Ibid. II
Au XVII® siècle, les Indiens vivant près de rerabouchure du fleuve des Amazones, croyaient aussi à l'existence d'un pays d'outre-tonibe fort lointain, magnifique, couvert de bois, de plantations ; mais tous les esprits ne pénétraient point dans cet eldorado posthume ; c'était un séjour uniquement réservé aux braves guerriers. Les lâches s'en allaient rejoindre une divinité malfaisante, nommée Agnati. Du séjour de la félicité, les ombres pouvaient communiquer avec les sorciers de leur tribu*. C'est la conception première et très grossière encore de l'idée si répandue suivant laquelle la vie future sert de sanction morale à la vie terrestre. La vertu la plus prisée étant chez les Ind iens le courage guerrier, c'est elle seule qui est récompensée posl mortem.
De même, au Nicaragua, les bons, c'est-à-dire les ombres des hommes tués à l'ennemi, s'en allaient du côté de l'Orient pour y retrouver les dieux et les servir. Au contraire, les ombres des lâches s'enfonçaient sous terre*. Nous retrouverons des croyances analogues chez les Peaux-Rouges et, toutes grossières qu'elles soient, elles attestent pourtant un certain effort moral et intellectueL Ce n'est plus seulement l'idée tout à fait rudimenlaire de la survivance, dont nous connaissons les origines si peu sublimes. Sans doute on ne songe pas encore à s'affranchir de cette illusion primitive; mais on essaie de la rattacher à une certaine rémunération d'après le mérite ou le démérite, tels qu'on les conçoit.
Les Indiens de la Colombie sont moins avancés. Ils pensent simplement que l'esprit des morts va errer dans les mêmes bois où l'individu avait coutume de chasser de son vivant; quelquefois cependant cet esprit fait un plus long voyage; il se rend, voguant à travers certains lacs, dans un pays délicieux où les doubles passent le temps à danser et à s'enivrer.