INFLUENCE DE CHANNING
veillèrent dans l'homme le sentiment de la responsabilité morale, avec la notion du libre arbitre plus ou moins compromise par l'argumentation de la théologie sensualiste. Mais, tandis que le second appliqua toutes les ressources de la méthode nouvelle à réparer les brèches de l'orthodoxie, le premier s'en servit pour établir cette distinction de la religion et de la théologie qui seule devait permettre au christianisme libéral d'essuyer impunément le choc de la critique moderne, et qui a assuré l'avenir de l'unitarisme, en lui donnant la portée d'une doctrine indéfiniment progressive ^ Tous deux admettaient l'infailhbilité de la Bible, avec les conséquences qui en découlaient sur la nature et le rôle de Jésus. Mais alors que le théologien anglais s'évertuait à atténuer, par une interprétation subtile, les difficultés où cette admission jetait les esprits les plus avancés de son Église, le pasteur américain n'en faisait qu'un acte individuel et il cherchait en dehors de toute confession de foi le fondement de la communion religieuse. De Channing date, en effet, au sein de l'unitarisme, cette diversité croissante de convictions thcologiques qui peut choquer les esprits amoureux d'uniformité doctrinale, mais qui n'en fait pas moins de nos jours l'originalité et la force de la communion unitaire.
Dès le premier tiers du xix^ siècle, en face de l'école qui s'en tenait à la théologie du D"" Priestley et qui persistait à voir dans le surnaturel biblique la clef de voûte de tout l'édifice chrétien, il se forma peu à
1 V. J. Martinbau, The Three Stages of Unitarian Theology, 2« éd. Londres, 1882.
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p3U une génération d'unitaires qui cherchait de préférence les sources du sentiment religieux et les litres même du christianisme dans les commandements moraux de la conscience et dans les aspirations intimes de l'âme. Tout en regardant la Bible comme le code religieux par excellence, et Jésus comme l'élu de Dieu pour la libération de l'humanité, cette génération en vint rapidement à ne plus attacher qu'une importance, secondaire aux preuves externes de la Révélation, et, par suite, elle put sacrifier, sans trop de répugnances, le texte des traditions bibliques, lorsque celui-ci commença à recevoir des démentis formels, soit de la science, soit de l'histoire. Ju que-là, toutefois, elle se refusait à dénier, en masse et à priori, la réalité des miracles. Mais, à mesure que s'accentua le double courant critique et scientifique du siècle, on vit se développer, parmi les principaux interprètes de l'unitarisme, des vues qui proscrivent jusqu'à la possibilité d'une intervention divine en contradiction avec les lois de la nature et qui soumettent le christianisme luimême aux lois générales de l'évolution religieuse.
Aujourd'hui, l'école de Priestley a presque disparu. La nuance moyenne, que le D^ Martineau représentait il y a trente ans \ est devenue l'extrême droite de l'Eglise unitaire; lui-même, bien que maintenant le caractère unique de la révélation chrétienne et la supériorité absolue de son fondateur, s'est depuis longtemps rallié à la thèse que l'action de Dieu doit exclusivement se chercher dans le cours régulier des lois
' Ch. de Rémusat, Les controverses religieuses en Angleterre, dans la Revue des Deux Mondes du lo"" janvier 1859.