‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 47 sur 146 · CONGRÉGATIONS EN VOIE DE TRANSITION · texte numérisé non relu

CONGRÉGATIONS EN VOIE DE TRANSITION

rence Road, toutes deux de style gothique, avec un heureux choix de vitraux coloriés et une certaine recherche d'ornementation intérieure. Plus heureux que les puseyistes, les unitaires peuvent impunément se passer des fantaisies esthétiques, sans qu'on puisse les accuser de prendre le chemin de Canossa par la traverse du ritualisme.

Cette extrême autonomie des congrégations a favorisé l'entrée dans l'unitarisme de nombreuses communautés qui appartenaient originairement à d'autres cultes dissidents — presbytériens, baptistes, universalistes, indépendants — et qui, soit qu'elles aient graduellement rejeté leurs anciennes confessions de foi, soit qu'elles n'en aient jamais eu, se sont rencontrées avec les descendants des anciens sociniens sur le terrain commun d'un christianisme dépouillé de tout élément dogmatique. D'après M. R. Spears, la moitié des congrégations unitaires seraient d'anciennes congrégations presbytériennes qui auraient passé par l'étape de l'arminianisme ^ Chez la plupart d'entre elles, là même où elles ont retenu leur ancienne dénomination — comme les « baptistes unitaires », — la transition est depuis longtemps complète; chez d'autres on peut encore la prendre sur le fait. Je pourrais citer, comme exemples, à Rirmingham, une congrégation originairement évangélique, l'Eglise du Sauveur, aujourd'hui dirigée par le Rév^. Saint-Clair, et, à Londres, la congrégation de Redford Chapel, qui a pour ministre le Rév. Stepford Rrooke, naguère encore

1 R, Spears, op. cit., p. 38.

4i8 l'unitarisme anglais

un des membres les plus distingués de l'Église large ^ Des deux côtés, les ministres professent des vues qui les assimilent aux unitaires modérés, et leurs congrégations relèvent incontestablement du christianisme libéral; cependant elles n'ont pas jusqu'à présent adopté la dénomination d'unitaires, ni pris place dans l'unitarisme.

J'ai un jour assisté à un sermon assez curieux sous ce rapport, dans l'église unitaire de Clarence-Road. Le prédicateur, s'appuyant sur un texte de saint Paul relatif aux dissensions des premiers chrétiens, se livra à une véritable apologie de l'attitude adoptée par les unitaires, quand ils refusent de prendre la foi aux miracles de la Bible et à la divinité du Christ pour un élément essentiel de la religion chrétienne. J'appris cependant que l'auteur de ce sermon n'appartenait pas à l'unitarisme ; c'était un ministre de l'Église indépendante. On ajoutait que la première fois où il s'était entendu avec un ministre unitaire pour un de ces échanges de chaire, si fréquents parmi les Églises dissidentes, il avait étonné sa nouvelle congrégation par la hardiesse de son langage, alors que son collègue surprenait, au contraire, les indépendants par la timidité de son argumentation. Sans doute, l'unitaire avait

1 Esprit érudit et distingué, doué d'une élocution sympathique. M. Stepford Brooke a entraîné avec lui la majeure partie de son ancienne paroisse, et, fait assez rare dans les annales de l'Établissement, il a pu conserver son église, l'importante chapelle de Bedford, qui était la propriété privée du duc de ce nom. M. S. Brooke a, du reste, maintenu en partie les formes du service anglican et, comme il figurait depuis longtemps parmi les prédicateurs les plus avancés de l'Église large, c'est à peine si on s'apercevrait du changement, n'était le surcroît d'assurance et même de talent que donnent toujours les situations nettes.

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