‹ L'évolution religieuse dans les diverses races humaines;Chapitre 234 sur 555 · Ibid. liv. II, ch. xii. — Ibid, liv. II, ch. t · texte numérisé non relu

Ibid. liv. II, ch. xii. — Ibid, liv. II, ch. t

LA RELIGION DBS GRANDS EMPIRES AHËRIGAINS. 253

qu'on avaii eu soin de lui donner, rabandonnaieni en chemin, mais l'une après Tautre. En gravissant les degrés de la pyramide, la victime brisait elle-même sur chacun d'eux les flûtes qui l'avaient charmée durant son année de plaisirs. Enfin on arrachait le cœur du malheureux conformément aux rites et sa tële était ensuite exposée sur un poteau. Étant donné le caractère atroce du culte mexicain, il est probable, que, dans ce sacrifice, on avait voulu, non pas faire une allégorie sanglante à la brièveté des joies humaines, mais ajouter simplement aux souffrances physiques, les regrets, la douleur morale, résultant du contraste entre le supplice final et les voluptés antérieures.

VI. —- VALEUR irSTELLECTUELLE ET MOIIALK DES RELIGIONS AMÉRICAINES

Après l'exposition analytique qui précède, il n'est pas difficile de se prononcer sur la valeur des religions américaines en général; or cette valeur a été plus que négative. Aucun de ces cultes n'avait dépassé l'animisme le plus grossier, la croyance aux doubles, aux esprits cachés dans le corps des animaux, des hommes, des êtres inanimés. Partout ces conceptions enfantines sont les premières, dont s'abuse elloimême l'intelligence primitive. Or, non seulement elles sont chimériques, mais elles sont funestes; car elles barrent le chemin à toute interprétation plus juste, et une fois consacrées comme religions instituées, tout particulièrement vénérables, elles entravent tyranniquement toute spéculation rationnelle.

Du côté moral et social, les grandes religions américaines, pour ne pas parler des autres, ne rachètent point leur pauvreté intellectuelle. Au Pérou et au Mexique, où l'on faisait du souverain une divinité et delà soumission absolue un dogme,

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les religions ont forcénnent brisé les caractères, avili les classes sacrifiées et affolé les autres en sanctifiant leur bon plaisir. Au Mexique, la religion avait fait de toute la nation une agglomération de bêles fauves, toujours en quête, chez lès nations voisines,^ des victimes exigées par des divinités cannibales. Au dire de Montézuma lui-même, le Mexique ne tolérait Texistence indépendante de la république de TIascala que pour guerroyer contre elle et y capturer des prisonniers destinés aux incessantes immolations exigées par le culte.

Dans les deux pays, la croyance à la vie future n'agissait nullement comme sanction morale. Au Pérou, Tau-delà était simplement conçu comme la continuation de la vie terrestre; c'était un Pérou chimérique, mais exactement calqué sur l'autre. Au Mexique, les joies du paradis étaient uniquement réservées aux guerriers malheureux, et n'étaient par conséquent qu'une prime offerte à la férocité. L'étude de ces religions américaines ne justifie donc nullement l'opinion courante, trop facilement admise, qui fait de toute religion, de la croyance à la vie future et à l'existence d'êtres divins, la base de toute morale et la condition de tout progrès.

Un dernier mot encore. Les religions de l'Amérique centrale ont été pratiquées, pendant des siècles, par des millions d'hommes déjà en voie de se civiliser; on les peut donc considérer comme de grandes religions ; mais elles n'ont évidemment été que la floraison de l'animisme primitif. Si elles se distinguent de cet animisme, ce n'est point par le fond, mais seulement par la forte organisation de leur culie, par leurs temples, leur sacerdoce, leur rituel obligatoire. Pour les conceptions métaphysiques, elles ne dépassent pas le niveau men- .tal des sauvages les plus inférieurs*. Nous aurons souvent t)ccasion de voir, en continuant notre voyage d'exploration à travers les religions, que trop souvent le progrès mythique s'est accompli de cette manière.

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