LIBÉRALISATION DES SECTES ORTHODOXES
1882), sur le Progrès des idées dans l'Église, il développe cette triple thèse que l'activité religieuse, loin de se ralentir, se développe tous les jours en Amérique, comme on peut en juger par la multiplication des églises nouvelles, — que cette activité embrasse « un monde d'influences inconnues des puritains », — enfin que les lignes de démarcation entre les sectes chrétiennes s'abaissent de toute part; — puis il s'attaque directement à « la théologie du moyen âge », particulièrement aux dogmes de la chute et de la prédestination, qu'il traite de la sorte : « La génération actuelle peut se rappeler l'époque où ces hideuses doctrines étaient largement et vigoureusement prêchées. Les explosions d'indignation qu'elles provoquaient étaient considérées comme la preuve que le cœur de l'homme était dans un état de révolte contre Dieu. Elles peuvent encore être prêchées, mais en termes apologétiques, et non plus avec le ton d'une souveraineté qui s'impose : elles se défendent plus qu'elles ne s'affirment. En général, elles gisent au fond de la chaire, comme un cadavre dans le sépulcre. »
Les critiques que ce rejet de l'ancienne théologie a provoquées chez certains de ses collègues ont amené M. Beecher à leur offrir sa démission dans l'automne de 1882. Mais l'Association des ministres congrégationalistes de Brooklyn la lui a unanimement refusée par une résolution portant que « l'exposé complet et spontané de ses vues doctrinales établit la convenance du maintien de ses rapports avec cette Association ». Cet incident, qui a fait grand bruit, est non seulement un indice significatif du progrès réalisé dans les idées du
256 RELIGION LIBRE ET RELIGION DE l'ÉTHIQUE
protestantisme américain, mais il est encore de nature à encourager puissamment l'émancipation des prédicateurs et des congrégations parmi les sectes qui restent nominalement fidèles à l'orthodoxie.
Il n'est pas jusqu'au catholicisme qui, ne pouvant modifier ses dogmes, ne cherche à se faire valoir avaut tout par ses œuvres, par l'étendue de ses charités, par la valeur de ses écoles et de ses pensionnats, s'associant, au besoin, avec le ciergé des églises protestantes afin de poursuivre en commun quelque entreprise de moralisation ou de bienfaisance ^
1 L'Église romaine, placée aux États-Unis sur un pied d'égalité absolue avec les autres sectes, n'a pu complètement méconnaître les liens d'une confraternité spirituelle supérieure à. toutes les divergences dogmatiques. Ainsi, nous voyons, dans la biographie d'Ezra Stiles Gannett (page 74), que, lors de son ordination, en 1830, dans l'église unitaire de Fédéral street, à Boston, la cérémonie religieuse, présidée par Channlng, fut honorée de la présence de ministres appartenant aux communions congrégationaliste, évangélique, épiscopale, baptiste, universaliste, presbytérienne et catholique.