Garcilasso. Incoë, I, i
autour de leurs maisons*. Quel soit était donc réservé à Tesprit, au double du défunt, durant le temps forcément très long, qui devait s'écouler entre le moment de la mort et celui de la résurrection? quelle idée les Péruviens se faisaientils de la vie future?
n. — LA VIE FUTURE
Comme beaucoup de primitifs, les Péruviens ne pouvaient admettre que le cadavre fût immédiatement après la mort privé de sensibilité. Ils construisaient pour leurs morts des caveaux qui les garantissaient contre toute violence; if leur répugnait beaucoup de laisser enfouir les corps dans les fosses brutalement comblées, à la mode espagnole, et, autant que possible, ils exhumaient ceux des leurs que les Espagnols avaient enterrés dans les églises, el qu'ils supposaient très mal à Taise, sous la pression de la terre*.
Tout en restant sensible, le corps avait néanmoins perdu son esprit, son double, qui s'en séparait à la mort, mais pour y rentrer un jour. En vue de cette résurrection future, on prenait grand soiu des cadavres, au moins de ceux des grands. On commençait par les dessécher, en les exposant à l'action de l'atmosphère froide, sèche et rare des montagnes; puis on les plaçait dans une sorte de tumulus oblong, percé de galeries se croisant à angles droits. Des vêtements, des meubles, des trésors étaient déposés près de la momie. Les ombres de ces objets devaient sans doute accompagner celles de leur propriétaire dans l'au-delà, où les doubles menaient une existence calquée sur l'existence terrestre. Pour la même raison, les femmes du défunt, ses serviteurs favoris
i . U. Spencer. Sociologie^ I, 242.