‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 95 sur 146 · ESSOR DE LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

ESSOR DE LA MÉTAPHYSIQUE

en dehors de la jresse religieuse, jusque dans des localités d'une culture secondaire, des journaux dont le titre seul est suffisamment significatif, tels que le Platontste d'Osceola, dans le Missouri; le Journal de la Philosophie spéculative, de Saint-Louis, consacré à soutenir les doctrines de Hegel; le Journal religiophilosophique, de Chicago, qui tirait dernièrement encore, dit-on, à 9,000 exemplaires, etc.

Après avoir établi, dans V Index du 23 février 1883, que « le plus fort de la lutte est passé pour le parli de la libre pensée », M™® Sara A. Underwood montre que jamais la spéculation religieuse n'a été plus libre et plus active. « Nos journaux hebdomadaires, écritelle, examinent avec une attention et une dignité croissantes les grandes questions religieuses à l'ordre du jour. Nos Revues se consacrent principalement à la discussion des solutions religieuses. Plus qu'à aucune autre époque de l'histoire, nos nouveaux évangélistes font de la religion la préoccupation dominante de la littérature. Même les romanciers introduisent la religion dans la trame de leurs nouvelles. »

De New- York à San Francisco, de Chicago à Cincinnati, toute ville qui se respecte a son club ou son instilut de métaphysique. Le plus célèbre est sans contredit l'école de philosophie, ouverte, en 1879, à Concord, dans le Massachusetts, par M. B. Alcott, avec une verdeur qui faisait honneur aux quatre-vingts ans de ce vénérable néo-pythagoricien et aussi au régime végétal, dont il est par principe l'adepte fidèle depuis plus de quarante années. L'école de Concord semble une tentative pour repro.iuire, en pleine société amé-

260 LE COSMISME ET LA RELIGION DE l'ÉVOLUTION

ricaine du xtx® siècle, les jardins de l'Académie où Platon et ses disciples discouraient sous l'ombrage des oliviers. Chaque été, au mois de juillet, une foule intelligente, venue de tous les points de l'Union vers la petite ville de Concord, se réunit dans une propriété de M. Alcott, la maison du Verger (Orcliard House), où se donnent des cours, ou plutôt des conférences libres sur la philosophie. La principale différence avec l'Académie grecque, — toute à l'avantage de Concord, — c'est que la porte n'est point fermée au beau sexe, et il en profite largement, s'il faut croire les relations qui lui attribuent les deux tiers d'une assistance, évaluée, l'an dernier, à près de cent cinquante personnes. 11 y a deux conférences par jour, l'une à neuf heures du matin, l'autre à sept heures et demie du soir; dans l'intervalle, étudiants et étudiantes rédigent leurs notes, prennent leur repas à domicile ou se promènent dans les bois de pins, eu échangeant leurs observations sur les graves problèmes de notre destinée. Parmi les principaux conférenciers, on trouve, outre M. B. Alcott, le D^ Jones, fondateur des clubs Platons dans rillinois; le professeur Harris, éditeur du Journal de Philosophie spéculative; M™^ Howe, Henry Channing, le professeur Émory, etc. Emerson lui-même s'y fit entendre en 1880.

Ces noms suffisent pour expliquer que la philosophie de Hegel domine presque exclusivement à Concord, bien que les fondateurs de l'école aient proclamé la liberté la plus absolue des opinions. C'est même un phénomène assez étrange du mouvement religieux aux États-Unis que cette renaissance de la

Page 1