^ . A Londres, grâce

i Spears, op. cit., p. 21.

MILTON, LOCKE ET NEWTON i03

aux efforts d'un riche commerçant, Thomas Firmin — tout dévoué aux idées socinienues, bien qu'il n'eût pas rompu officiellement avec l'Église établie, — les unitaires conservèrent un centre de ralliement qui traversa sans trop de persécutions les dernières années de la dynastie des Stuarts \

La tolérance générale que Jacques II cherchait à établir dans l'intérêt des catholiques devait naturellement bénéficier à toutes les sectes proscrites, y compris les unitaires. Toutefois, il s'en fallut de longtemps encore que leur doctrine pût se propager au grand jour. Même la révolution de 1688, qui accorda la liberté de conscience aux dissidents, par un acte que M. Lecky n'hésite pas à appeler la Magna Charta de la liberté religieuse, faisait une exception formelle et pour ceux qui reconnaissaient le pape, et pour ceux qui ne reconnaissaient pas la Trinité.

Telle était à cet égard la force du préjugé, que des hommes comme Milton, Locke et Newton gardèrent pour la postérité l'aveu de leurs convictions unitaires^. Le manuscrit de la Doctriîia Christiana, où Milton démontre que, d'après l'Écriture, « le Père de N.-S. Jésus-Christ est le seul Dieu », resia enfoui aux archives d'Angleterre jusqu'en 1823. Locke s'abstint, tant qu'il vécut, de publier ses Adversaria Theologica et, accusé de socinianisme par le docteur Edwards, il n'hésita pas à déclarer : « Le Symbole des Apôtres n'est pas plus socinien que moi. » — Quant à Newton, au moment où son Exposé de deux notables atrera-

• Tayler, op. cit., p. 229, note 1.

• J. Bonbt-Maury, op. cit., pp. 245 et suiv.

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lions de l'Écriture allait être livré à l'impression en Hollande, il envoya subitement contre-ordre, dans la crainte qu'on ne découvrît l'auteur malgré le voile de l'anonyme.

C'était pourtant l'époque où les discours du déiste Woolston contre les miracles du Christ se vendaient à trente mille exemplaires. Il est vrai que Woolston en perdit son traitement de fellow à l'université de Cambridge, qu'il fut condamné par la Cour du banc de la Reine et jeté en prison pour n'avoir pu payer l'ameode. Mais, en général, il était plus dangereux de prêcher le christianisme des sociniens que de propager les doctrines des déistes, voire des athées, pour cette excellente raison que celles-ci se produisaient simplement à titre d'opinion philosophique, tandis que l'unitarisme visait directement à transformer la religion. En réalité, les unitaires ne durent, sinon la reconnaissance officielle, du moins la tolérance publique de leur cuKe qu'au contre-coup du développement pris, au sein de l'Église anglicane, par les tendances latitudinaires et arminiennes.

La seconde chapelle où le culte fut organisé avec une liturgie unitaire s'ouvrit à Londres en 1774, malgré les dispositions pénales qui menaçaient toujours la propagation des doctrines anti-tri nitaires et qui subsistèrent dans la législation jusqu'en 1813. Cette fondation était due à un ministre anglican, le Rév. Lindsay, qui avait spontanément renoncé à ses fonctions dans l'Église établie. La fin du xviii® siècle fut marquée par une extension considérable de l'unitarisme, sous l'impulsion du D"" Priestley, qui

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