‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 42 sur 146 · PRIESTLEY · texte numérisé non relu

PRIESTLEY

écrivit de nombreux ouvrages pour établir, d'après la Bible, la nature exclusivement humaine de Jésus. Malheureusement, ses sympathies pour la Révolution française le désignèrent à l'animadversion de la foule, et, en 1794, il dut s'exiler en Amérique, sans prévoir qu'un jour on lui élèverait une statue dans cette même ville de Birmingham où la populace avait saccagé sa demeure et dispersé sa congrégation.

On peut observer dans les idées du protestantisme sur la nature du Christ une évolution analogue à celle que j'ai signalée dans les efforts des sectes puritaines pour en revenir à la constitution primitive de l'Église. Dès le lendemain de la Réforme, le dogme de la divinité du Christ reprend en sens inverse le chemin qu'il a suivi dans sa période de formation. Déjà Calvin, — comme l'a fait ressortir M. Alb. Réville, — en insistant sur l'humanité de Jésus, avait en quelque sorte préparé les voies à la négation de sa divinité ^ . Bientôt, pour Servet, comme autrefois pour Arius, le Christ devient exclusivement le Verbe de Dieu, une sorte de démiourge, le premier-né de la création. Les sociniens n'en font plus qu'un homme, mais un homme miraculeusement conçu et ultérieurement associé à la majesté divine. Biddle admet encore qu'on rende au Christ un culte subordonné, tout en lui refusant les honneurs divins. Aux yeux de Priestley, Jésus est simplement le Messie, un envoyé spécial de Dieu, avec des pouvoirs extraordinaires, et c'est cette interprétation qu'il s'attache à confirmer avec des textes

1 Alb. Réville, Histoire du dogme de la Divinité de Jésus-Christ. Paris, 1876^ p. 133.

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de la Bible, — en attendant le jour où des réformateurs plus avancés viendront enlever au fondateur de la religion chrétienne le privilège d'une puissance surnaturelle et même le rôle de médiateur entre Dieu et l'homme, pour ne lui laisser que l'auréole de son influence morale et religieuse.

Priestley était profondément convaincu que le témoignage de l'histoire établissait la validité de la Révélation, et c'est même sur cette croyance qu'en fidèle disciple de Locke et de Hartley, il assied tout son système religieux. « S'il y a une vérité dans l'histoire, écrit-il dans son Essai sur l'inspiration du Christ, le Christ a accompli d'incontestables miracles, comme preuve de sa mission divine; ila prêché la résurrection des morts, il a ressuscité plusieurs personnes et, qui plus est, lui-même est mort et est ressuscité en confirmation de sa doctrine. La croyance à ces faits constitue ce que j'appelle la foi du christianisme. » Cette argumentation était en parfaite conformité avec Jes procédés du rationalisme à cette époque; mais éon adoption par la plupart des théologiens unitaires ne contribua pas peu à établir cette réputation de sécheresse et de froideur religieuses qui pesa si longtemps sur l'unitarisme anglais.

La réaction vint d'Amérique, où les écrits de Channiug avaient rempli dans l'Église unitaire le rôle que ceux de Coleridge avaient joué dans la théologie anglicane. Tous deux, en eff'et, guidés, l'un par sa vénération de la conscience, l'autre par les tendances de la philosophie allemande, mirent en lumière l'importance religieuse de la personnalité humaine et ré-

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