A. LE PÉROU I. — LES RITES FUNÉRAIRES
Scion toute vraisemblance, les populations américaines ne sont fioint autochtones, car elles se rattachent visiblement
à la grande race mongoliquc, dont le foyer est en Asie, et, en outre, il n'existe en Amérique aucune espèce, ni contemporaine ni fossile, de singe anthropomorphe. 11 est donc 1res — -^^-ble que le continent américain a été surtout peuplé par des grants asiatiques, pour la plupart venus par la région itrionale et ayant progressivement essaimé du nord au Ces immigrations ont dû commencer à une époque nement lointaine et procéder par courants successifs. Il onc lieu de penser que, plus on descendra vers le sud, on aura chance de rencontrer les rejetons des races us anciennes. A ce titre, l'ancien Pérou doit ôlrc plus ïque que l'ancien Mexique, et il y a intérêt à étudier sa 3n avant celle de l'empire des Aztèques, dont la fondaon le sait d'ailleurs, ne remontait qu'à quelques siècles oment de la conquête espagnole. Voyons donc quelles t les coutumes funéraires dans Tempire des Incas. )ique relativement civilisés, les Péruviens avaient gardé ir antique période de sauvagerie la coutume de déautant que possible leurs morts dans des fentes de r' ; mais le plus habituellement le cadavre, vêtu et dans (titude accroupie, était placé soit dans une fosse, dont rois étaient revêtues d'une muraille en pierres sèches, lans un caveau de famille construit dans la maison I du défunt, soit enfin dans une sépulture commune où le famille avait son asile funèbre. Toujours on rangeait t le mort des vases remplis de maïs, de pommes de de bananes desséchées, de bière de maïs (CInchay. Ces ues funéraires, absolument grossières, indiquent netteau Pérou comme ailleurs, Tidoe d'une survivance après rt et d'une survivance calquée sur la vie terrestre, fond, on ne procédait pas différemment pour les souve-
S^ncer. Sociologie, T, 229.
d'Orbigny. Homme américain, T, 284.
Là Religion des grands empires américains. 205
rainst pour les Incas, mais on le faisait avec beaucoup plus de fuste, de profusion et aussi de férocité. Comme on ne pouvait admettre que le monarque défunt fût disparu pour toujours, on conservait religieusement tout ce qui lui avait appartenu. Ses palais étaient fermés et abandonnés; ses meubles, ses vêtements restaient exactement dans l'état où ils se trouvaient au moment de son décès. Force élait donc au successeur de se pourvoir à nouveau de tout ce qui était nécessaire au train somptueux de sa maison. On ne se permettait pas de dire grossièrement que l'Inca était morl, mais on déclarait « qu'il avait été rappelé dans les demeures du Soleil, sou père ».
Les Péruviens paraissent avoir eu sur les fonctions des entrailles les mêmes idées que nous avons rencontrées en Polynésie. A leurs yeux, c'était évidemment des organes pliysiologiqùement très relevés. On les extrayait du cadavre de l'Inca et on les allait pieusement déposer à cinq lieues dq Cuzco, dans le temple de Tampon. Avec ces précieux restes on ensevelissait quantité de vaisselle et de bijoux ayant appartenu au défunt et, ce qui était beaucoup plus grave, on immolait en même temps des centaines, parfois un millier de victimes choisies parmi ses esclaves et ses concubines favorites*. Ces dernières d'ailleurs briguaient ardemment l'honneur d'accompagner l'ombre du maître. Force était de faire un choix parmi les postulantes et de n'en accepter qu'une partie*.
Le corps du roi défunt était soigneusement embaumé et placé à Cuzco dans le grand temple du Soleil, où se trouvait déjà la série de ses prédécesseurs tous rangés en files, les rois à droite, les reines à gauche; tous aussi, revêtus des somptueux costumes qu'ils avaient portés pendant leur vie,
1. W. Prescott. Conquête du Pérou, I, 46. !2. H. Spencer. Sociologie, 265.
étaient assis sur des sièges d'or, les mains croisées sur la poitrine*. L'ensemble de ces coutumes dénote une ferme conûance dans une survivance post mortem; mais Timagination des Péruviens était allée plus loin. Ils attendaient une résurrection, un retour à la vie terrestre, et, dans cette prévision, ils avaient soin de recueillir et conserver, pendant leur vie, leurs cheveux et leurs onj^es, afin de les retrouver sans peine, au grand jour de la réincarnation, moment, disaient-ils, où il y aurait inévitablement une très grande confusion (Garcilasso). Mus par les mèm( s préoccupations, les Péruviens suppliaient les Espagnols de ne pas disperser les os des morts, quand ils violaient les tombeaux indigènes'. Le dernier Inca, Atahualpa, exécuté par les Espagnols, consentit in extremis à se convertir au catholicisme uniquement afin de mourir par la corde, supplice qui, laissant son corps entier, permettrait au Soleil, son père, de le ressusciter plus facilement'.
Mais, en attendant la résurrection, les morts avaient nombre d'aventures. Les Péruviens croyaient, comme les Polynésiens, comme les Peaux-Rouges, à l'existence des esprits, des doubles. Ils avaient même sur les rêves une opinion assez commune chez les sauvages. Le sommeil, pensaient-ils, était une fonction du corps seul; le double, ne pouvant dormir, quittait le corps endormi, et ce qu'il voyait pendant ces libres promenades constituait les rêves*. A plus forte raison croyaiton à la survivance du double après la mort. Aujourd'hui encore, conformément sans doute à une coutume fort ancienne, les Péruviens répandent autour de leurs habitations de la farine de maïs et de quinua, pour découvrir, d'après les empreintes de pas, si les doubles des morts sont venus errer