‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 94 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le cosmisme et la Religion de l'évolution.

Persistance des spéculations métaphysiques aux États-Unis. — Importance attribuée, dans la presse et dans la littérature, aux problèmes religieux. — Clubs et associations philosophiques. — L'Académie hégélienne de Concord. — Fermentation religieuse dans l'Ouest. — Symptômes caractéristiques d'une transition dans les croyances. — Aspirations à une nouvelle synthèse religieuse jusque dans les rangs de la religion libre. — Éclipse de l'école transcendantaliste. — Progrès de l'évolutionnisme aux États-Unis ; caractère religieux qu'il y a revêtu,

— La philosophie cosmique du professeur J. Fiske. — Le cosmisme d'après M. W. Potter : « foi et confiance dans l'Univers ». — La religion de l'évolution, d'après le Rév. Minot J. Savage, — Le cosmisme présenté comme le couronnement du christianisme. — Tendance de l'esprit américain à transformer les philosophies en religions.

— Citations de MM. O. B. Frothingham, F. E. Abbot, W, Gannett, W, R. Alger. — La théologie de l'évolution parmi les congrégations orthodoxes. — Prédiction de Tocqueville que la démocratie américaine aboutira au panthéisme.

L'Amérique est-elle donc à la veille de sacrifier la théologie et même la métaphysique sur l'autel du positivisme, afin d'instituer une religion comme en rêvait Comte, se donnant pour objets l'humanité et la vie terrestre, au lieu de Dieu et de la vie future? La conclusion serait téméraire. Il y a sans doute aux États-Unis un certain nombre d'esprits systémat'quement hostiles à toute conception ontologique, comme à toute idée religieuse, qui proscrivent jusqu'à la mention de l'Absolu et de l'Inconnaissable, parce qu'ils y voient une avance à la théologie. Les uns se bornent

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à invoquer les propriétés primordiales de la matière pour fournir l'explication de tous les phénomènes. Les autres s'en tiennent encore aux critiques de Voltaire et de Hobbes, sans se douter que les progrès de la science ont profondément modifié les conditions du problème. C'est cette fraction que représentent le Truth Seeker de New- York et Vlnvestlgator de Boston. Elle a pour quartier général l'édifice érigé, dans cette dernière ville, à la mémoire d'un membre américain de la Convention française, Thomas Paine, dont les écrits philosophiques, complètement oubliés en France, jouent encore, dans les controverses religieuses des États-Unis, un rôle exagéré à la fois par l'iudignation de leurs adversaires et par l'enthousiasme de leurs admirateurs. Mais le positivisme proprement dit, soit avec la sobre et sévère acception que Littré a donnée à la doctrine d'Auguste Comte, soit sous la forme plus ornementée du comtisme, ne possède que peu d'adeptes aux États-Unis, de quelque faveur qu'y jouissent actuellement les méthodes positives. Si, de fait, la « religion de l'humanité » prédomine parmi les fidèles de M. Potter et de M. Adler, ainsi que dans les congrégations de la Religion libre, c'est affranchie du dogmatisme comtiste et sous la forme qu'en a donnée M. W. Frey, c'est-à-dire sans impliquer l'exclusion de la croyance au Pouvoir mystérieux dont l'univers est la manifestation.

En réalité, l'Américain ne montre aucune prédilection pour le jeûne volontaire, même en métaphysique. Jamais la haute spéculation n'a pris plus d'essor que dans ces derniers temps aux États-Unis. On trouve,

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